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> Antoine Galland (Traducteur)
> Jean-Paul Sermain (Éditeur scientifique)
> Aboubakr Chraïbi (Préfacier, etc.)

ISBN : 2080712004
Éditeur : Flammarion (2004)


Note moyenne : 3.85/5 (sur 75 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Bon Dieu ! ma sœur, dit alors Dinarzade, que votre conte est merveilleux ! - La suite est encore plus surprenante, répondit Scheherazade, et vous en tomberiez d'accord, si le sultan voulait me laisser vivre encore aujourd'hui et me donner la permission de vous la racont... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par missmolko1, le 06 mai 2013

    missmolko1
    les mille et une nuits, voici un ouvrage que tout le monde croit connaitre. Moi la première j'ai été agréablement surprise par la lecture de ce premier tome.

    La construction des contes est vraiment excellente. Scheherazade raconte une histoire chaque matin avant levé du soleil a son mari et sa sœur et l'arrête quand le soleil se lève, juste au moment ou le suspense est a son comble! Alors forcément cela devient très vite captivant car l'on meure d'envie de connaitre la suite.
    Les contes sont parfois complexes et difficiles à suivre car plusieurs contes viennent s'immiscer dans un premier conte et l'on est quelque fois un peu perdu mais Scheherazade est une très bonne conteuse et l'on retrouve très vite le fil.
    Mais rien que pour le voyage et le dépaysement, cet ouvrage vaut le coup d'être lu. On y découvre des contrées lointaines, on y rencontre des génies et tout autre créature magique...
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    • Livres 5.00/5
    Par Aaliz, le 20 novembre 2012

