> Charles Mauron (Autre)

ISBN : 2264004223
Éditeur : 10-18 (1988)


Note moyenne : 3.54/5 (sur 13 notes) Ajouter à mes livres
Une jeune femme anglaise est agressée dans les grottes de Marabar, une enquête s'ensuit. Ce fait divers ordinaire sert de point de départ à E.M. Forster (1879 - 1970) pour bâtir une des œuvres les plus magistrales de la littérature moderne, tout en écrivant le roman de ... > voir plus
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Critiques et avis(3)

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    • Livres 2.00/5
    Par Woland, le 17 octobre 2008

    Woland
    A Passage to India
    Traduction : C. Mauron
    Compte tenu du nombre important de cinéphiles qui hantent ces lieux, je ne leur ferai pas l'injure de suggérer l'idée qu'ils puissent ignorer le thème central de "Route des Indes." Si je la rappelle donc, ce sera de manière très succincte et seulement à l'intention de celles et ceux qui n'ont pas lu le livre, pas plus qu'ils n'ont vu le film.
    Adela Quested, jeune Anglaise de bonne famille qui a l'intention d'épouser Ronny Moore, magistrat colonial dans la petite ville de Chandrapore, arrive aux Indes sous le chaperonnage de sa future belle-mère, Mrs Moore. Celle-ci s'étant prise de sympathie pour le Dr Aziz, celui-ci invite les deux femmes à visiter avec lui et une bonne escorte les grottes voisines de Marabar. Pour diverses raisons, Miss Quested se retrouve seule dans l'une d'entre elles et déclarera par la suite avoir été agressée par un homme l'y ayant suivie. Cet homme, affirme-t-elle en un premier temps, c'est le Dr Aziz ... Scandale général, arrestation du médecin, levée de boucliers des amis du Dr Aziz, climat d'émeute, procès ... et coup de théâtre avec la rétractation de Miss Quested.
    Quand il rédigea ce livre, E.M. Forster souhaitait en faire un plaidoyer vibrant contre la politique impérialiste de la Grande-Bretagne, notamment aux Indes. Comme cheval de bataille, les préjugés racistes des Anglais lorsqu'ils s'installaient dans leurs colonies.
    De ce point de vue, "Route des Indes" est une réussite absolue. le problème, c'est qu'on comprend mal comment l'auteur peut se révolter aussi vertueusement contre le racisme de ses compatriotes alors qu'il semble trouver tout naturel le mépris avec lequel ses héros musulmans envisagent les Hindouistes.
    A moins qu'il n'y ait racisme et racisme ? ... Ou que ce qui est racisme chez certains ne soit que droit parfaitement légitime chez les autres ? ... Je suis désolée mais en ce qui me concerne, je ne vois pas de différence : ou bien l'on reconnaît l'universalité du racisme, ou bien on a la pudeur de se taire.
    Je n'ai pas non plus saisi pourquoi les moqueries envers les interdits alimentaires respectés par les Hindouistes et que Forster place dans la bouche d'Aziz et de ses amis, devaient être considérées comme de l'humour. Evidemment, si l'écrivain avait raillé de même - et avec un dédain similaire - les interdits alimentaires de l'islam et du christianisme, j'aurais applaudi des deux mains. Mais c'est loin d'être le cas.
    Plus grave encore si j'ose dire, l'image de la femme qui est ici véhiculée. La seule qui s'en sorte avec les honneurs le paie bien cher : la malheureuse est morte en effet depuis des années et il s'agit de la première épouse du Dr Aziz, laquelle respectait comme de juste tous les interdits en vigueur chez les Indiens musulmans, dont celui de la purdah. A part elle, les femmes - en particulier les Occidentales - sont classées en trois grandes catégories :
    1) celles qui n'existent pas - Forster ne leur donne jamais la parole et le plus beau compliment qu'il leur fasse, c'est de les trouver "gracieuses" - à savoir les épouses des Indiens de Chandrapore, musulmanes et hindoues ;
    2) les pimbêches prétentieuses, racistes et sectaires : les épouses, filles, soeurs, etc ... des Anglais en poste à Chandrapore ;
    3) et enfin les hystériques : Miss Quested bien sûr qui accuse, se rétracte et sème la pagaille là où elle passe, ainsi que, à la limite, sa future belle-mère, Mrs Moore, que son expérience personnelle dans les grottes de Marabar transforme en vieille bique aigrie et détestable, à la frontière de la folie.
    Quand elle est aussi haineuse, la misogynie constitue bel et bien, n'en déplaise à certains, une forme particulièrement répugnante de racisme. E.M. Forster le pratiquait visiblement tous les jours. le fait qu'il n'ait pas eu le courage de rompre le cordon ombilical avant le décès de sa mère éclaire certainement la question d'un jour nouveau mais ne constitue pas pour moi une excuse valable.
    Et les hommes, me direz-vous ? Comment les dépeint-il ? ... En gros, il y a :
    1) les bons (les Indiens musulmans et un seul Anglais, Fielding, l'instituteur)
    2) et les méchants (les Indiens hindouistes et tous les autres Anglais).
    Seul Indou non musulman à tirer son épingle du jeu : un jeune Intouchable presque aussi beau qu'un dieu (grec, sans doute) devant lequel on sent presque se pâmer la plume de Forster. (Encore sa beauté est-elle ignorante, avec quelque chose de stupide : normal, non ? c'est un Indien hindouiste ... )
    Bref, de cette "Route des Indes" dont le manque de subtilité n'a pas fini de m'étonner, je n'ai voulu sauver personnellement que quelques descriptions locales - et c'est bien tout.
    Truman Capote, qui avait eu l'occasion de faire la connaissance de Forster, a dit de lui qu'il appartenait à l'espèce des "folles." De fait, "Route des Indes" me semble en effet (et c'est dommage) exsuder toutes les haines, toutes les frustrations, toutes les terribles aigreurs des "folles" qui, contrairement à l'homosexuel-type, présentent à la fois les pires défauts des femmes unis à tous ceux des hommes.
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    • Livres 3.00/5
    Par Lilly, le 14 février 2009

