ISBN : 2818014174
Éditeur : P.O.L. (2012)


Note moyenne : 3.75/5 (sur 36 notes) Ajouter à mes livres
La stagiaire entre dans le bureau de Robert Dubois, l'éditeur, et lui tend une tablette électronique, une liseuse.
Il la regarde, il la soupèse, l'allume et sa vie bascule. Pour la première fois depuis Gutenberg, le texte et le papier se séparent et c'est comme s... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par cicou45, le 01 février 2012

    cicou45
    Sachant que je suis un peu réticente à toute sorte de liseuse, I-Pad...et que pour moi, rien ne remplacera jamais le livre papier, mon mari, en lisant la quatrième de couverture, n'a pas résisté à m'offrir ce livre et je l'en remercie même si je n'ai toujours pas changé d'avis.
    L'histoire est celle d'un éditeur, Robert Dubois, dont la maison d'édition pour laquelle il travaille porte son nom puisque ses ancêtres en sont les créateurs. C'est une vieille maison d'édition indépendante comme on en trouve de plus rarement de nos jours qui a ses auteurs attitrés mais qui est toujours en quête de nouveaux talents. Sa vie va être perturbée le jour où il fait la connaissance de Valentine, une jeune stagiaire, employés par sa propre maison, qui lui apporte son nouvel outil de travail : La liseuse, instrument complètement révolutionnaire selon elle puisque cette tablette de 730 grammes est capable de contenir une quantité inimaginable de manuscrits. Réticent au départ, la narrateur va finalement se familiariser avec cette dernière, allant même à imaginer avec une bande de stagiaires, complètement déjantée dont fait partie Valentine, à créer une nouvelle boîte entièrement basée sur l'édition numérique.
    Est-ce l'édition de demain ? Probablement mais l'auteur n'affirme pas non plus que les bonnes vieilles librairies telles que nous les connaissons avec les livres papier sont vouées à disparaître puisque l'éditeur, une fois qu'il se retrouve dans une grande impasse et qu'il a le moral à zéro (je ne vais pas non plus vous dévoiler toute l'intrigue), en revient à ses bons vieux classiques, imprimés e(t au format du livre que nous connaissons aujourd'hui. Cela m'a remonté le moral car, tout comme lui, même si je pense que le monde de l'édition va inévitablement changer, je suis persuadée que les livres papier ne disparaîtront pas. Il y aura toujours des personnes, comme moi d'ailleurs, qui aiment sentir leur livre, le toucher et le conserver précieusement dans une bibliothèque...du moins, je l'espère !
    Pour en revenir à l'écriture, j'avoue que celle-ci m'a un peu déroutée au départ car je ne comprenais pas pourquoi l'auteur coupait ses chapitres, parfois en plein milieu d'une phrase, jusqu'à ce que je lise ce qui est expliqué à la fin de l'ouvrage, à savoir que le texte est en réalité une sextine, ce qui est vraiment extrêmement bien mis en oeuvre de la part de l'auteur puisqu'il allie ici deux styles d'écriture. J'avoue cependant que je ne m'en serais jamais rendu compte sans cette explication, mettant simplement cela sur le compte du fantasque de l'auteur. L'écriture en elle-même est fluide et lipide et cet ouvrage se lit en un rien de temps. Pourquoi n'y ai-je pas attribué la note maximale ? Tout simplement parce que j'aurais souhaité qu'il s'attarde un peu plus sur certains passages, et notamment sur la fin que je trouve trop brève et que j'aurais souhaité qu'il creuse un peu plus mais cela n'est qu'une question de goût. A découvrir !
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    • Livres 4.00/5
    Par caro64, le 06 avril 2012