    Aaliz
    Qui n'a jamais entendu parler des aventures de Sindbad le marin, du génie de la lampe d'Aladdin , qui ne connaît pas le célèbre mot de passe permettant l'accès au trésor des 40 voleurs ?
    Etrangement, ces contes les plus populaires et les plus célèbres des Mille et Une Nuits ne font pourtant pas partie des contes originaux.
    En effet, à l'origine, Les Mille et Une Nuits seraient des contes issus de la tradition orale indienne qui seraient parvenus jusqu'en Perse où des chercheurs ont relevé dans un ouvrage la mention d'un manuscrit intitulé Hezar Efsane ( les Mille contes) pourtant jamais retrouvé.
    Par l'intermédiaire des marchands perses et arabes, ces contes auraient été progressivement transmis de façon orale toujours de génération en génération pour égayer les nuits lors de longs voyages jusqu'à ce qu'ils soient enfin mis par écrit aux environ du XIIIème siècle. Au cours du temps, les arabes auraient ajouté au corpus initial de nombreux autres contes mêlant ainsi éléments indous, persans et donc arabes donnant ainsi leur exotisme et leur charme tout oriental aux Mille et Une Nuits.
    Au tout début du XVIIIème siècle, Antoine Galland prend l'initiative de traduire ces contes et d'en faire la version des Mille et Une Nuits que j'ai eu entre les mains. Plus qu'un travail de traduction, Galland s'est permis aussi de réécrire les contes, édulcorant certains passages pour ne pas heurter la sensibilité de ses compatriotes, supprimant tous les poèmes et toutes les fables et ainsi que d'autres passages qu'il a jugé ennuyeux, utilisant un style raffiné et réagençant l'ordre des nuits qui ne correspond donc pas à l'ordre original. C'est également à lui que l'on doit l'ajout des contes de Sindbad (fortement inspiré de L'Odyssée d'Homère), d'Aladdin et d'Ali Baba.
    J'ai beaucoup apprécié ce premier tome des Mille et Une Nuits. La construction du récit est diabolique puisqu'elle rend la lecture très addictive. le lecteur se retrouve dans la même position que le sultan Shahriar et, dévoré de curiosité, ne peut s'empêcher de tourner les pages pour connaître la suite. Parce que, bien sûr, Schéhérazade arrête toujours son récit à des moments cruciaux.
    On voyage énormément grâce à ces contes, on se trouve tantôt à Bagdad, tantôt en Inde, ou encore au Caire ou même à Damas, ce qui illustre parfaitement la pluralité de leur origine.
    Mais bien que le cadre géographique invite à l'exotisme, j'avoue que le style très « France du XVIIIème » de Galland m'a empêchée de m'abandonner au rêve. C'est une langue qui ne colle pas du tout au cadre. A l'origine, les contes ont été retranscrits dans un langage populaire ( ce qui les a d'ailleurs longtemps discrédités aux yeux des lettrés arabes). Galland a donc voulu adapter le style à un public occidental ayant accès à la littérature ( la haute société donc), alors certes c'est très agréable à lire mais comme je le disais on ressent un décalage entre le fond et la forme.
    Au sujet de la forme, l'originalité de ce recueil est aussi la construction en mise en abîme où les différentes histoires s'emboîtent les unes dans les autres à la façon des poupées gigognes. Ainsi, l'histoire du petit bossu en comprend 4 autres dont l'une d'elles en comprend 2 dont l'une en comprend 6. Mais je vous rassure ! On ne perd pas du tout le fil !
    Concernant le fond enfin, bien que certains éléments et thèmes soient récurrents, on ne s'ennuie pas une seconde. Certains contes sont même parfois drôles (je pense notamment à celui du bossu et au barbier) et riches en péripéties avec de nombreux voyages, des rencontres extraordinaires de serpents géants, de sauvages anthropophages, d'autres monstres et animaux fabuleux. le monde des Mille et Une Nuits est vraiment plein de magie et nous fait retrouver cet enfant enfoui en nous prompt à s'émerveiller de tout et qui nous manque tant dans notre vie d'adulte responsable.
    Il y a des personnages types comme les djinns, les fées, tantôt bienfaisants tantôt le contraire , le sultan toujours paré d'une même vertu : la miséricorde, le prince ou le pauvre homme à qui il arrive une succession de malheurs mais pour qui tout se termine toujours bien.
    Les contes ont un certain côté moralisateur puisque souvent les personnages ne doivent leurs malheurs qu'à des défauts propres à la nature humaine tels que la cupidité, la curiosité, la jalousie etc… Mais toujours, et c'est vraiment récurrent, deux vertus s'imposent parmi toutes les autres : la générosité et le pardon. le méchant est plus souvent pardonné que puni.
    Parmi toutes les histoires de ce premier tome, j'ai préféré celle des Trois Calenders, celle de Noureddin Ali et j'avoue que celle du Bossu est plutôt bien partie (mais malheureusement la fin est dans le 2ème tome).
    Je crains beaucoup l'effet de répétition et donc de lassitude aussi je vais attendre un peu avant de lire la suite mais j'ai vraiment passé un très agréable moment à lire ces merveilleux contes.
    Si vous souhaitez lire Les Mille et Une Nuits, renseignez-vous bien sur les différentes traductions et éditions. J'ai lu que certaines n'étaient même pas présentées par nuits mais par histoires. de même, ma version de Galland ne compte pas 1001 nuits mais uniquement 237 et d'ailleurs le 3ème tome n'est plus présenté selon les nuits mais ne comporte que les histoires ( Schéhérazade est tombée aux oubliettes). Il me semble qu'il existe une traduction toute récente (parue à La Pléiade) qui, elle, comporte toutes les nuits (sauf erreur de ma part) et respecte l'ordre et le style d'origine.


    Lien : http://booksandfruits.over-blog.com/article-les-mille-et-une-nuits-t..
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    • Livres 3.00/5
    Par Yumiko, le 30 novembre 2012

