> François Rosso (Autre)

ISBN : 2020098598
Éditeur : Editions du Seuil (1988)


Note moyenne : 3.41/5 (sur 17 notes) Ajouter à mes livres
Le premier personnage, ici, c'est Venise - une Venise d'hiver, plus souvent brumeuse qu'ensoleillée, la Venise labyrinthique des rues éloignées, quasi désertes. Le deuxième personnage - elle - est une princesse romaine résidant dans un hôtel de luxe, fréquentant les mil... > voir plus
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Critiques et avis(1)

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    • Livres 5.00/5
    Par le-mange-livres, le 04 avril 2012

    le-mange-livres
    Où un guide touristique un peu étrange abandonne son groupe dans Venise ;
    Où David affirme avoir travaillé pour les Fugger au 16e siècle ;
    Où une antiquaire autrichienne et une experte italienne se disputent une collection de croûtes ;
    Où une petite cuillère en vermeil provoque un scandale diplomatique ;
    Où ce qu'il reste à la narratrice, c'est une mystérieuse clef.
    Comment en suis-je arrivée là ?

    J'ai lu très récemment – toujours dans le cadre de mon mois italien, en fait, Des femmes bien informées, un roman écrit par le seul Fruttero … avant qu'il ne collabore avec Franco Lucentini, avec qui il formait un tandem littéraire brillant et très apprécié. Ce serait bête de ne pas lire un de leur roman écrit à quatre mains (enfin, à deux, puisqu'on n'écrit finalement jamais qu'avec une main à la fois), à commencer par le plus célèbre, L'amant sans domicile fixe.

    De quoi s'agit-il ?

    C'est une histoire qui commence à l'envers, et qui a deux narrateurs. D'abord David, le guide d'un groupe touristique minable, qui enchaîne les visites convenues, et les commentaires plats et désolants de banalités, et ne présente à première pas grand intérêt, sauf qu'il possède une élégance et une culture rares … Ensuite la narratrice – qui raconte à la première personne et a posteriori une intrigue dont on ne sait rien au début du roman, et qui dévoile peu à peu ses développements : qui est le mystérieux David qui séduit la narratrice mais ne répond à aucune de ses questions, vient de nulle part et s'apprête à tout instant à tout quitter ? Que cache-t-il ? Que veut-il ? et comment diable sait-il tout cela ?

    La citation

    « Je m'efforce de me rappeler ces inanités (auxquelles, confusément, je pris part), non point tant pour me mortifier que parce qu'elles me semblent contenir une série significative de coïncidences, une espèce d'avertissement, une morale : la morale de ces fables dans lesquelles l'imprudente héroïne ne prend pas au sérieux la petite vieille occupée à filer sur le seuil de sa chaumière, pour découvrir trop tard qu'il s'agissait d'une très puissante sorcière » (p.83)

    Ce que j'en ai pensé :

    Le cadre grandiose de Venise constitue bien évidemment le personnage principal de l'intrigue, avec ses espions, ses coins, ses recoins, sa pénombre, ses secrets, ses codes, ses intrigues et son atmosphère toujours fascinante et décatie … On dirait presque le Venise de Patricia Highsmith et de son excellent Talentueux Mr. Ripley – mais ici abordé de manière beaucoup moins sombre, avec une ironie toujours distante – ou peut-être un cynisme désabusé ? (vous comprendrez pourquoi les dîners à Venise, contrairement à tous les autres dîners du monde, se terminent toujours par une discussion sur Venise …).

    Mais ce ton badin cache pourtant une délicate peinture des sentiments et des ambiguïtés de personnages qui ont une véritable épaisseur (en particulier les deux principaux) et font l'objet d'une analyse psychologique menée de main de maître, avec une finesse incroyable.

    On retrouve les ambiances ouatées des hôtels de luxe et de la très grande bourgeoisie – la délicieuse Cosima par exemple, qui organise des dîners mondains dans son palais ; le flegme savoureux du maître d'hôtel, à qui on ne la fait résolument pas.

