On se rend compte dès le début du livre que ce n'est pas le meilleur de
Flaubert (et pourtant, c'est celui sur lequel il a passé le plus de temps : 25 ans - même si, en effet, il n'a pas travaillé 25 ans dessus -), et que plutôt que montrer ses qualités indéniables d'écrivain, il a plutôt tendance à les transformer en tic, caricatures (on a l'impression qu'il s'efforce continuellement à ressortir sa fameuse structure ternaire).
Ceci dit, le sujet était un sujet parfait pour son ambition d'une œuvre qui se tient "par le style", puisque le sujet lui-même ne tient en rien. Ce ne sont qu'illusions et débordements psychiques permettant d'imaginer les plus belles situations afin de pouvoir ensuite les retranscrire. On retrouve en cela la thématique de
Bouvard et Pécuchet (qui sera, lui, diablement réussi), dans l'inconstance des choses, l'illusion des perceptions et des connaissances. La tangibilité.
"Hypocrite qui s'enfonce dans la solitude pour se livrer mieux au débordement de ses convoitises ! Tu te prives de viandes, de vin, d'étuves, d'esclaves et d'honneurs ; mais comme tu laisses ton imagination t'offrir des banquets, des parfums, des femmes nues et des foules applaudissantes ! Ta chasteté n'est qu'une corruption plus subtile, et ce mépris du monde l'impuissance de ta haine contre lui !"
Peut-être qu'à force de vouloir trop en faire, de vouloir aborder le sujet dans sa totalité mais du coup en le survolant un peu, on finit par se perdre dans son sujet, pour vouloir uniquement aller jusqu'au bout, sans que cela soit justifié.
J'ai sincèrement l'impression que ce livre fut une sorte d'ébauche pour
Bouvard et Pécuchet : même sensation de vouloir tout englober, de voir tout ce que peut donner un même sujet, en se concentrant sur le style puisque l'histoire n'est rien, pour finalement arriver à une fin qui est un début. Un cercle vicieux. Ou quand la progression se fait sentir, puisqu'entre les deux ouvres un fossé abyssal est présent. L'évolution ; et le travail.