    Yumiko
    Qui n'a jamais entendu parlé des Mille et une Nuits? Voilà un livre très connu qui m'a rebutée au premier abord par sa densité et le nombre d'histoires présentes dans le recueil. Pour un premier tome, il est déjà bien conséquent. Pourtant j'ai été étonnée en bien, enfin… jusqu'à un certain point.
    Suite à une désillusion amoureuse, le sultan décide que les femmes ne valent rien. Il prend donc une épouse chaque jour, consomme sa nuit, puis la fait tuer au petit matin par le grand-vizir. Un beau jour, sa propre fille, Sheherazade, demande à épouser le sultan avec pour condition que sa soeur passe la première (et dernière) nuit avec elle et son mari. D'abord horrifié, le grand-vizir se voit obligé d'accepter. Elle devient donc sultane et la première nuit va engendrer un cycle incroyable: par ses histoires, elle réussit à captiver son mari et sauver sa vie.
    Au fil des nuits, Sheherazade doit inover et réussir à garder l'attention du sultan. Inventant ses histoires au fur et à mesure, elle a le don de les rallonger à outrance à l'aide d'un schéma qui s'avère très répétitif tout au long du livre. Un héros commence à raconter une histoire, dans laquelle d'autres personnages racontent des histoires, à l'intérieur desquelles une autre personne évoque son passé, etc. Cela nous donne un enchassement parfois tellement important et long, que le lecteur en oublierait presque l'histoire de départ…
    La plupart des récits sont intéressants avec des fins inattendues et des rebondissements en pagaille. Malheureusement, le schéma narratif répétitif enlève une bonne part de surprise et plus le livre avance, moins le lecteur est titillé ou surpris. J'ai même parfois été étonnée que le sultan garde autant d'intérêt pour ces histoires un peu ennuyeuses. Il y a donc du bon et du moins bon, mais heureusement le pourcentage de bon est largement supérieur et vaut la peine d'être lu.
    Les héros changent à chaque histoire, donc difficile de vraiment s'attacher à eux. Quant aux 3 personnages de base (la conteuse, sa soeur et le sultan), on en sait tellement peu sur eux qu'ils ne sont pas proches de nous non plus. Mais Sheherazade réussit à arrêter ses histoires à des instants clés, ce qui nous rend autant dépendants que le sultan à ses récits.
    Si vous aimez les contes, je vous conseille ce recueil, car il dépayse et nous offre de beaux textes. le style d'écriture est très agréable, bien qu'un peu lourd durant certaines descriptions. Je vous suggèrerais tout de même de le lire de manière espacée, histoire de moins enchaîner les récits. Cela vous permettra peut-être de moins ressentir le côté répétitif des schémas narratifs :)
    En bref, une bonne découverte, un bon moment de lecture, mais je ne sais pas encore si je vais acheter les tomes suivants. Affaire à suivre!
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    • Livres 4.00/5
    Par 100choses, le 16 mai 2011

