> Vincent Fournier (Traducteur)

ISBN : 2742726527
Éditeur : Actes Sud (2000)


Note moyenne : 3.43/5 (sur 23 notes) Ajouter à mes livres
C'est l'envers obscur du Siècle des lumières superbement évoqué à travers le destin d'un personnage étrange. Ce Latour né à Honfleur au début du XVIIIe siècle à la suite d'un viol effraie dès son plus jeun... > voir plus
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Critiques et avis(4)

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    • Livres 4.00/5
    Par Woland, le 24 décembre 2007

    Woland
    Latours Katalog
    Traduction : Vincent Fournier.
    Voici un auteur norvégien que je connaissais sans le savoir puisque c'est lui qui a rédigé le scénario de l'excellent thriller "Insomnia" (la version d'Erik Skjolgjaerd) et de son remake américain, filmé par Christopher Nolan avec Robin Williams à contre-emploi et al Pacino pour lui donner la réplique.
    "Le Valet de Sade" quant à lui a pour cadre la France de la fin du XVIIIème siècle. Frobenius s'attache à la destinée du jeune Latour-Martin Quiros, fils unique et naturel de Bou-Bou Quiros, une usurière honfleuroise. On notera que l'auteur mêle d'ailleurs dans le personnage les deux valets favoris de Sade : Latour (qui sera condamné à mort avec son maître par contumace) et Carteron.
    Très attaché à sa mère, Latour se met en tête à sa mort - d'une fièvre pourprée, c'est-à-dire d'une maladie infectueuse probablement inoculée par la piqûre d'une mouche - qu'elle a été assassinée par un certain nombre de personnes dont il a trouvé la liste dans la robe qu'elle portait lors de son dernier voyage à Paris, juste avant qu'elle tombât malade. (D'où le titre original du roman, qui se traduit par "La Liste de Latour.") Et, très vite, en compagnie d'une prostituée de Honfleur, Valérie, le jeune homme monte à la capitale dans le but secret de se venger de ceux qui l'ont rendu orphelin.
    Incapable d'éprouver la douleur physique, Latour se passionne depuis longtemps pour les mystères que recèlent le corps humain et son cerveau. En Normandie déjà, il a travaillé pour un taxidermiste et a pris auprès de M. Léopold ses premières leçons d'anatomie. A Paris, s'il travaille d'abord comme homme à tout faire dans un bordel, il s'échappe un temps pour se faire l'assistant de Rouchefoucauld, l'un des plus célèbres anatomistes du temps. Mais comme il a, pour ce faire, assassiné un étudiant en médecine dont il a pris l'identité, il doit, lorsqu'il est découvert, se sauver et rejoindre le bordel de Mme Besson où il finira par rencontrer son double : le comte de Sade.
    A partir de là, le destin des deux hommes sera indissolublement lié et Fobrenius pose comme hypothèse que les scènes les plus cruelles de l'oeuvre sadienne furent inspirées au célèbre et terrible écrivain par la vision des meurtres - avec dissections à la clef - commis par Latour et qu'il épiait sans que celui-ci en eût connaissance. Mais quand il réalisera que Sade, sous l'un des nombreux noms d'emprunt qu'il employait dans ses débauches, fait partie, lui aussi, de la liste (il est le "président de Curval"), Latour ne pourra passer à l'acte. Certes, il s'y essaiera mais toujours en vain. L'homosexualité latente qui exista de façon certaine entre Latour et Sade est ici traitée avec délicatesse, sur le seul plan du sentiment et non de la pratique. Et Frobenius insiste sur la ressemblance physique qui existe entre ses deux héros.
    La question principale posée par ce roman, outre celle du double, est évidemment celle de la souffrance et de sa nécessité et elle n'arrête pas un seul instant de tarauder Latour. L'impossibilité dans laquelle l'a mis la nature de ressentir la douleur l'incite à disséquer ce qui régit celle-ci et permet en parallèle à Frobenius d'expliquer en partie la fascination exercée par Sade sur son valet. "Le Valet de Sade" n'est d'ailleurs pas un roman complaisant ou gore. Et il ne saurait laisser indifférents tous ceux qui s'intéressent à la vie et à l'oeuvre de Sade.
    Le seul reproche que je lui fasse, c'est un défaut de construction : trop de temps passé par exemple sur l'enfance de Latour auprès de sa mère. Mais ce n'est bien entendu que mon opinion. ;o)
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    • Livres 2.00/5
    Par Corboland78, le 25 mars 2012