    caro64
    Les temps changent depuis toujours, mais un peu plus ces temps-ci, semble-t-il, où l'on croise de plus en plus de lecteurs sans livre mais avec cordon d'alimentation. Robert Dubois, vieil éditeur germanopratin, découvre cette réalité le jour où une stagiaire pressée lui apporte une "liseuse" (idée de l'actionnaire majoritaire qui sait où mène la modernité) sans réaliser qu'elle fait sonner un étrange glas dans la vie de cet homme entouré de papier. L'objet a de l'allure, il ne sent rien, se range mal dans une poche ou un cartable mais il entre dans le quotidien de notre homme qui en a vu d'autres mais s'interroge néanmoins : quel est ce monde où un texte pourra exister loin du papier ?
    Ni chant du cygne, ni apologie passéiste, La liseuse est le récit de cette petite révolution dans un univers en ébullition permanente, celui d'un lecteur fou qui oscille entre désabusement permanent (que n'a-t-il du temps pour lire enfin les livres qui valent la peine et réclament du temps) et espoir continu (et s'il allait enfin découvrir un grand écrivain), d'un homme qui passe sa vie penché sur des manuscrits. On reconnaît l'éditeur à son goût du risque et à son assurance que le succès est imprévisible : celui-ci décide de jouer le jeu en confiant à ses stagiaires, une peuplade qui grouille dans le monde de l'édition, le soin d'inventer une maison dont les nouvelles technologies seront le support. Cela va-t-il fonctionner ? Goguenard et attentif, attendri quoique inquiet, il regarde lentement s'effriter ses certitudes en laissant les souvenirs interroger le présent. Paul Fournel n'est pas avare de clins d'œil, envers ses amis de l'OULIPO notamment (Queneau, le Tellier, Perec viennent faire des apparitions plus ou moins masquées), envers ses livres chéris, et parce qu'il croit depuis longtemps au pouvoir de la contrainte il a composé un roman répondant au principe de la sextine (je lui laisse le soin de vous l'expliquer en dernière page…). Pour le profane, c'est un voyage dans le monde de l'édition, avec toutes ses chapelles, ses rituels, ses ridicules, ses grandeurs, mais c'est avant tout une étonnante réflexion, sous forme narrative, sur ce que devient ce monde qui se croyait à l'abri des changements et qui découvre qu'il va devoir s'adapter.
    Esprit, humour, mélancolie surmontée et maîtrise d'écriture ! Ce livre est un délice, où Paul Fournel ne se refuse rien : on aurait tort de s'en priver.
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    Critique de qualité ? (12 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par Kittiwake, le 30 janvier 2012

    Kittiwake
    Ce n'est ni un vêtement féminin d'intérieur, ni un coupe-papier, et encore moins une silhouette «au bleu de la croisée», mais bel et bien cet engin high tech qui est en train de révolutionner le comportement des lecteurs mais aussi d'ébranler les fondements du monde de l'édition, même si des îlots d'irréductibles tourneurs de pages à la main résistent encore à l'invasion.
    Cet instrument (sans doute une tablette fruitée si l'on en juge par le poids) se retrouve entre les mains d'un éditeur perplexe. Comme pour un fumeur repenti, la gestuelle est à réinventer : il n'est plus question de «tenir les feuilles posées sur son ventre puis de déposer ses feuilles lues sur sa poitrine pour sentir le poids du travail accompli». Et comme un malheur n'arrive jamais seul, une bande de stagiaires geeks font irruption dans son paysage professionnel. Il n'en faudra pas plus pour que les idées fusent pour réinventer la lecture à l'aide de la technologie et en accord avec la demande (du rapide, du vite consommé, vite oublié).
    Ce roman est assez drôle même si j'ai eu la sensation de passer à côté d'allusions cryptées obscures quand on ne fréquente pas de façon intime le monde de l'édition. Est-ce également la contrainte formelle que s'est imposée l'auteur oulipien (texte en forme de sextine, forme poétique complexe dont les règles sont expliquées à la fin de l'ouvrage) et que j'aurais été incapable de repérer sans en avoir été avertie, toujours est-il qu'il transparaît une construction un peu artificielle.
    Le roman ne lance pas le débat papier ou électronique, mais envisage les conséquences possibles d'une telle évolution. Devra-t-on envisager la création d'un ministère pour la sauvegarde des textes littéraires comme l'a imaginé Jasper Fforde dans la série des Thursday Next, pour éviter que la madeleine de Proust ne se transforme en petit-beurre?
    Bien entendu, j'ai parcouru ce texte sur ...une liseuse

    Lien : http://kittylamouette.blogspot.com/2012/01/la-liseuse.html
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  • Par keisha, le 06 mars 2012

    keisha
    Une jeune stagiaire apporte à l'éditeur Robert Dubois une liseuse contenant les "manuscrits" à lire durant son week end.

