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Une nouvelle sur les vacances de toussaint que passait l'auteur en Creuse, dans un hameau perdu, en compagnie de sa grand-mère, d'un oncle et d'un tante aveugle et bigote qui va à Lourdes en pélerinage tous les ans en espérant qu'un miracle lui donne la vue.
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Critiques et avis(1)

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    • Livres 5.00/5
    Par jcfvc, le 15 mars 2010

    jcfvc
    Une nouvelle dans laquelle l'auteur raconte ses séjours en Creuse, dans un hameau perdu, pendant les vacances, en compagnie de sa grand-mère, d'un oncle célibataire et d'une tante aveugle et bigote, allant tous les ans en pélerinage à Lourdes dans l'espoir qu'un miracle lui donne la vue

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  • Par jcfvc, le 15 mars 2010

    De ces « vacances » avec sa grand-mère dans la Creuse,
    il voulait se souvenir surtout d’une impression de
    grisaille et de boue, de silence oppressant, troué parfois
    par des cris des corbeaux, le meuglement désespéré de
    quelques bœufs tirant des tombereaux chargés
    de fumier malodorant. L’ennui que l’enfant éprouvait lors
    de ces séjours était sans doute causé par la fête des
    morts que l’on célébrait en allant au cimetière en
    tracteur (la carriole était encore dans la grange intacte,
    mais ne servait plus). En chemin, on croisait des
    attelages sinistres de bovins fatigués à la tâche,
    tels des corbillards sur des chemins bourbeux ne
    menant nulle part.

    En fond sonore, le radotage de la vieille tante aveugle
    sur ses pèlerinages à Lourdes, accompagnait le silence
    dû aux morts auxquels on rendait visite au cours de la
    semaine.

    Les corbeaux, silhouettes placides et piaillantes, se
    tenaient à l’écart, sûrs de la légitimité de leur
    présence emblématique à l’arrière plan de ce
    tableau sans majesté particulière. Au fond de ce
    paysage conservé par la mémoire, scintillait encore,
    blotti, comme une planète engloutie et nostalgique,
    un disque rougeâtre, celui-là même des paysages
    d’hiver des maîtres flamands. Mais les souvenirs
    étaient trompeurs. De la même manière que London
    n’aurait pu parler de la ruée vers l’or des
    Combrailles, Aucun Bruegel n’aurait pu peindre ici le
    retour des chasseurs. Ce bocage blême de la
    Toussaint n’était peuplé que de croix minérales et
    de cimetières blafards. Il lui manquait un peu de la
    blancheur immaculée et bleuâtre de la campagne
    enneigée du tableau. A cette époque de l’année,
    ces landes revêches pouvaient prétendre à
    une certaine solennité, mais où était leur grandeur,
    celle qui attire le regard des citadins ou des artistes ?
    Seuls des étrangers connaissant cette terre intimement
    pouvaient la voir autrement que comme une toile de
    fond banale à l’ennui d’une vie anonyme.
    Ceux qui vivaient et trimaient là étaient incapables
    de ressentir l’étrange sentiment qui s’emparait de
    l’adulte ayant vécu là des instants qu’il croyait
    malheureux mais qui lui laissaient un étrange goût
    nostalgique dans le grenier de ses souvenirs.

    Plus qu’à des scènes de patinage sur des canaux
    gelés, ou à des liesses villageoises baignées par le
    halo d’un disque rouge, c’est à d’autres tableaux
    auxquels pensait maintenant l’adulte ayant passé là
    ses fêtes de la Toussaint. En repensant à ces séjours,
    ce sont les cartes de vœux de fin d’année qui le
    hantaient encore aujourd’hui. Ces images naïves
    représentent presque invariablement une chaumière
    pelotonnée dans un champ de neige, laissant
    deviner la trame d’une existence infime.
    Le gris métallique prévalant dans le hameau à cette
    époque de l’année, n’avait pourtant pas grand-chose
    à voir avec le ciel, d’un bleu foncé, saupoudré de
    petites étoiles argentées enveloppant la demeure
    blottie dans le paysage. De la même manière, la
    petite hutte en bois flottant sur le champ de
    ouate neigeuse ressemblait très peu aux fermes du
    lieu-dit, toutes taillées dans le granit que les
    bâtisseurs des masures locales avaient trouvé à
    proximité pour y construire leurs huttes de pierres.

    Seule, peut-être, la lumière rouge orangé scintillant
    à travers les fenêtres de la cabane en rondins,
    sorte d’ersatz de l’astre rouge des scènes flamandes,
    rappelait la lueur émanant des lucarnes creusées dans
    les flancs minéraux, austères, des maisons du coin.

    En tout cas, il lui semblait que cette même clarté
    falote du soleil d’automne baignait tout à la fois le mas
    des aïeux, la scène d’hiver naïve illustrant les
    quelques formules rituelles envoyées pour les fêtes,
    et les tableaux de maîtres dans lesquels une foule
    interlope de personnages patine sur une mare.
    C’est sans doute la présence de la même lueur
    rouge trouant l’horizon de sa masse globuleuse,
    qui rassemblait ces trois paysages si différents dans
    l’esprit du petit pèlerin des cimetières de Toussaint
    devenu grand….

    Cette incandescence, rayonnant faiblement et
    intensément tout à la fois dans ses souvenirs,
    semblait lui faire signe. Elle était une étoile vacillante
    guidant les rois mages et les pèlerins perdus au
    cœur de cet océan de boue vers un mirage de crèche
    creusoise. Aucun messie ne viendrait porter la bonne
    parole dans ce havre de paix ancré fermement sur
    le socle des quelques maisons regroupées là,
    on ne sait trop pourquoi. Seuls quelques couples de
    vieux, sans gazouillis de marmaille pour les
    distraire un peu, continuaient à y prier un Dieu
    qui les avait abandonnés là. La jeunesse était
    partie à la ville. Ceux qui restaient n’avaient d’autre
    projet que celui de survivre et de souffler un peu
    à l’aube du grand bond en avant qui allait bientôt
    déferler sur cette campagne.

    Pourquoi ce cafard, éprouvé chaque fois qu’il
    repensait à ce lieu-dit du trou du cul du monde ?

    Sans doute parce que sa mère lui avait souvent parlé
    des séjours de Noël de sa propre enfance à elle,
    dans le hameau familial, des départs pour la messe
    de minuit en carriole, du trajet dans la campagne
    enneigée jusqu’à une petite chapelle – crèche
    elle-même où se pressaient mules, bœufs et
    chevaux ayant convoyé les humains jusque là.

    Il se souvenait aussi que sa mère parlait des
    oranges, de leur acidité et de leur couleur agressive,
    tranchant avec la grisaille environnante. Elles étaient
    offertes aux marmots comme seuls mais merveilleux
    cadeaux, illuminant la fête de leurs teintes
    exotiques dans ce décor où la lumière ne perçait
    que nimbée d’une tristesse infinie.

    C’est tout ce fatras de bibelots à la religiosité de
    quatre sous qui remuait en lui, et qu’il ne
    pouvait réprimer lorsqu’il repensait à ces séjours de
    la Toussaint, même lorsqu’il essayait de conjurer
    son spleen champêtre en apostasiant tendrement son
    mas des « Pignoufs », son rectum du monde, dans
    des discours incendiaires.
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