    Corboland78
    Le Salon du Livre de Paris célébrait cette année les écrivains du Nord de l'Europe, une occasion comme une autre pour faire connaissance avec Nikolaj Frobenius, un romancier Norvégien né à Oslo en 1965 dont plusieurs livres ont déjà été traduits en français, comme le valet de Sade paru chez nous en 1998.
    Nous sommes au XVIIIe siècle quand naît à Honfleur, d'une usurière, un fils nommé Latour. Si la mère était bien laide, l'enfant ne l'est pas moins et tous deux vivent à l'écart de la ville pour éviter le regard malveillant des gens. Bien vite l'enfant découvre qu'il est insensible à la douleur ce qui le met une fois encore au ban de la société. le hasard lui fait rencontrer un taxidermiste qui lui enseignera les premières bases de son art avant qu'il ne monte à Paris après la mort de sa mère dont il se persuade qu'elle a été empoisonnée par des créanciers parisiens, et un vol de bijoux, maigre pécule pour le voyage.
    C'est dans la capitale qu'il va trouver sa voie, de la taxidermie il passe à la dissection auprès d'un maître. Désormais il veut se consacrer à la connaissance du cerveau humain afin de découvrir le siège de la douleur et par là, comprendre son infirmité. Si l'entreprise est louable, les moyens le sont moins puisqu'il assassine les supposés responsables de la mort de sa mère, pour obtenir des corps.
    Repéré par l'écrivain Sade dans un bordel, celui-ci l'engage comme domestique, « je peux tout t'apprendre sur la jouissance » lui promet-il. Des liens étranges vont alors se tisser entre ces deux hommes. Tous deux se vautrent dans la souffrance, mais leurs objectifs sont différents, le valet fait souffrir dans un but scientifique, pourrait-on dire, afin d'isoler le lieu de la souffrance dans le cerveau humain, alors que pour le divin marquis « la cruauté était devenue invraisemblable et je compris alors que ce n'était pas la jouissance de ces actes que mon maître avait essayé de décrire. Mais bien la solitude. »
    La justice des hommes ne pouvait rester indifférente à leurs turpitudes, les lettres de cachet pleuvent sur Sade qui sera embastillé, de son côté Latour est poursuivi par un policier intrigué par tous ces cadavres sans tête, victimes certainement du même tueur. Au soir de leur vie, ils finiront à l'asile de Charenton où, comme le notera le directeur, « Ce qui était, en effet, fascinant chez ces deux hommes, c'était le mélange de penchants obsessionnels et d'arrogance intellectuelle, de croyance en la raison et de folie, qui avait fait, de l'un un assassin, de l'autre un dramaturge. »
    Nikolaj Frobenius nous mène dans ce Paris boueux où vivent les gueux et dans les lupanars dont Sade nous a tout dit dans son œuvre mais sans s'appesantir – heureusement – sur les « plaisirs » qu'on y achetait. Un livre étrange, mêlant le sexe et le crime pour la forme, tout en cherchant à explorer les zones troubles du comportement humain pour le fond. Pas mal et intéressant.
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    • Livres 4.00/5
    Par athena1, le 07 mai 2009