    "Regardez, c'est comme un écran avec tous vos manuscrits dessus. Ils sont sur l'étagère virtuelle en faux-vrai bois. Vous les touchez et ils s'ouvrent. Il y en a un paquet. Vous n'allez jamais lire tout ça en deux jours! Regardez, le texte s'ouvre.
    -Et j'avance comment?
    -On tourne les pages dans le coin d'en bas avec le doigt.
    -Comme un bouquin?
    -Oui, c'est le côté ringard du truc. Une concession pour les vieux. Quand on se souviendra plus des livres, on se demandera bien pourquoi on avance comme ça. Autant défiler vertical. Scroller? Ce serait plus logique.
    -C'est Kerouac qui va être content.
    Elle ne réagit pas."

    Tout en bougonnant un peu, notre éditeur s'approprie cette liseuse (qui lui permet aussi de visionner des films, etc, ...) jusqu'à en flairer un usage vraiment nouveau que je vous laisse découvrir.

    Pas seulement question donc, comme je le pensais au départ, d'une simple histoire sur l'entrée d'une liseuse dans la vie d'un gros lecteur professionnel, mais le quotidien d'une maison d'édition "à l'ancienne", passé (ah Pivot!), présent et peut être futur, avec sa cantine, ses auteurs, ses représentants...

    "Je me souviens que quand j'ai rencontré Adèle et que j'étais encore un tout jeune éditeur, je lui ai expliqué que si un jour je publiais un livre que j'adorais, écrit par une auteur délicieux dont j'aimais passionnément le travail, si ce livre recevait les meilleures critiques, s'il était traduit en six langues et devenait un vrai succès de librairie, j'arrêterais aussitôt le métier.
    Tout ça m'est arrivé au fil des saisons, mais jamais à la fois pour le même livre. Je continue."

    Allez, j'en ai déjà trop dit, il faut absolument découvrir cette petite perle (220 pages), toute en bel humour, subtilité, nostalgie, émotion et d'amour des livres.

    Lien : http://en-lisant-en-voyageant.over-blog.com/article-la-liseuse-10090..
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    • Livres 5.00/5
    Par argali, le 01 mai 2012

    argali
    J'ai trouvé cette lecture jubilatoire.
    Voici un livre sérieux ponctué de finesse et de drôlerie où l'amour des mots et du livre jaillit à chaque page.
    A l'heure où les grosses maisons d'édition avalent les petites, tout cru et où le livre papier est menacé par La liseuse électronique, notre éditeur-héros Robert Dubois est confronté à ces deux fléaux en même temps, le jour où une jeune et jolie stagiaire lui tend cet objet plat, noir et sans âme qui l'arrache à son monde de papier. Loin de sombrer dans le pessimisme et d'abandonner la bataille, Robert va relever le défi de la modernité. Excellent prétexte pour nous parler du plaisir charnel de la lecture, des émotions qu'elle suscite et des aventures livresques qu'elle fait vivre bien au-delà de la forme du support.

    Avec beaucoup de subtilité et d'humour, il nous révèle son postulat : la littérature n'est pas un a priori qu'on met dans le texte, elle est une œuvre collective extrêmement complexe où auteur, éditeur, presse, libraires, écoles et lecteurs posent leur marque et décident, ce qui changent sans cesse le champ et les formes de la littérature. C'est un être vivant en évolution constante, jamais stagnant ou immuable.

    Paul Fournel nous parle d'un domaine qu'il connait ; nouvellistes, explorateur littéraire, président de l'Oulipo, éditeur à ses heures, il nous donne une vision de l'intérieur. Egratignant les uns, déifiant les autres, ignorant les importuns et les pétris de certitude, il émeut et nous fait rire grâce à cet éditeur bonhomme, amoureux de son métier et de ses enfants de papier, nous décrivant un monde qui disparaît.
    Si tu aimes très fort le texte que tu publies, il a déjà fait un pas vers sa première éternité.

