> Jacqueline Huet (Traducteur)
> Jean-Pierre Carasso (Traducteur)

ISBN : 2020638894
Éditeur : Editions du Seuil (2004)


Note moyenne : 3.91/5 (sur 68 notes) Ajouter à mes livres
Jonathan Safran Foer fait partie de ces écrivains inventifs qui conçoivent la littérature comme "un désordre des dents". Maniant le verbe avec une rare dextérité, il fait subir au langage toutes les distorsions possibles sans que cela jamai... > voir plus
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Critiques et avis

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  • Par kurisu, le 25 mars 2012

    kurisu
    "Tout est illuminé" m'est tombé dessus presque par voie détournée, à la suite de la découverte de l'adaptation au cinéma du roman. Surprenante bande annonce, si bien mise en valeur par la musique de Devotchka. Il me fallait lire le livre. Celui-ci fut bien différent de ce que j'avais pu imaginer. En effet, l'œuvre est complexe et ne se laisse pas aisément enfermer dans une analyse synthétique : d'autres chroniques mettraient en avant des aspects ou un ressenti bien différent de ce qui pourrait être relaté ici.
    Formellement, le roman est une alternance, d'une part, de lettres et de témoignages écrits dans un anglais approximatif ("broken english") par un ukrainien, Alex, à un américain juif, Jonathan Safran Foer à la recherche de ses origines en Ukraine, et, d'autre part, de la chronique poétique de Jonathan sur l'histoire d'un Shtelt, village juif local.
    L'histoire proprement dite se déroule sur deux lignes temporelles, celle du voyage de Jonathan - alors qu'Alex lui servait de guide avec son grand père - et de ses conséquences sur les protagonistes, et celle de l'histoire des ancêtres de Jonathan dans le shtelt, de la fin du 18e siècle à la seconde guerre mondiale.
    Après un instant de désorientation, la lecture des parties attribuées à Alex n'est jamais pesante et révèle autant la maitrise du langage de l'auteur que la grande qualité de la traduction ... En effet, s'il m'est déjà arrivé de lire des textes de personnes qui voulaient "ré-inventer" la langue, le résultat était souvent atroce, ou en tout cas "il piquait les yeux".
    Ici, le décalage de langage de l'ukrainien, semble choisi avec attention, toujours avec sa cohérence propre, millimétré. En vérité, pour arriver à ce niveau là il est nécessaire d'avoir une grande maîtrise du style.
    Quant à la partie relative à l'histoire du village, elle possède quelques très beaux passages au service d'une histoire dont le lyrisme n'est pas absent.
    ******

    Si le voyage est l'occasion de s'interroger sur ses racines pour construire son identité, passion américaine s'il en est, d'autres niveaux de lectures semblent possibles, à l'instar de Macbeth et cet emboîtement de pièces de théâtre. La relation entre Jonathan, apprenti écrivain, et Alex laisse apparaître la construction d'un roman sur ce voyage, lequel est l'occasion de voir émerger certaines interrogations : le sens (et la légitimité ?) de la vérité derrière les mots en dehors de l'expérience sensible des "témoins de l'histoire", la possibilité d'un travail sur la mémoire ainsi que l'héritage que cette mémoire laisse. Aussi, la quête par Jonathan de la femme qui aurait sauvé son grand-père des nazis apparaît presque secondaire.

    La dernière page tournée et le livre refermé, il reste une œuvre, habitée par un humour rempli d'une certaine gravité, le seul moyen d'exprimer le plus justement possible la tristesse qui traverse les personnages et les événements relatés. Et l'amour... Mais au final Tout est illuminé...

    A noter que l'auteur, végétarien convaincu semble-t-il, a également publié "Faut-il manger les animaux". Quelques unes de ses convictions se retrouvent d'ailleurs dans le personnage de Brod (p96-97). Critique de l'ouvrage sur reflets de mes lectures...
    PS : critique parue sur le blog : myowntoshokan
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    • Livres 2.00/5
    Par Eric75019, le 29 janvier 2011

    Eric75019
    J'avais acheté ce livre car la dernière de couverture me faisait penser immanquablement aux "Disparus" de Daniel Mendelsohn. Presque la même histoire : un américain d'origine juive et en quête de ses origines recherche les traces de sa famille en Ukraine, on apprend que ses ancêtres sont tous originaires du même shtetl (village) qui a été décimé par les nazis au cours de la seconde guerre mondiale. Mais ici s'arrête la ressemblance.
    Autant le livre de Mendelsohn est prenant, sincère et émouvant, rigoureux et honnête, profondément humain, autant ici, il semble que l'on ait affaire à une mauvaise blague de potache. Un style cabotin, m'as-tu-vu, des digressions pseudo-intellectuelles pour faire du remplissage (l'indigeste Livre des antécédents), des anecdotes farfelues façon Tex Avery et hors de propos (la scie), des personnages peu crédibles (à peu près tous : le grand-père chauffeur et supposé aveugle, le "héros" qui n'interagit jamais avec sa propre histoire, le chien cinglé, Augustine et ses cartons...) et une écriture insupportable, surtout lorsqu'il s'agit du narrateur ukrainien parlant mal l'anglais et donc difficilement traduisible en français (à ce propos, je tire mon chapeau aux traducteurs pour ce travail ingrat : comment reproduire fidèlement un mauvais texte bourré d'erreurs sans que cela passe parfois pour une mauvaise traduction ?)
    Là où certains ont vu une originalité de style, je n'ai vu qu'artifices infligés au lecteur. J'attendais autre chose du "meilleur livre de l'année 2002" selon le Times.
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    • Livres 4.00/5
    Par ledrake, le 28 juin 2009