    100choses
    Il s'agit d'un livre reçu l'année dernière pour un swap mais que je n'avais encore jamais eu le courage d'ouvrir. Si le sujet me tentait beaucoup, j'avais peur qu'à la longue, cet enchainement de contes sur près de 500 pages soit un peu répétitif. J'ai finalement ouvert mon livre sur un coup de tête et grand bien m'en a pris !
    J'ai tout d'abord apprécié le récit introductif, par lequel on découvre comment Sheherazade est amenée à raconter chaque matin, juste avant le lever du soleil, une histoire, ou du moins une portion d'histoire, toujours plus merveilleuse au sultan. Ce bref récit apporte de la cohérence à l'ensemble du recueil et nous en donne le ton général.
    On est alors prêts à plonger dans le premier récit, et très vite on se laisse prendre au piège de la belle conteuse. Moi qui avais peur de me lasser, je me suis retrouvée comme Schahriar à toujours vouloir en savoir plus, toujours frustrée lorsque je voyais le récit interrompu par le lever du jour, et je ne pouvais m'empêcher de continuer à tourner les pages, malgré l'heure parfois monstrueusement tardive. le personnage de Sheherazade est d'ailleurs très intéressant. Femme rusée et d'influence, j'aurais aimé des intermèdes plus développés qui nous permettent de réellement faire connaissance avec elle. Il est amusant de noter comment à l'opposé des histoires qu'elle relate, c'est ici elle qui dirige son époux, sans que celui-ci ne s'en rende compte.
    J'ai aimé la façon dont tous les contes s'enchainent et s'imbriquent les uns dans les autres, comme s'il ne s'agit que d'un seul et unique interminable récit dont on a pourtant bien du mal à dénouer le fil, tant il est riche en personnages et péripéties.
    Mais j'ai surtout été extrêmement surprise du ton de ces divers contes. S'ils font la part belle au merveilleux et nous enivrent de princes et de princesses toujours plus beaux, de palais toujours plus richement décorés, de descriptions de mets toujours plus fabuleux et alléchants ; ils sont également bien souvent assez crus sans pour autant que l'on puisse parler de vulgarité. Cela viole, pille, couche et massacre à tour de bras et pourtant on reste fascinés et on en redemande. On est bien loin de la version édulcorée que l'on nous présente lorsque l'on est enfant et cela donne de la texture, du piquant à ces histoires.
    Enfin, j'ai trouvé très intéressant le court dossier, présenté en début d'ouvrage et nous présentant l'histoire des contes, de leur canonisation et de leur compilation. Je ne lis généralement pas ce genre d'ajouts de l'éditeur, mais là j'ai trouvé ça plutôt bien fait et pas du tout rébarbatif. Les rédacteurs ont su aller à l'essentiel sans se perdre dans de longues considérations hautement pompeuses et intellectuelles.
    De même, j'ai aimé découvrir des extraits de la correspondance et du journal de Antoine Galland, le traducteur, en fin de volume. C'est absolument charmant !
    J'avoue, avoir quand même eu un petit coup de mou, vers le milieu de ce premier volume. En particulier lors de l'histoire de Sinbad, dont les sept voyages reproduisent un même schéma narratif, même si les créatures rencontrées sont à chaque fois différentes. L'on sait dès le départ comment tout se terminera, quelles sont les grandes étapes qui vont jalonner le récit…et sept fois de suite, j'ai eu un peu de mal. A noter, toutefois, parmi ces voyages, l'intéressante réécriture du mythe du cyclope.
    Mais j'ai globalement passé un excellent moment avec ce premier volume, qui offre les contes dans leur traduction du XVIIIème siècle. La langue est délicieusement désuette, ajoutant un charme supplémentaire au récit. Je vous encourage vivement à (re)découvrir ce trésor de la littérature et pour ma part, je lirais avec certitude les 3 volumes suivants. Je pense tout de même faire une pause avant de m'y attaquer, afin de ne pas risquer l'overdose.

    Lien : http://leboudoirdemeloe.co.uk/2011/05/16/anonyme-les-mille-et-une-nu..
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    • Livres 5.00/5
    Par jsgandalf, le 17 avril 2012

    jsgandalf
    Cette traduction des contes des milles et une nuits a le mérite d'être un double classique : à la fois oriental de par son origine et français de par son traducteur. C'est à la fois un voyage dans le monde des premiers sultans, mais aussi un voyage dans les fantasmagories orientales de la France du 18ième siecle. Ce livre permet de redécouvrir dans leurs versions originales certains des contes les plus connu du monde occidental : Shéhérazade ou encore Sinbad sans oublier de citer Aladin ou Ali baba. Bien que les milles et une nuits ne fasse pas partie des belles lettres dans le monde arabe mais plutôt du domaine populaire c'est un plaisir de lire ces contes.
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Citations et extraits

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  • Par Cielvariable, le 22 mai 2012

    1ere.nuit - Le Marchand et le Génie.



