Avant toute chose, je me devais d'annoncer la phrase suivante : j'ai aimé le livre. Pourquoi attendre les dernières lignes, les bas-fonds d'une petite critique pour clamer haut et fort son sentiment de lecteur ? Aucun intérêt – A moins que je ne le fasse au moyen d'une sorte d'intrigue policière, où je disperserais quelques indices par-ci, par-là … Non, la commissaire veille au grain et elle déteste la littérature. Ce sera donc pour une prochaine fois …
« Commissaire Viviane Lancier. 3eme Division de la Police Judiciaire, Paris. » Autant le dire tout de suite : ça en jette. Une petite pancarte peut avoir du pouvoir, et celle-là en particulier, accrochée à sa porte de bureau. Viviane. Une femme dont les barres glacées, les opercules de yaourts zéro % et les quelques soi-disant rondeurs ponctuent allègrement le récit. Une femme dont la psychologie est d'un réalisme saisissant.
Georges Flipo parvient à s'introduire dans son corps, et à penser à sa manière. La première distance franchie, établie par son aura de chef, on s'y attache à ce personnage, on le comprend. Tenaillée entre son célibat, son récent divorce, la presse qui la presse, l'étouffe, l'épie, et son jeune lieutenant; elle hésite, elle perd pied, mais sans jamais se laisser démonter. Une femme forte qui n'aurait jamais cru qu'une petite affaire comme celle-là puisse l'emmener si loin …
Pascal Mesneux, un homme qui avait tout perdu et traînait dans la rue, seul, a été assassiné. On lui a volé son sac. Étrange. Pourquoi volerait-on un sac à un SDF ? Première Énigme. De plus, la victime ressemble à
Victor Hugo et disait qu'il allait à l'Académie Française. le meurtre tourne au vinaigre, la commissaire voit rouge. Non seulement, elle écope d'un lieutenant sorti de lettres modernes, mais en plus elle doit s'occuper de
Victor Hugo, de l'Académie et de
Baudelaire. Car oui, toute l'intrigue reposera sur un sonnet – peut-être – de
Baudelaire. Un sonnet dont les vers résonnent outre-tombe. Malédiction. On y touche, on meurt. On l'étudie, la Faucheuse pointe le bout de sa faux. Les fils s'emmêlent, les mots se brouillent… le compte à rebours est lancé …
Un policier littéraire. Voilà comment l'auteur nous décrit parfaitement son livre, où chaque mot a son importance. Que ce soit à la lecture du sonnet, ou devant les caméras des journalistes, un son, un mot ou une phrase peut avoir de lourdes conséquences. Médiatiques ou névralgiques. Les nerfs se tendent, les caméras se braquent sur le visage, où la faiblesse de l'homme se lisent sur les traits. Et parlons des mots de l'auteur. Une écriture très réaliste, très vivifiante, très limpide, pleine d'humour. On suit cette affaire comme si elle nous était proche, connue, familière.
La commissaire n'aime point les vers. Pour notre plus grand bonheur …