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Dits et Ecrits, tome 2 : 1976 - 19880Ajouter à mes livres
En 1984, Michel Foucault, déjà très affaibli par sa maladie, livre dans le dernier de ses entretiens : "Il me semble que dans L'Histoire de la folie à l'âge classique, dans Les Mots et les Choses et aussi dans Surveiller et punir, beauco... > voir plus
La connaissance ne constitue pas le plus ancien instinct de l’homme ou, inversement, il n’y a pas dans le comportement humain, dans l’appétit humain, dans l’instinct humain quelque chose comme un germe de connaissance. En fait, la connaissance a un rapport aux instincts, mais ne peut pas être présente en eux, et pas même être un instinct parmi les autres. La connaissance est simplement le résultat du jeu, de l’affrontement, de la jonction, de la lutte et du compromis entre les instincts. C’est parce que les instincts se rencontrent, se battent et arrivent finalement, à la fin de leurs batailles, à un compromis que quelque chose se produit. Ce quelque chose est la connaissance.
Chaque société a son régime de vérité, sa politique générale de la vérité : c’est-à-dire les types de discours qu’elle accueille et fait fonctionner comme vrais; les mécanismes et les instances qui permettent de distinguer les énoncés vrais ou faux, la manière dont on sanctionne les uns et les autres; les techniques et les procédures qui sont valorisées pour l’obtention de la vérité; le statut de ceux qui ont la charge de dire ce qui fonctionne comme vrai.
Pour prendre un exemple, sans doute très schématique, dans la structure conjugale traditionnelle de la société du XVIIIe et du XIXe siècle, on ne peut pas dire qu'il n'y avait que le pouvoir de l'homme: la femme pouvait faire tout un tas de chose: le tromper, lui soutirer de l'argent, se refuser sexuellement. Elle subissait cependant un état de domination, dans la mesure où tout cela n'était finalement qu'un certain nombre de ruses qui n'arrivaient jamais à renverser la situation.
Le problème politique le plus général n’est-il pas celui de la vérité? Comment lier l’une à l’autre la façon de partager le vrai et le faux et la manière de se gouverner soi-même et les autres? La volonté de fonder entièrement à neuf l’une et l’autre, l’une par l’autre (découvrir un tout autre partage par une autre manière de se gouverner, et se gouverner tout autrement à partir d’un autre partage), c’est cela la «spiritualité politique».
Quel sujet parlant, quel sujet discourant, quel sujet d’expérience et de savoir voulez-vous donc minoriser du moment que vous dites : moi qui tiens ce discours, je tiens un discours scientifique et je suis un savant?