
Observateur subtil de la société britannique, E. M. Forster n'a peut-être jamais mieux décrit les antagonismes et les entrelacs d'intérêts entre aristocratie et bourgeoisie que dans Howards End. Dans cette histoire d'héritage et de remariage s'affrontent deux familles, les Schlegel et les Wilcox, et à travers eux deux visions du monde. A la veille de la Première Guerre mondiale, la société victorienne se fissure et les idées féministes et progressistes gagnent du terrain, malgré la résistance aveugle et hautaine des tenants de la tradition. Comme le montre habilement et cruellement ce roman indémodable, cette opposition brutale destinée à façonner la société du XXe siècle ne se déroulera pas sans faire de victimes.
Edward Morgan Forster est né à Londres en 1879. Il fait ses études dans une public school à Tonbridge, puis à Cambridge, où il se lie d'amitié avec J. M. Keynes et Leonard Woolf (futurs fondateurs du groupe de Bloomsbury). Il effectue de longs voyages en Grèce et en Italie et publie, en 1904, sa première nouvelle: The Story of a Panic. Entre 1905 et 1910, Forster écrira plusieurs grands romans: Monteriano, Le plus long des voyages, Avec vue sur l'Arno et Howards End. Remarquable styliste, E. M. Forster devient bientôt l'une des personnalités dominantes de la littérature anglaise de la première moitié du siècle, tandis que la publication de Route des Indes, en 1924, l'établit définitivement comme un maître du roman. Pourtant, à partir de 1927, il abandonne la fiction pour se consacrer entièrement à son œuvre critique. Comblé de distinctions honorifiques, E. M. Forster est mort en 1970. Les remarquables adaptations cinématographiques de ses romans, par David Lean et surtout par James Ivory, ont contribué à renforcer sa notoriété internationale.