Le Gailly nouveau ? Merveilleusement musical, de plus en plus pictural, toujours en quête du moment de grâce qui nimbe la rencontre de deux êtres appelés à devenir, l’espace d’un instant, « un beau couple ».
Roman d'une rare sensibilité, Dernier amour de Christian Gailly (romancier dont Un soir au club a obtenu le prix Livre Inter et dont L'Incident a été adapté au cinéma) nous livre les derniers jours d'un compositeur connu Paul Cédrat "grand spectre osseux" très élégant (que l'on suppose atteint d'une tumeur au cerveau) qui s'en revient épuisé du Festival d'été de Zurich où sa musique a été huée par un public trop jeune pour la comprendre (ce qu'il va admettre en observant un couple d'ados centrés sur eux-mêmes).
Ayant éloigné son épouse Lucie pour la préserver du spectacle de sa mort, le hasard et le peignoir d'une charmante baigneuse (sur la plage proche de sa propriété des Flots bleus) confondu avec celui de Lucie va l'entraîner (entre vertige et évanouissement) dans une ultime promenade et sublime rencontre musicale sur berceuse et piano-jazz.
Lucie,de son côté, angoissée par son silence téléphonique, tentant de le rejoindre écoutera avec émotion un chauffeur de taxi inconnu et une dernière déclaration d'amour, avant de se laisser aller à la joie de savoir Paul encore vivant.
Des phrases courtes,précises,concises.Un style percutant et très peu de virgules pour montrer l'obligation de Paul Cédrat de se dépécher de vivre encore un peu.Un roman beau et fort, comme une berceuse tendre offerte en cadeau pour apaiser l'angoisse de mort et illuminer un rêve d'amour plausible si...Lucie... "Encore vivace. Très tendre."...
Dernier amour - Paul Cédrat va mourir. C'est une question de jours. A Zürich, son oeuvre est huée, entre cette de Haynd et de Beethoven. A la veille de s'éteindre, il rencontre une femme mystérieuse, celle qui sera son Dernier amour. Un soir au club - Simon Nardis a arrêté de jouer du jazz en cessant de boire. Il mène une vie rangée d'époux fidèle, et écoute de la musique classique. Mais il suffit de si peu, d'un peu de hasard, pour que la fièvre du jazz le reprenne. Et la fièvre de l'amour aussi, avec Debbie. Une soirée et une journée suffisent pour que tout s'enchaîne, trop vite, comme un swing endiablé. Comme avec tous les textes de Christian Gailly, il est toujours criminel et dangereux d'en dire trop. Il y a toujours de la musique, des femmes, des clubs de jazz et des destinées sublimées. J'ai lu les deux romans l'un à la suite de l'autre, et j'y ai trouvé une cohérence narrative très intéressante, comme une mélodie qui s'enchaîne...
Il ne me reste rien de l'histoire ce livre, même en relisant le résumé, je peine à me rappeler l'avoir lu. Ce que je me souviens cependant, c'est le style d'écriture très particulier de Christian Gailly : ses phrases courtes et rythmées entêtantes.
C'est tout de même bête d'avoir passé toute une vie avec une femme et de s'apercevoir seulement maintenant qu'on est fait pour marcher au bras d'une autre.L'a-t-il pensé? Senti?Bien sûr que oui.Mais ça n'était que cette vieille envie de vivre.Non pas de recommencer.Juste continuer.
Pas de radio.Pas de musique.Pas de lecture.Restait le téléviseur sur sa console en élévation.Il l'alluma pour bientôt l'éteindre.Se le reprochant.Bien que de courte durée l'image l'avait happé puis revraché.Il se sentit encore plus seul.Dans un vide vraiment vide.C'est toujours comme ça avec la télé.Il ne faut surtout pas l'allumer.
C'est trop rythmé? Cette musique n'est pas rythmée, dit Paul. Elle cogne indéfiniment sur le même temps.Comme une brute sur la tête de son adversaire mort.Une musique rythmée est une musique qui réfléchit sur la diversité et la complexité des rythmes.
Ils étaient jeunes.Même très jeunes.L'air heureux.D'être là tous les deux.De s'aimer.D'être restés quand tout le monde s'en va.Le regard posé sur nulle part.Ou même sur la même pensée.Ou absence de pensée.C'est plutôt ça.Le bien être c'est ça.