    Lilly
    En lisant la critique précédente, je me demande si on a lu le même livre...
    J'ai lu ce livre il y a peu, et je n'ai absolument pas vu que Forster était plus méprisant à l'égard des hinduistes qu'envers les chrétiens et les musulmans. Il se moque de toutes les religions dans ce livre. Pour avoir lu la plupart des romans de cet auteur, je crois pouvoir dire sans crainte de me tromper qu'il n'était pas franchement quelqu'un de religieux (Mr Emerson, Maurice Hall, et même Adela et Mrs Moore ne sont pas des modèles de puritanisme). Si Forster appuie sur les différences et les incompréhensions entre hindouistes, musulmans et chrétiens, c'est parce qu'il veut montrer à quel point la situation est complexe. Dans les toutes dernières pages, lorsque Aziz dit qu'il veut d'une Inde sans les Anglais, Fielding lui signifie clairement que l'alliance entre les musulmans et les hindouistes ne se fera pas en un jour.
    A propos des femmes, encore une fois je ne suis pas d'accord avec la critique précédente. Forster a fait de très belles héroïnes, et je pense que l'on peut en trouver deux dans "Route des Indes". Mrs Moore n'est pas une hystérique, c'est au contraire une personne très perspicace, la seule avec Fielding qui comprend que les Anglais disent n'importe quoi. Quant à Adela, son aventure dans la grotte est étrange, et est difficile à comprendre. Je veux bien voir ici une maldresse de Forster, mais pas de la misogynie. Il lui fallait montrer à quel point les Anglais s'emballaient vite, alors il a trouvé un prétexte un peu bancal. Mais Adela n'est pas montrée du doigt par Forster à la fin du livre. Elle a le courage de se mettre dans la pire des situations (même si elle l'a cherché), et elle est récompensée dans sa peine par l'amitié de Fielding.
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    Critique de qualité ? (1 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par lnbsi, le 18 avril 2011

    lnbsi
    Mrs Moore et Miss Quested viennent d'arriver à Chandrapore, une petite ville sans prestige à quelques kilomètres de Bombay. le but de ce voyage est principalement de savoir si Miss Quested pourrait devenir la future femme de Mr Heaslop, le fils de Mrs Moore. Peu de temps après son arrivée, Mrs Moore fait, par hasard, la connaissance d'un jeune docteur indien musulman dans une mosquée, Dr Aziz. Ils éprouvent immédiatement de la sympathie l'un pour l'autre. Un lien d'amitié semble s'être formé entre la vieille dame et le jeune homme contrairement à toutes les règles sociales du monde dans lequel ils évoluent. de son côté, Miss Quested qui souhaite connaître ce qu'elle appelle la « vraie Inde », accepte pour elle et Mrs Moore l'invitation de Mr Fielding qui souhaite leur présenter des amis indiens dont le docteur Aziz fait parti.

    Lien : http://aufildeslivres.over-blog.com/article-a-passage-to-india-71998..
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Citations et extraits

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  • Par Lilly, le 14 février 2009

    « - Oui, Ronny est toujours surchargé de travail, dit-elle en contemplant les collines. Comme elles étaient devenues belles brusquement ! Devant elle tomba comme une jalousie une vision de leur vie commune. Elle viendrait au club avec Ronny chaque soir, une voiture les ramènerait chez eux au moment de s'habiller ; ils verraient les Lesley, les Callendar et les Turton et les Burton qu'ils inviteraient et par qui ils seraient invités, cependant qu'à côté d'eux l'Inde vraie glisserait, inaperçue. La couleur resterait : le déploiement des oiseaux à l'aube, les corps bruns, les blancs turbans, les idoles à chair écarlate ou bleue ; et le mouvement resterait, aussi longtemps qu'il y aurait une foule aux bazars et des baigneurs aux citernes. Perchée sur le siège élevé d'un dog-cart, elle regarderait. Mais la force qui anime couleur et mouvement lui échapperait et même plus sûrement qu'aujourd'hui. Elle verrait l'Inde comme une frise, elle n'en connaîtrait jamais l'âme et c'était l'âme que Mrs Moore avait, pensait-elle, entrevue. »
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