ISBN : 2742793208
Éditeur : Actes Sud (2010)


Note moyenne : 4.25/5 (sur 44 notes) Ajouter à mes livres
1957. A Alger, le capitaine André Degorce retrouve le lieutenant Horace Andreani, avec lequel il a affronté l'horreur des combats puis de la détention en Indochine. Désormais les prisonniers passent des mains de Degorce à celles d'Andreani, d'un tortionnaire à l'autre :... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par ivredelivres, le 02 novembre 2010

    ivredelivres
    n roman très court à deux personnages. Deux soldats en 1957 en Algérie à l'époque des attentats du FLN et de la mise à contribution de l'armée française pour obtenir des renseignements et arrêter les chefs du FLN à n'importe quel prix.
    Le Capitaine André Degorce, ancien résistant passé par les interrogatoires nazis, héros d'Indochine, le Lieutenant Andréani, plus jeune, compagnon de captivité du capitaine dans les camps du Viêt-minh avec qui il a des liens très forts.
    Le roman se déroule durant trois journées, au cours de ces trois jours vont se dévoiler pour chacun des personnages, les sentiments, les convictions, les actions qu'ils mènent, les responsabilités qu'ils portent, le sens que chacun attribue à des mots comme : loyauté, honneur, morale, trahison ou devoir.
    Le Capitaine Degorce catholique pratiquant et ancien déporté, deux raisons de s'opposer à la torture et pourtant de victime il est devenu bourreau, il s'est transformé en tortionnaire. Les lettres à sa femme, la lecture de la Bible ne suffisent plus à lui procurer du réconfort, tiraillé entre son devoir de tout faire pour arrêter les chefs rebelles et ses convictions et une horreur de la torture acquise dans les geôles allemandes, il ne peut se décider. Il donne des conseils glaçants à ses hommes "Messieurs, dit-il, la souffrance et la peur ne sont pas les seules clés pour ouvrir l'âme humaine. Elles sont parfois inefficaces. N'oubliez pas qu'il en existe d'autres. La nostalgie. L'orgueil. La tristesse. La honte. L'amour. Soyez attentifs à celui qui est en face de vous. Ne vous obstinez pas inutilement. Trouvez la clé. Il y a toujours une clé." Mais fait preuve d'une incompréhensible attitude envers son prisonnier Tahar Hadj Nacer un des chefs du FLN arrêté grâce à des renseignements obtenus par la torture. Il va même chercher auprès de lui réconfort et absolution, allant jusqu'à lui faire rendre les honneurs militaires mais... fermant les yeux sur son exécution.
    De l'autre côté écouter Andréani, dans un long monologue il dit toute sa colère et son amertume envers son supérieur, son ami. Il ne le comprend plus. Lui est sûr de son devoir, il revendique ses actions y compris la torture " Vous vous demandez encore comment il est possible que vous soyez devenu un bourreau, un assassin. Oh, mon capitaine, c'est pourtant la vérité, il n'y a rien d'impossible : vous êtes un bourreau et un assassin. Vous n'y pouvez plus rien, même si vous êtes encore incapable de l'accepter. le passé disparaît dans l'oubli, mon capitaine, mais rien ne peut le racheter."
    Il explique, il justifie, il y voit son devoir de soldat. Comment pourrait-il rester impassible devant les attentats et leurs victimes, il y a pour lui une logique de la guerre et c'est celle du "tout est permis" pour atteindre son but. Les prisonniers qui passent par ses mains dans la villa Eugène n'ont à attendre aucune pitié comme ils n'en ont pas eu pour les invités d'une noce tous massacrés ou ces prostituées piégées dans un bordel de la Casbah.
    Il est plein de dépit et se sent trahi par un Degorce pour qui il finit par éprouver de la haine et qu'il invective à travers son monologue, qu'il veut obliger à reconnaiîre ses contradictions, ses lâchetés, sa bassesse
    Quel superbe et douloureux roman, Jérôme Ferrari signe là LE roman de la rentrée, poignant, dense "porte ouverte sur l'abîme" pour ces personnages que tout oppose. La brièveté de son roman en augmente la force et nous fait douter de notre propre sentiment.
    Tout naturellement on éprouve une certaine empathie pour Degorce, pour ses errements et sa culpabilité, mais tout l'art de Ferrari est d'inversé le processus et on en vient à préférer l'attitude plus véridique d'Andréani. Rien de manichéen donc mais l'ambivalence qui habite tout homme.
    La construction très aboutie de son roman lui permet de nous faire sentir les tensions intérieures des personnages et leur face à face
    Une lecture forte et exigente, un roman d'une grande profondeur, faites lui une place dans votre bibliothèque