    Sire, il y avait autrefois un marchand qui possédait de grands biens, tant en fonds de terre qu’en marchandises et en argent comptant. Il avait beaucoup de commis, de facteurs et d’esclaves. Comme il était obligé de temps en temps de faire des voyages, pour s’aboucher avec ses correspondants, un jour qu’une affaire d’importance l’appelait assez loin du lieu qu’il habitait, il monta à cheval et partit avec une valise derrière lui, dans laquelle il avait mis une petite provision de biscuit et de dattes, parce qu’il avait un pays désert à passer, où il n’aurait pas trouvé de quoi vivre. Il arriva sans accident à l’endroit où il avait affaire, et quand il eut terminé la chose qui l’y avait appelé, il remonta à cheval pour s’en retourner chez lui.
    Le quatrième jour de sa marche, il se sentit tellement incommodé de l’ardeur du soleil, et de la terre échauffée par ses rayons, qu’il se détourna de son chemin pour aller se rafraîchir sous des arbres qu’il aperçut dans la campagne. Il y trouva, au pied d’un grand noyer, une fontaine d’une eau très-claire et coulante. Il mit pied à terre, attacha son cheval à une branche d’arbre, et s’assit près de la fontaine, après avoir tiré de sa valise quelques dattes et du biscuit. En mangeant les dattes, il en jetait les noyaux à droite et à gauche. Lorsqu’il eut achevé ce repas frugal, comme il était bon musulman, il se lava les mains, le visage et les pieds, et fit sa prière.
    Il ne l’avait pas finie, et il était encore à genoux, quand il vit paraître un génie tout blanc de vieillesse et d’une grandeur énorme, qui, s’avançant jusqu’à lui le sabre à la main, lui dit d’un ton de voix terrible : « Lève-toi, que je te tue avec ce sabre, comme tu as tué mon fils. » Il accompagna ces mots d’un cri effroyable. Le marchand, autant effrayé de la hideuse figure du monstre que des paroles qu’il lui avait adressées, lui répondit en tremblant : « Hélas ! mon bon seigneur, de quel crime puis-je être coupable envers vous, pour mériter que vous m’ôtiez la vie ? — Je veux, reprit le génie, te tuer de même que tu as tué mon fils. — Hé ! bon Dieu, repartit le marchand, comment pourrais-je avoir tué votre fils ? Je ne le connais point, et je ne l’ai jamais vu. — Ne t’es-tu pas assis en arrivant ici ? répliqua le génie ; n’as-tu pas tiré des dattes de la valise, et, en les mangeant, n’en as-tu pas jeté les noyaux à droite et à gauche ? — J’ai fait ce que vous dites, répondit le marchand ; je ne puis le nier. — Cela étant, reprit le génie, je te dis que tu as tué mon fils, et voici comment : dans le temps que tu jetais tes noyaux, mon fils passait ; il en a reçu un dans l’œil, et il en est mort : c’est pourquoi il faut que je te tue. — Ah ! monseigneur, pardon, s’écria le marchand. — Point de pardon, répondit le génie, point de miséricorde. N’est-il pas juste de tuer celui qui a tué ? — J’en demeure d’accord, dit le marchand ; mais je n’ai assurément pas tué votre fils ; et quand cela serait, je ne l’aurais fait que fort innocemment : par conséquent, je vous supplie de me pardonner et de me laisser la vie. — Non, non, dit le génie, en persistant dans sa résolution, il faut que je te tue de même que tu as tué mon fils. » À ces mots, il prit le marchand par le bras, le jeta la face contre terre, et leva le sabre pour lui couper la tête.