    ledrake
    Il est difficile de croire qu'on tient là un premier roman, tant la forme est audacieuse et le fond maitrisé, en équilibre constant entre comédie et drame, autour d'un sujet profondément douloureux : celui de la Shoah. Souvent déroutant dans l'arc secondaire qui reprend l'histoire fantasmée par Safran Foer de Trachimbrod et des racines de sa famille, l'arc principal du point de vue de Sacha est juste incroyable d'émotion et d'humour, grâce à l'utilisation du "broken english" (où un anglais thésaurisé à l'extrême par un jeune ukrainien). Sans être du niveau de son deuxième roman ,Tout est illuminé reste une expérience littéraire somptueuse et assez rare...
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    • Livres 4.00/5
    Par Heureuse, le 10 octobre 2010

    Heureuse
    Un livre touffu, foisonnant, dense, tourbillonnant, illuminé.
    Ca part dans tous les sens : dans le temps, dans les personnages, dans la narration. Ce qui rend le roman assez difficile. Les personnages vont et viennent, on ne sait pas toujours d'où, on ne sait pas toujours vers quoi.
    Et pourtant...
    Le charme est là, opère. Ce roman est une entité, a un sens, un but. Sous cet apparent désordre la maîtrise est parfaite et totale.
    Je comprends qu'on puisse ne pas aimer car c'est assez bizarre. J'ai un peu moins aimé que son dernier titre. Mais il reste, à mon avis, très largement au-dessus de la mêlée.
    Mention spéciale pour les traducteurs Jacqueline Huet et Jean-Pierre Carasso dont le travail a du être bien complexe. Traduire en Français les propos d'un jeune Russe qui parle mal anglais, traduit des expressions russes en anglais, et pratique une utilisation fantaisiste (mais cohérente dans sa fantaisie) du lexique. Tout en préservant la poésie et le charme, cela ne peut que s'applaudir.
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    • Livres 4.00/5
    Par Lencreuse, le 26 juillet 2010

    Lencreuse
    Jonathan Safran Foer est à la recherche de l'histoire de sa famille. Une histoire qui commence en Ukraine avant que la guerre et le fascisme ne passent par là, décimant les communautés juives. Pour cette expédition, il fait appel à une agence spécialisée pourvoyant chauffeur et interprète. Safran Foer se retrouve affublé d'un bien étrange couple : un jeune ukrainien rêvant d'Amérique dans un anglais comiquement approximatif et son grand-père qui veut se persuader qu'il est aveugle. Sans oublier Samy Davis Junior Junior, une chienne à l'affection incontrôlable. Tout ce petit monde sillonne les routes d'Ukraine guidé par l'histoire familiale de Foer. Mais ce qu'ils découvriront remuera les âmes de chacun d'entre eux.
    Dans un jeu subtil de narration, Foer offre avec ce premier roman un récit étonnant aussi bien par la forme et le style que par l'histoire elle-même. Ce roman est presque indescriptible : deux narrateurs, deux histoires et une correspondance qui les relie, deux styles d'écriture totalement différents, deux héros. Bref rien de simple mais quelque chose d'enivrant c'est sûr. On s'attache à Alex, ce jeune Ukrainien rêveur et simple qui se révèle d'une grande sensibilité, à ce grand-père étrange et taciturne ainsi qu'aux ancêtres de Safran Foer aux destinées incroyables. Les passages narrés par Alex sont truculents tant sa maîtrise de l'anglais est déplorable. Ceux écrits par Safran Foer sont flamboyants : ils nous plongent dans la culture et les croyances juives avec délectation, avec ce petit quelque chose de typique qui font des personnages des héros de légende, à l'image d'un Solal ou d'un Mangeclous. Un jolie prouesse pour un premier roman.

    Lien : http://lencreuse.over-blog.com
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Citations et extraits

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  • Par Eipoca, le 03 janvier 2012

    "Pourquoi voulez-vous écrire?" "Je ne sais pas. Avant je pensais que j'étais né pour ça. Non, je ne l'ai jamais vraiment pensé. C'est un truc qu'on dit." "Non, pas du tout, je pense vraiment que je suis né pour être comptable." "Vous avez de la chance." "Peut-être vous êtes né pour écrire?" "Je ne sais pas. Peut-être. C'est terrible à dire. Minable." "Ce n'est ni terrible ni minable." "C'est si difficile de s'exprimer." "Je comprends ceci." "Je veux m'exprimer." "La même chose est vraie pour moi.""Je cherche ma voix." "Elle est dans votre bouche."
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  • Par bibliophage, le 17 juillet 2009 Première phrase du livre

    (incipit)

    OUVERTURE AU COMMENCEMENT D'UN TRES RETIF VOYAGE

    Légalement, je m'appelle Alexandre Perchov. Mais mes nombreux amis me surnomment tous Alex, version plus flasque à articuler de mon nom légal.
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  • Par bibliophage, le 17 juillet 2009

    Je pensais autrefois que l'humour est la seule façon d'apprécier combien le monde est merveilleux et terrible, la seule façon de célébrer l'énormité de la vie. [...] Mais maintenant, je pense que c'est le contraire. L'humour est une façon de se recroqueviller pour échapper à ce monde merveilleux et terrible.
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  • Par bibliophage, le 17 juillet 2009

    Tout ce que je trouve est plus ou moins schmock. Les Eskimos ont 400 mots pour neige et les juifs 400 pour schmock.
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