    Lien : http://asautsetagambades.hautetfort.com/archive/2010/09/26/ou-j-ai-l..
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    • Livres 2.00/5
    Par raton-liseur, le 26 février 2011

    raton-liseur
    Un livre dur, certes. Qui explore l'état d'esprit qui a pu animer les tortionnaires de la Guerre d'Algérie. Romançant un épisode réel de ce qui est longtemps resté des « évènements » (le livre est très vraisemblablement inspiré, malgré les changements de noms et de dates, de l'arrestation, le 23 février 1957, de Larbi Ben M'hidi, membre du FLN et organisateur des premiers attentats à Alger. Il fut exécuté dans la nuit du 3 au 4 mars 1957, par pendaison maquillée en suicide. le général Bigeard lui avait rendu un hommage militaire avant de le confier aux Services Spéciaux du général Aussaresses qui l'exécutèrent.), il oppose deux hommes qui, malgré des parcours similaires (notamment la participation à la débâcle militaire de Diên Biên Phu en Indochine à peine trois ans plus tôt et l'internement dans un camp de « rééducation » Viêt Minh), réagissent de façon diamétralement opposée au rôle qui leur est confié pendant la Guerre d'Algérie, une guerre du renseignement, le renseignement à tout prix.
    Si l'un s'accommode de son rôle de tortionnaire, y voyant une façon de prouver sa loyauté et, me semble-t-il, y laissant s'exprimer ses instincts les plus noirs et, en temps ordinaire, inavouables, l'autre ne supporte pas ce qu'il considère comme une trahison de ce qui a motivé son engagement militaire.
    Ce livre est écrit, et c'est voulu je pense, dans un style plat et psalmodiant. « Chirurgical » disent certaines critiques. Si la volonté est pour l'auteur de rester à distance, cela m'a aussi laissée moi lectrice à distance, glissant sur ce plat sans jamais accrocher.
    Et, si je respecte l'abîme moral et la difficulté de vivre avec soi-même lorsque l'on a accompli de telles exactions, je trouve la frontière entre la douleur du bourreau et celle de la victime trop fine, comme mettant les deux sur un pied d'égalité, au point d'en devenir obscène.
    D'autres choses me gênent dans ce livre, comme la sensation que la torture morale (menacer quelqu'un de torturer ses enfants, sa femme, par exemple) est plus acceptable, plus facile à supporter pour le bourreau, comme si c'était une torture plus propre que la gégène… Ou encore le côté mystique du livre, où le bourreau torturé par ses états d'âme se compare à Ponce Pilate (avant et après la condamnation de Jésus, pas au moment où il s'en lave les mains, étrangement) et même se compare à Jésus sur le Mont des Oliviers (brouillant encore une fois la frontière entre bourreau et victime). Tout cela me paraît un peu excessif.
    Un livre duquel je suis restée au-dehors, même si je comprends l'engouement (mérité) qu'il a suscité lors de sa parution. Il a en quelque sorte au moins le mérite de montrer que l'histoire est écrite par les vainqueurs (le débat, trop timide, qui entoure la Guerre d'Algérie aurait été très différent si elle ne s'était terminée par l'indépendance de ces quatre départements français) et, plus personnellement, il m'aura fait me pencher sur une période de notre histoire récente que, je peine à l'avouer, je connais très mal.
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    • Livres 5.00/5
    Par ECaminade, le 26 septembre 2010