    Cependant le marchand tout en pleurs, et protestant de son innocence, regrettait sa femme et ses enfants, et disait les choses du monde les plus touchantes. Le génie, toujours le sabre haut, eut la patience d’attendre que le malheureux eût achevé ses lamentations ; mais il n’en fut nullement attendri : « Tous ces regrets sont superflus, s’écria-t-il ; quand tes larmes seraient de sang, cela ne m’empêcherait pas de te tuer comme tu as tué mon fils. — Quoi ! répliqua le marchand, rien ne peut vous toucher ? Vous voulez absolument ôter la vie à un pauvre innocent ? — Oui, repartit le génie, j’y suis résolu. » En achevant ces paroles…
    Scheherazade, en cet endroit, s’apercevant qu’il était jour, et sachant que le sultan se levait de grand matin pour faire sa prière et tenir son conseil, cessa de parler. « Bon Dieu ! ma sœur, dit alors Dinarzade, que votre conte est merveilleux ! — La suite en est encore plus surprenante, répondit Scheherazade ; et vous en tomberiez d’accord, si le sultan voulait me laisser vivre encore aujourd’hui, et me donner la permission de vous la raconter la nuit prochaine. » Schahriar, qui avait écouté Scheherazade avec plaisir, dit en lui-même : « J’attendrai jusqu’à demain ; je la ferai toujours bien mourir quand j’aurai entendu la fin de son conte. » Ayant donc pris la résolution de ne pas faire ôter la vie à Scheherazade ce jour-là, il se leva pour faire sa prière et aller au conseil.
    Pendant ce temps-là, le grand vizir était dans une inquiétude cruelle : au lieu de goûter la douceur du sommeil, il avait passé la nuit à soupirer et à plaindre le sort de sa fille, dont il devait être le bourreau. Mais si dans cette triste attente il craignait la vue du sultan, il fut agréablement surpris, lorsqu’il vit que ce prince entrait au conseil sans lui donner l’ordre funeste qu’il en attendait.
    Le sultan, selon sa coutume, passa la journée à régler les affaires de son empire, et quand la nuit fut venue, il coucha encore avec Scheherazade. Le lendemain avant que le jour parût, Dinarzade ne manqua pas de s’adresser à sa sœur et de lui dire : « Ma sœur, si vous ne dormez pas, je vous supplie, en attendant le jour qui paraîtra bientôt, de continuer le conte d’hier. » Le sultan n’attendit pas que Scheherazade lui en demandât la permission : « Achevez, lui dit-il, le conte du génie et du marchand ; je suis curieux d’en entendre la fin. » Scheherazade prit alors la parole, et continua son conte dans ces termes :
    II - Nuit. Sire, quand le marchand vit que le génie lui allait trancher la tête, il fit un grand cri, et lui dit : « Arrêtez ; encore un mot, de grâce ; ayez la bonté de m’accorder un délai : donnez-moi le temps d’aller dire adieu à ma femme et à mes enfants, et de leur partager mes biens par un testament que je n’ai pas encore fait, afin qu’ils n’aient point de procès après ma mort ; cela étant fini, je reviendrai aussitôt dans ce même lieu me soumettre à tout ce qu’il vous plaira d’ordonner de moi. — Mais, dit le génie, si je t’accorde le délai que tu demandes, j’ai peur que tu ne reviennes pas. — Si vous voulez croire à mon serment, répondit le marchand, je jure par le Dieu du ciel et de la terre que je viendrai vous retrouver ici sans y manquer. — De combien de temps souhaites-tu que soit ce délai ? répliqua le génie. — Je vous demande une année, repartit le marchand : il ne me faut pas moins de temps pour donner ordre à mes affaires, et pour me disposer à renoncer sans regret au plaisir qu’il y a de vivre. Ainsi je vous promets que de demain en un an, sans faute, je me rendrai sous ces arbres, pour me remettre entre vos mains. — Prends-tu Dieu à témoin de la promesse que tu me fais ? reprit le génie. — Oui, répondit le marchand, je le prends encore une fois à témoin, et vous pouvez vous reposer sur mon serment. » À ces paroles, le génie le laissa près de la fontaine et disparut.
