Ce qu'il y a de bien avec
Extrêmement fort et incroyablement près, c'est que justement, malgré ses originalités, il a une ligne directrice, qui s'avère somme toute facile à suivre. C'est une sorte de conte, avec ses rencontres fructueuses et ses épreuves à surmonter. Tout d'abord, on s'attache (ou pas, et dans ce cas, le roman peut ne pas plaire) à Oskar, jeune garçon surdoué, aux multiples centres d'intérêt, fragilisé par la disparition de son père dans une des tours du World Trade Center. Quelques mois après le drame, Oskar trouve dans le dressing de son père un vase bleu contenant une clef. Avec cette clef, une indication, nom ou couleur : Black. Oskar décide de partir à la recherche de ce mystérieux Black et de trouver quel était son lien avec son père.
La quête d'Oskar, un moyen pour lui de garder son père un peu vivant, est mêlée à un autre récit débutant soixante ans auparavant à Dresde, à la veille des bombardements qui ont détruit la ville. On comprend peu à peu le lien avec Oskar, mais j'avoue que ces parties m'ont un peu moins emballée, et que les trouvailles formelles qu'elles contiennent m'ont semblé un peu plus artificielles… Retrouver Oskar revenait à retrouver une bouffée d'air pur ! Il est doué d'une imagination débordante, et passe son temps, par des inventions multiples et des rituels, à essayer de chasser l'angoisse. Inventions qui n'ont d'égales que celles de l'auteur pour nous balader et pas seulement dans New York. le roman est traversé d'autres histoires, de souvenirs, de lettres, photos, cartes de visite, sans que cela nuise à la compréhension. Voici la très intéressante réponse donnée à ce sujet par l'auteur à
François Busnel qui lui demandait s'il ne trouvait pas artificiel de mêler des images à son roman : «Pas du tout, explique-t-il. Si je vous dis: "le 11 Septembre", quelle est votre pensée première ? Des images, non ? Eh bien voilà pourquoi ce livre en comporte. Je ne cherche pas à faire un roman expérimental mais à permettre au lecteur de ressentir des émotions qui ne soient pas tièdes. Et pour cela, j'ai besoin de mettre sur le papier tout ce qui me passe par la tête. On a assez dit que le 11 Septembre ne pouvait être décrit en mots. D'accord. Donc, décrivons l'indescriptible avec autre chose que des mots.»
Par moments, j'ai aussi eu des réminiscences de
Paul Auster, notamment La
Trilogie new-yorkaise : ce n'est sans doute pas un hasard si le nom de Black apparaît dans Extrêmement fort… Bref, une lecture passionnante malgré quelques longueurs et un ou deux moments où il faut s'accrocher pour ne pas perdre pied.