    ECaminade
    C'est un roman philosophique qui reprend bien des thèmes habituels de l'auteur.
    Il s'appuie sur notre  histoire  récente, sur l'institutionnalisation de la torture et des exécutions sommaires pendant la guerre d'Algérie et prend comme héros principal un orgueilleux militaire chrétien soudain «mis à nu», pris de remords mais incapable de surmonter sa honte.
    Jérôme Ferrari aborde ce sujet historique encore sensible et riche de questionnements philosophiques avec une grande habileté, interrogeant la complexité du monde et celle de la nature humaine en recourant à la puissance poétique des grands mythes qui ont imprégné la culture européenne. Et c'est, à mon sens, la combinaison de ces mythes fondateurs judéo-chrétiens ayant trait à la damnation et à la rédemption avec celui de Faust, repris par Goethe et revisité par Boulgakov au XXème siècle qui donne à ce roman toute son ampleur.
    La construction est en totale adéquation avec le propos.
    Deux narrations décalées se recoupent et s'équilibrent, tissant entre un diable à la fonction révélatrice capitale et un Faust ayant perdu son âme un maillage étroit enserrant également le lecteur, le récit adoptant par ailleurs une construction hautement symbolique dont la portée excède largement le cadre temporel annoncé.
    Et l'on retrouve avec plaisir le style si caractéristique de l'auteur, un style visuel et musical d'une extrême fluidité, une mélodie continue dont la  beauté   atteint ,  dans le premier fil narratif , une sorte  d'apothéose  finale  apaisante  qui résonne comme, l'enchantement du Vendredi Saint .
    Analyse complète sur L'or des livres :
    http://l-or-des-livres-blog-de-critique-litteraire.over-blog.com/
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    • Livres 5.00/5
    Par smiroux, le 27 janvier 2012

    smiroux
    Deux hommes, le capitaine Degorce et le lieutenant Andreani, égaux en bravoure, en honneur et en souffrances, traversent un demi-siècle de massacres, des camps d'extermination à la jungle indochinoise, et se retrouvent face à face en Algérie, en 1957, à devoir exécuter la sale besogne que l'Etat français, l'armée et leur devoir de soldats attendent d'eux.
    Les prisonniers algériens passent des mains du capitaine à celles du lieutenant ; des prisons moites à la Villa de la mort. Prisonniers et victimes de la barbarie des allemands ou de Ho Chi Minh, les voila devenus bourreaux ; coincés dans une sale guerre où leur âme est en péril.
    Quand Andreani vient chercher le dernier prisonnier de Degorce, et que ce dernier lui réserve les honneurs militaires avant de le livrer, Andreani ne reconnaît plus son compagnon de malheurs.
    Degorce traverse en Algérie une crise morale que Andreani ne peut pas comprendre ; lui qui a depuis longtemps accepté la noirceur de l'âme humaine n'est pas en mesure de comprendre l'ampleur de la révolution qui est à l'oeuvre dans l'esprit de Degorce.
    Où j'ai laissé mon âme est ce récit : celui de la perte totale et définitive.
    Degorce n'est plus celui qu'Andreani admirait et aimait ; et ne veut plus, ne peut plus l'être. Il n'a que mépris pour le lieutenant qui semble exécuter sa tâche sans en crouler sous le poids.
    Andreani juge séverement son ancien guide, et héros : quelle naïveté a pu survivre en lui après toutes ces années, toutes ces guerres, tous ces morts. Naïveté de façade selon Andreani ; doublée d'une estime de soi incompréhensible.
    L'écriture de Jérôme Ferrari, comme dans ces précédents livres, va au plus court, au plus direct, et au plus juste ; sans se départir de la poésie qu'on lui connaît. Les images s'imposent d'elles-mêmes, la pesanteur des salles de tortures s'invitent à notre table de lecture, la même pesanteur qui régnait dans Un dieu un animal, où un ancien de Bosnie vomissait son mal-être.
    C'est un livre beau et désespéré qu'il nous offre cette année.
    Lauréat l'an dernier du prix Landerneau, il serait surprenant que Jérôme Ferrari ne rencontre pas un vrai succès avec Où j'ai laissé mon âme. Surprenant et injuste !
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    • Livres 5.00/5
    Par fleurdusoleil, le 29 janvier 2011

