C'est le carnet intime d'une jeune femme qui a choisi de raconter un court moment de sa vie, étalé sur quelques mois, entre le début de l'hiver et la fin de l'été. Elle confie ses doutes, ses difficultés, ses addictions physiques ou affectives et... > voir plus
Mine de rien, avec ses croquis au trait noir et épais, ses esquisses faites d'après photo, ses photos floutées, ses copies d'emails échangés avec son père, ses peintures, Judith Forest livre une autobiographie très personnelle sur le fond, mais aussi sur la forme, tant elle réussit à mêler tous ces genres graphiques et c'est un régal pour l'oeil. Elle a opté pour l'intime et couche sur le papier toutes ses coucheries, ses aventures parfois rocambolesques, se réinventant parfois un peu une vie. Mais c'est en progressant dans la lecture que l'on découvre une femme qui dévoile l'essentiel de son passé, de ses douleurs et de ses manques. Avec une grande justesse, maturité et analyse, elle met en scène un délicat passage à l'âge adulte, en soulignant l'importance de la satisfaction personnelle dans le domaine artistique pour lequel elle a opté, grâce à Momo, son ami homo qui lui a fait découvrir Angoulême, un dessinateur, et l'envie de persévérer.
Bien lui en a pris car ça m'a beaucoup plu.
« N'importe quelle vie peut-elle faire une belle histoire ? J'ignore comment celle-ci sera reçue » dit l'auteur. Judith Forest publie ses carnets qui ont été ses confidents du quotidien plusieurs années durant. L'occasion pour nous de faire sa connaissance alors qu'elle termine ses études aux Beaux-Arts. le diplôme en poche, elle quittera Paris pour s'installer à Bruxelles, un pied à terre salvateur à une heure vingt cinq de la capitale française.
Au final, je suis seule. On est toujours seul, même au milieu de la foule, avec ses amis, ses amants. On est fondamentalement aux prises avec soi-même.
Je repense à mon cher prof d’art et je me demande si l’art me permet d’être davantage ou le contraire. Touriste de l’existence, est-ce que je ne me coupe pas de mes sensations comme une téléphage ou une droguée ? J’ai tendance à la compulsion. C’est un retrait, une fuite. Alors je me dis qu’il faut que j’arrête. Et si c’était bien quand même ?
Voilà, j’ai été au bout de l’impudeur. J’arrête là l’exhibition de ma souffrance, de mon infamie. Je ne suis plus une victime. Avec ce carnet, je me reconstruis. En fait, je vous utilise. J’étale ma vie en place publique. C’est aussi une façon de me forcer à l’accepter moi-même. Il y a une fracture constante entre un être et son histoire, entre ses désirs et sa vie. Se mettre à nu peut mener aussi sûrement vers le début d’autre chose qu’à une auto-complaisance totale. Mais pourquoi publier ? S’agit-il d’exploiter, de façon mercantile, le voyeurisme des lecteurs ? Ou de me contraindre à assumer en ancrant collectivement et durablement mes propos ? Est-ce qu’on tourne des pages ?
Mon père est un con pitoyable. Il s'est trompé sur tout. C'est parce qu'il est pitoyable que j'arriverai, peut-être, à lui pardonner tout ce qu'il ne m'a pas fait.
Revenir dans la maison d'enfance, c'est aussi retrouver la place qui nous y était assignée, et celle que je ne suis plus, et celle aussi que j'ai voulu fuir, peut-être, en allant vivre à Paris puis Bruxelles. La famille, c'est toujours un noeud, et on est forcément pris dedans. Je n'y peux rien, mais c'est chaque fois la même chose : je me sens prise au piège et j'étouffe.