    Le marchand, s’étant remis de sa frayeur, remonta à cheval et reprit son chemin. Mais si d’un côté il avait de la joie de s’être tiré d’un si grand péril, de l’autre il était dans une tristesse mortelle, lorsqu’il songeait au serment fatal qu’il avait fait. Quand il arriva chez lui, sa femme et ses enfants le reçurent avec toutes les démonstrations d’une joie parfaite ; mais au lieu de les embrasser de la même manière, il se mit à pleurer si amèrement, qu’ils jugèrent bien qu’il lui était arrivé quelque chose d’extraordinaire. Sa femme lui demanda la cause de ses larmes et de la vive douleur qu’il faisait éclater : « Nous nous réjouissons, disait-elle, de votre retour, et cependant vous nous alarmez tous par l’état où nous vous voyons. Expliquez-nous, je vous prie, le sujet de votre tristesse. — Hélas ! répondit le mari, le moyen que je sois dans une autre situation ? je n’ai plus qu’un an à vivre. » Alors il leur raconta ce qui s’était passé entre lui et le génie, et leur apprit qu’il lui avait donné parole de retourner au bout de l’année recevoir la mort de sa main.
    Lorsqu’ils entendirent cette triste nouvelle, ils commencèrent tous à se désoler. La femme poussait des cris pitoyables en se frappant le visage et en s’arrachant les cheveux ; les enfants, fondant en pleurs, faisaient retentir la maison de leurs gémissements ; et le père, cédant à la force du sang, mêlait ses larmes à leurs plaintes. En un mot, c’était le spectacle du monde le plus touchant.
    Dès le lendemain, le marchand songea à mettre ordre à ses affaires, et s’appliqua sur toutes choses à payer ses dettes. Il fit des présents à ses amis et de grandes aumônes aux pauvres, donna la liberté à ses esclaves de l’un et de l’autre sexe, partagea ses biens entre ses enfants, nomma des tuteurs pour ceux qui n’étaient pas encore en âge ; et en rendant à sa femme tout ce qui lui appartenait, selon son contrat de mariage, il l’avantagea de tout ce qu’il put lui donner suivant les lois.
    Enfin l’année s’écoula, et il fallut partir. Il fit sa valise, où il mit le drap dans lequel il devait être enseveli ; mais lorsqu’il voulut dire adieu à sa femme et à ses enfants, on n’a jamais vu une douleur plus vive. Ils ne pouvaient se résoudre à le perdre ; ils voulaient tous l’accompagner et aller mourir avec lui. Néanmoins, comme il fallait se faire violence, et quitter des objets si chers :
    « Mes enfants, leur dit-il, j’obéis à l’ordre de Dieu en me séparant de vous. Imitez-moi : soumettez-vous courageusement à cette nécessité, et songez que la destinée de l’homme est de mourir. » Après avoir dit ces paroles, il s’arracha aux cris et aux regrets de sa famille, il partit et arriva au même endroit où il avait vu le génie, le propre jour qu’il avait promis de s’y
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  • Par Cielvariable, le 22 mai 2012