    fleurdusoleil
    Ce roman de Jérôme Ferrari a pour décor les caves sombres d'une ville algérienne, pendant cette guerre qui fut longtemps nommée " la guerre sans nom".
    Deux hommes, deux destins similaires, et pourtant deux réactions opposées face à l'horreur. le capitaine Degorce et le lieutenant Andreani ont été réuni par la violence et les humiliations subies pendant la guerre d'Indochine. le jeune Andreani était subjugué par Degorce, cet homme qui avait survécu au camps de Buchenwald pendant la seconde guerre mondiale.
    De nouveau ensemble dans ce conflit algérien, ces deux militaires deviennent à leur tour des bourreaux. Mais contrairement au passé, cette situation les différencie, les éloigne. Tandis qu'Andreani laisse parler sa rancoeur et son dégout, Degorce lui se met à réfléchir à l'absurdité de ses actes. Il comprend que toute la violence qu'il a vu au cours de sa carrière de militaire l'a anéanti, a fait de lui un homme sans âme. Il se cherche, mais ne se retrouve plus.
    Les mots de Ferrari sont forts et justes. Les scènes de torture ne sont pas ostensibles, mais sont insoutenables par leur froideur et leur précision. On a la nausée, on est choqué par cette souffrance gratuite.
    L'âme humaine est ici décortiquée dans ses recoins les plus sombres. Face à l'horreur, l'homme se découvre dans sa noirceur, la lutte pour sa survie fait de lui un être dépourvu de compassion.
    Même si ce récit a pour théâtre les rues dévastées d'Alger, c'est le comportement humain face à l'atrocité de la guerre qui est mis en scène. Et c'est avec une plume incisive et percutante que Jérôme Ferrari entraine ces personnages et ses lecteurs en enfer.
    Le bien et le mal n'ont plus de frontière et les limites ne sont plus définies.
    En conclusion, ce roman est dur, choquant, mais surtout bouleversant.

    Lien : http://lacaveauxlivres.blogspot.com/2011/01/ou-jai-laisse-mon-ame-je..
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Citations et extraits

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  • Par ECaminade, le 26 septembre 2010

    Vous le savez bien, ni votre épouse, ni le garçon que vous avez élevé, ni la fille que vous avez si inconsidérément engendrée ne vous connaissent et je suis sûr que vous vous êtes souvent demandé ce qu'il resterait de leur amour s'ils pouvaient entrevoir, ne serait-ce qu'une seconde, l'homme que vous êtes réellement et que vous vous êtes ingénié à leur dissimuler pendant toutes ces années en ayant constamment peur qu'ils ne finissent quand même par le découvrir et je jurerais, mon capitaine, que vous avez préféré vivre dans la peur et le silence plutôt que de vous risquer à affronter la fragilité de leur amour.
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  • Par raton-liseur, le 26 février 2011

    Il a le pouvoir (…) de décider qui doit rester nu et combien de temps, il peut ordonner que le jour et la nuit ne franchissent pas les portes des cellules, il est le maître de l’eau et du feu, le maître des supplices, il dirige une machine, énorme et compliquée, pleine de tuyaux, de fils électriques, de bourdonnements et de chair, presque vivante, il lui fournit inlassablement le carburant organique que réclame son insatiable voracité, il la fait fonctionner mais c’est elle qui régit son existence et, contre elle, il ne peut rien. Il a toujours méprisé le pouvoir, l’incommensurable impuissance que son exercice dissimule, et jamais il ne s’est senti aussi impuissant. (Partie II, “28 mars 1957 : deuxième jour”, p. 93-94).
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  • Par litolff, le 16 décembre 2010

    Vous vous demandez encore comment il est possible que vous soyez devenu un bourreau, un assassin. Oh, mon capitaine, c'est pourtant la vérité, il n'y a rien d'impossible : vous êtes un bourreau et un assassin. Vous n'y pouvez plus rien, même si vous êtes encore incapable de l'accepter. Le passé disparaît dans l'oubli, mon capitaine, mais rien ne peut le racheter.
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  • Par ivredelivres, le 02 novembre 2010

    Messieurs, dit-il, la souffrance et la peur ne sont pas les seules clés pour ouvrir l'âme humaine. Elles sont parfois inefficaces. N'oubliez pas qu'il en existe d'autres. La nostalgie. L'orgueil. La tristesse. La honte. L'amour. Soyez attentifs à celui qui est en face de vous. Ne vous obstinez pas inutilement. Trouvez la clé. Il y a toujours une clé.
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  • Par r1, le 09 septembre 2010

    Car j’ai aussi appris que le mal n’est pas l’opposé du bien : les frontières du bien et du mal sont brouillées, ils se mêlent l’un à l’autre et deviennent indiscernables dans la morne grisaille qui recouvre tout et c’est cela, le mal.
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