    athena1
    Suite à un viol, Bou-Bou Quiros va donner naissance à Latour, un enfant d'une laideur étonnante qui va se distinguer par une insensibilité totale à la douleur. Latour sera très attaché à sa mère, et lorsque celle ci décède à la suite d'une infection, il suppose, à la découverte d'une liste de créanciers dans la robe de la défunte, que ces derniers, étouffés par les dettes, ont tué Bou-Bou. Ces meurtriers potentiels vivant à Paris, il décide alors de quitter Honfleur pour la capitale. Passionné pour l'anatomie, une passion révélée par ses rapports antérieurs avec un taxidermiste à Honfleur, il se fait passer pour un étudiant de médecine afin d'apprendre auprès de Rouchefoucault, le plus grand anatomiste de ce siècle. Il va alors découvrir les complexités que cache le cerveau humain, et notamment la mécanique des sentiments et surtout de la douleur. Latour joint donc l'utile à l'agréable, en assassinant les prétendus meurtriers de sa mère tout en pratiquant des dissections destinées à agrémenter ses recherches d'anatomiste. Une rencontre va cependant bouleverser Latour, c'est celle du Marquis de Sade. On peut comprendre que pour ce jeune homme tant attiré par les origines de la douleur, côtoyer le marquis de Sade est une occasion rêvée. Mais voilà, malgré son désir d'approfondir ses recherches, Latour ne pourra jamais tuer le Marquis.
    Ce livre m'a rappelé LE PARFUM dans le sens où l'univers sensoriel ainsi qu'un personnage central assez effrayant tiennent également une place prépondérante.
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    • Livres 2.00/5
    Par petite_fleur, le 04 mai 2011

    petite_fleur
    La première chose qui m'a frappée, c'est le parallèle évident avec Süskind et son Parfum. Pareillement, Latour est animé par un désir de comprendre et de savoir, allant jusqu'à l'obsession et la folie macabre. Il guette, observe, analyse tout et chacun, cherchant une explication au mystère. Là où Grenouille était obsédé par l'odorat, Latour est obsédé par la douleur et la souffrance, physique ou psychologique. Cette ressemblance fait que j'ai eu un peu de mal à entrer dans l'histoire au début.
    Et puis, le titre est un peu trompeur, car de Sade il n'est finalement question que vers la moitié du livre. Encore une fois, le titre original Latours Katalog (la liste de Latour) me semble beaucoup plus adapté. Par contre, la rencontre entre Sade et Latour est originale et donne un regain d'intérêt à ce roman. le marquis était un vrai sondeur de l'âme humaine, surtout pour ce qu'elle pouvait présenter de plus noir, de réellement mauvais. Il était amateur de jeu, tant pour donner que pour recevoir. Latour, lui, se cherche en cherchant la douleur des autres, en tuant et disséquant à la fois des gens qu'ils pensent coupables de crimes mais également des gens innocents et purs. Il cherche des traces du caractère des êtres dans leur conception physique intrinsèque. Ces deux là forment une paire intéressante à voir évoluer. Latour étant peut être un peu plus honnête car il l'avoue lui-même : « Que mon sang inonde la terre autour de l'échafaud et la preuve sera faite que j'aurai été plus grand que moi-même »...

    Lien : http://nourrituresentoutgenre.blogspot.com/2011/05/le-valet-de-sade-..
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Citations et extraits

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  • Par 10tubes, le 29 mars 2010

    ...dans la partie postérieure du cerveau se trouvaient les instincts et les inclinations, tandis que les sentiments les plus nobles se trouvaient au sommet.
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  • Par Corboland78, le 25 mars 2012

    « Ils n’ont jamais retrouvé la fille du jardinier. Je l’ai découpée à la lueur de la lune. J’ai dispersé ses restes dans la propriété. J’ai ouvert la tête dans ma chambre et débité cette sorte de cerneau en tranches fines. Je dois convenir qu’il m’a été difficile d’identifier les organes de Rouchefoucault dans un fruit aussi tendre. Les circonvolutions sont si petites et si entrelacées. La lumière de ma chambre était trop faible et il va de soi que je ne peux travailler que la nuit. C’est irritant au fond. Comment mener à bien un travail scientifique avec une pareille lumière ?
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  • Par petite_fleur, le 04 mai 2011

    Que mon sang inonde la terre autour de l’échafaud et la preuve sera faite que j’aurai été plus grand que moi-même
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