Une fresque passionnante, truculante, traversée par des personnages inoubliables, hauts en couleur ; et tragique, apocalyptique, violente.
Régis décide d'aller rejoindre pour les vacances d'été, son grand-père Antonio qui vit désormais à Barcelone où il s'est retiré, pour finir ses jours, après la mort de sa femme Ana. Il prétexte, pour justifier ce voyage auquel ne tiennent pas trop ses parents, son désir de perfectionner son castillan, ce qui est assez drôle puisqu'il se rend en Catalogne. le grand-père, «Abuelo», est un vieil anarchiste grincheux, têtu, resté fidèle, durant toutes ses années d'exil, à son idéal.
Dans la ville de Barcelone, foisonnante de vie, où sont toujours prêtes à resurgir les vieilles haines, les rancoeurs enfouies qui datent de la guerre civile espagnole et des années franquistes, Régis que des visions de cauchemar viennent visiter, veut savoir, demande à son grand père de lui raconter ce que lui et toute leur famille «les Cuevas» ont traversé. Il cherche à comprendre aussi pourquoi «Abuelo» s'est retiré à Barcelone alors qu'il était originaire ainsi que la grand-mère, de Camas en Andalousie.... Malgré sa réticence à revivre ce passé douloureux Abuelo va finir par parler à son petit fils.... A 13 ans, Il a été entraîné dans les horreurs de la guerre....dans le camp des plus démunis.
«Qui supposait qu'une guerre allait être enclenchée et qu'elle durerait mille et un jours ?»
Mais quel est ce coin d'ombre devant lequel il recule ?
Si Abuelo est le passé que Régis a besoin de connaître Nieves est ,elle, le présent, un présent plein de charme.
«Voir les dents de Nieves, si blanches, si bien alignées, c'est regarder quelque chose de parfait. La perfection a quelque chose de fascinant qui conduit au seuil de la beauté pure.»
Nieves, fille de la voisine de palier de Abuelo, va accompagner Régis dans le dédale des rues de Barcelone, le familiariser avec les anciens habitants d'une ville de plus en plus défigurée par les promoteurs immobiliers qui lui enlèvent progressivement tout son caractère et font que le petit peuple est éjecté et remplacé par des étrangers snobinards et pleins de fric. L'amour, qui progressivement naît entre eux deux, va permettre à Régis de supporter les visions violentes qui le hantent. Nieves tout le long du récit, le relie à la vie, tente de faire s'enfuir les fantômes qui le tourmentent, le calme, le rassure. Et pourtant elle et sa famille ont souffert autant que les Cuevas et en souffre encore, en la personne du frère qui se drogue, ne supportant pas le statu quo de la politique espagnole actuelle, les non-dits qui empoisonnent et gangrènent.
Il y a un petit côté fantastique qui ne m'a pas gênée car il s'accorde à cette ville et à son étrangeté, à cette période folle de l'histoire espagnole.
Cette confrontation entre passé et présent, dans la personne de Régis et de Nieves , donne un relief et un intérêt supplémentaires à ce roman qui sans cela aurait été trop linéaire.
On est happé par cette épopée douloureuse, d'une grande force de vie. La langue est très imagée, poétique, familière aussi, parfois crue mais pas vulgaire. Elle correspond à la passion avec laquelle l'auteur nous raconte ce qui lui tient à coeur car Régis et lui, s'ils ne se confondent pas, doivent être très proches.
Ce roman nous fait vivre cette période de l'histoire de l'Espagne et de la France dont le rôle n'est pas reluisant, en la rendant proche grâce à l'empathie que l'on ressent pour les personnages. Une période annonciatrice de tous les bouleversements et les souffrances qu'a ensuite supporté l'Europe entière.
Malheureusement le jeu de massacres ne s'est pas interrompu depuis.
«Tu sais, Abuelo, tu peux raconter. Après les massacres de Bosnie, du Kosovo, du Rwanda, d'Irak et d'ailleurs...., Tu peux y aller.»
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