    Il se dégage de tout cela une forme de charme suranné très attachant.
    On vit heure par heure la passion dévorante et la paranoïa sans bornes de la narratrice. Les procédés romanesques ne manquent pas d'inventivité – comme cette trépidante reconstitution d'oral du bac lors de l'interrogatoire que subit la narratrice de la part de son meilleur ami …
    Le dénouement, qui pourrait paraître invraisemblable à tout non-lecteur du roman, apparaît, dans ce contexte bien particulier presque naturel … et c'est peu dire ! On est totalement sous le charme …
    Par leur humour (surtout de situation), leur érudition époustouflante, et leur science du suspense subtil, bien loin du rythme haletant et grossier des thrillers, mais avec néanmoins ce sentiment omniprésent d'urgence, les auteurs tiennent en haleine leurs lecteurs du début à la fin, impossible de lâcher ce giallo (polar) décidément pas comme les autres !

    Lien : http://le-mange-livres.blogspot.fr/2010/05/ou-un-guide-touristique-u..
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Citations et extraits

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  • Par zorazur, le 17 novembre 2011

    ...à certains moments de la vie, dans certaines situations, entre certaines personnes, "cette chose-là" peut devenir "autre chose".
    Quelle chose exactement ? Difficile, très difficile, et même impossible à dire. Le front d'Oreste Nava se ride, ses lèvres s'entrouvrent en un platonique sourire, sa mémoire fouille parmi de très anciennes vibrations, de rares velours musicaux, de brillantes toiles d'araignée, des reflets dans l'eau, des parfums, des constellations. A certains moments, avec certaines femmes (pas plus d'une, de deux), "cette chose-là" on avait l'impression de la faire avec les cieux et les océans, , avec l'univers entier, les planètes, les étoiles filantes. Oui, et qu'y prenaient part aussi les fourmis, les feuilles, les rochers. Baiser, allons donc ! C'était tellement autre chose que d'une certaine façon cela devenait tout bonnement superflu. Et en même temps les femmes (une, deux maximum) avec lesquelles il n'y avait nul besoin de le faire étaient les seules avec qui le faire valait vraiment la peine.
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  • Par le-mange-livres, le 04 avril 2012

    Je m’efforce de me rappeler ces inanités (auxquelles, confusément, je pris part), non point tant pour me mortifier que parce qu’elles me semblent contenir une série significative de coïncidences, une espèce d’avertissement, une morale : la morale de ces fables dans lesquelles l’imprudente héroïne ne prend pas au sérieux la petite vieille occupée à filer sur le seuil de sa chaumière, pour découvrir trop tard qu’il s’agissait d’une très puissante sorcière.
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  • Par zorazur, le 03 novembre 2011

    Il retrouve et chasse d'autres navires, un voilier anglais démâté, une procession de trirèmes byzantines à laquelle se superpose dans le souvenir une file de wagons de marchandises. De ses souvenirs, il chasse encore une outre, un heaume rouillé ; il écarte une caravane de chameaux, éloigne une cheminée, un camion Dodge, un marché quelque part en Ukraine. Il éloigne les yeux intenses, infiniment lumineux, d'une prostituée indienne. Il éloigne des voiles colorés, de longs colliers sonores, et les boutons rétifs d'une souple bottine rouge.
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  • Par zorazur, le 17 novembre 2011

    Je revins m'asseoir à coté de Raimondo qui n'avait pas bougé.
    - Et maintenant que tu m'as dit qui il est, prononçai-je,
    Il m'interrompit d'un geste, me regarda, plus compatissant que jamais :
    - Non pas "qui il est", dit-il. Je t'ai seulement dit qui il dit être.
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  • Par le-mange-livres, le 04 avril 2012

    Quand M. Silvera se décide enfin (Look, look, Mr. Silvera !) à détacher sa ceinture et à se pencher par-dessus ses voisins pour jeter un œil par le hublot, Venise a déjà disparu. Il ne voit qu’un lointain fragment de mer couleur d’aluminium, et tout près un trapèze massif, d’aluminium aussi, l’aile.
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