    La post face nous apprend que ce texte répond aux contraintes oulipiennes en épousant la forme d'une sextine (6 strophes de 6 vers et un tercet) constitués de 180 000 signes et blancs. Je ne saurais dire si la forme à contribuer à mon plaisir n'en ayant été avisée qu'à la fin. Mais le texte est infiniment riche, précis, léger et dense à la fois et on goûte autant la forme que le fond.

    Refermant ce livre, je peux dire à Robert Dubois que la vie vaut la peine d'être lue.


    Lien : http://argali.eklablog.fr
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Critiques presse (3)


  • LeMonde , le 10 février 2012
    La Liseuse […] est un roman oulipien qui obéit à certaines contraintes : une sextine de 180 000 signes, variation géante sur une forme poétique du XIIe siècle et une "boule de neige fondante", puisque le monde de Robert Dubois, progressivement, se réduit.
    Lire la critique sur le site : LeMonde
  • Lexpress , le 05 janvier 2012
    Poétique, satirique, délicat, voici un roman à mettre d'urgence entre toutes les mains.
    Lire la critique sur le site : Lexpress
  • Telerama , le 04 janvier 2012
    L'écrivain a de l'humour, il évite les sanglots et la nostalgie pour parler plutôt du plaisir intense et charnel de la lecture - sous toutes ses formes et sur tous les supports.
    Lire la critique sur le site : Telerama

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Citations et extraits

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  • Par Servanne, le 17 mai 2012

    Comme la neige, les livres mangent les bruits (...) Retourner au bruit du monde est toujours une épreuve.
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  • Par claracambry, le 06 avril 2012

    Quand un auteur a du succès, tout le monde souhaite qu'il refasse le même livre. Les lecteurs, les marchands, l'éditeur (surtout s'il s'en défend), il n'y a guère que l'auteur qui hésite parfois. Editer une œuvre est tout autre chose qu'éditer un collier de de livres en forme de perles. Une œuvre a ses temps faibles, ses mystères qui s'éclaircissent au fil des textes, ses enfoncements qui peuvent être définitifs.Elle peut aussi s'arrêter. Pourtant certains auteurs trouvent le moyen d'écrire toujours le même livre et faire pourtant une œuvre.
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  • Par Myrabelle, le 06 février 2012

    Tu t'inquiètes de ne pas savoir reconnaître la littérature dans les manuscrits que tu lis. Tu as peur de ne pas avoir assez de culture, peur de ne pas connaître tous les grands textes, tous les grands mouvements, peur de passer à côté de l'essentiel, de rater la perle rare. Toutes ces peurs sont inévitables et elles t'accompagneront toute ta vie... Ce qui doit te rassurer, c'est que tu n'es pas la gardienne de la littérature. Les auteurs eux-mêmes n'en sont pas les gardiens. La littérature n'est pas un a priori qu'on met dans le texte, elle est une oeuvre collective a posteriori extrêmement complexe... La littérature ne cesse de modifier son champ et ses formes...
    Lire, bien sûr. tout le temps. Et puis aimer très fort. Si tu aimes très fort le texte que tu publies, il a déjà fait un pas vers sa première éternité.
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  • Par cicou45, le 29 janvier 2012

    _"Dis-moi, René, ça t'embêterait de me peser ça ?
    Le boucher, droit dans son tablier rougi, couteau en croix sur le ventre, prend ma liseuse sans broncher et la pose sur la balance.
    _730 grammes [...].
    Dans les gros doigts rouges de René, c'est donc le poids définitif de toute la littérature mondiale.
    730 grammes. Hugo + Voltaire + Proust + Céline + Roubaud, 730 grammes. Je vous rajoute Rabelais ? 730 grammes. Louise Labé ? 730 grammes."
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    Citation de qualité ? (5 votes positifs)
  • Par cicou45, le 29 janvier 2012

    "Elle lui a raconté les beautés du métier d'écrire, ses douleurs, ses charmes. Elle a froissé ses draps de la belle façon. Il a fait une quantité hallucinante de trouvailles en quelques semaines et il a pris le virus. L'édition est sexuellement transmissible."
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