    Histoire du Sultan des Indes.



    Les chroniques des Sassanides, anciens rois de Perse, qui avaient étendu leur empire dans les Indes, dans les grandes et petites îles qui en dépendent, et bien loin au delà du Gange, jusqu’à la Chine, rapportent qu’il y avait autrefois un roi de cette puissante maison, qui était le plus excellent prince de son temps. Il se faisait autant aimer de ses sujets par sa sagesse et sa prudence, qu’il s’était rendu redoutable à ses voisins par le bruit de sa valeur et par la réputation de ses troupes belliqueuses et bien disciplinées. Il avait deux fils : l’aîné, appelé Schahriar, digne héritier de son père, en possédait toutes les vertus ; et le cadet, nommé Schahzenan, n’avait pas moins de mérite que son frère.
    Après un règne aussi long que glorieux, ce roi mourut, et Schahriar monta sur le trône. Schahzenan, exclu de tout partage par les lois de l’empire, et obligé de vivre comme un particulier, au lieu de souffrir impatiemment le bonheur de son aîné, mit toute son attention à lui plaire. Il eut peu de peine à y réussir. Schahriar, qui avait naturellement de l’inclination pour ce prince, fut charmé de sa complaisance ; et par un excès d’amitié, voulant partager avec lui ses états, il lui donna le royaume de la Grande Tartarie. Schahzenan en alla bientôt prendre possession, et il établit son séjour à Samarcande, qui en était la capitale.
    Il y avait déjà dix ans que ces deux rois étaient séparés, lorsque Schahriar, souhaitant passionnément de revoir son frère, résolut de lui envoyer un ambassadeur pour l’inviter à venir à sa cour. Il choisit pour cette ambassade son premier vizir, qui partit avec une suite conforme à sa dignité, et fit toute la diligence possible. Quand il fut près de Samarcande, Schahzenan, averti de son arrivée, alla au-devant de lui avec les principaux seigneurs de sa cour, qui, pour faire plus d’honneur au ministre du sultan, s’étaient tous habillés magnifiquement. Le roi de Tartarie le reçut avec de grandes démonstrations de joie, et lui demanda d’abord des nouvelles du sultan son frère. Le vizir satisfit sa curiosité ; après quoi il exposa le sujet de son ambassade. Schahzenan en fut touché : « Sage vizir, dit-il, le sultan mon frère me fait trop d’honneur, et il ne pouvait rien me proposer qui me fût plus agréable. S’il souhaite de me voir, je suis pressé de la même envie : le temps, qui n’a point diminué son amitié, n’a point affaibli la mienne. Mon royaume est tranquille, et je ne veux que dix jours pour me mettre en état de partir avec vous. Ainsi il n’est pas nécessaire que vous entriez dans la ville pour si peu de temps. Je vous prie de vous arrêter dans cet endroit et d’y faire dresser vos tentes. Je vais ordonner qu’on vous apporte des rafraîchissements en abondance, pour vous et pour toutes les personnes de votre suite. » Cela fut exécuté sur-le-champ : le roi fut à peine rentré dans Samarcande, que le vizir vit arriver une prodigieuse quantité de toutes sortes de provisions, accompagnées de régals et de présents d’un très-grand prix.
    Cependant Schahzenan, se disposant à partir, régla les affaires les plus pressantes, établit un conseil pour gouverner son royaume pendant son absence, et mit à la tête de ce conseil un ministre dont la sagesse lui était connue et en qui il avait une entière confiance. Au bout de dix jours, ses équipages étant prêts, il dit adieu à la reine sa femme, sortit sur le soir de Samarcande, et, suivi des officiers qui devaient être du voyage, il se rendit au pavillon royal qu’il avait fait dresser auprès des tentes du vizir. Il s’entretint avec cet ambassadeur jusqu’à minuit. Alors, voulant encore une fois embrasser la reine, qu’il aimait beaucoup, il retourna seul dans son palais. Il alla droit à l’appartement de cette princesse, qui, ne s’attendant pas à le revoir, avait reçu dans son lit un des derniers officiers de sa maison. Il y avait déjà longtemps qu’ils étaient couchés et ils dormaient d’un profond sommeil.
    Le roi entra sans bruit, se faisant un plaisir de surprendre par son retour une épouse dont il se croyait tendrement aimé. Mais quelle fut sa surprise, lorsqu’à la clarté des flambeaux, qui ne s’éteignent jamais la nuit dans les appartements des princes et des princesses, il aperçut un homme dans ses bras ! Il demeura immobile durant quelques moments, ne sachant s’il devait croire ce qu’il voyait. Mais n’en pouvant douter : « Quoi ! dit-il en lui-même, je suis à peine hors de mon palais, je suis encore sous les murs de Samarcande, et l’on m’ose outrager ! Ah ! perfide, votre crime ne sera pas impuni ! Comme roi, je dois punir les forfaits qui se commettent dans mes états ; comme époux offensé, il faut que je vous immole à mon juste ressentiment. » Enfin ce malheureux prince, cédant à son premier transport, tira son sabre, s’approcha du lit, et d’un seul coup fit passer les coupables du sommeil à la mort. Ensuite, les prenant l’un après l’autre, il les jeta par une fenêtre, dans le fossé dont le palais était environné.
    S’étant vengé de cette sorte, il sortit de la ville, comme il y était venu, et se retira sous son pavillon. Il n’y fut pas plus tôt arrivé, que, sans parler à personne de ce qu’il venait de faire, il ordonna de plier les tentes et de partir. Tout fut bientôt prêt, et il n’était pas jour encore, qu’on se mit en marche au son des timbales et de plusieurs autres instruments qui inspiraient de la joie à tout le monde, hormis au roi. Ce prince, toujours occupé de l’infidélité de la reine, était en proie à une affreuse mélancolie, qui ne le quitta point pendant tout le voyage.
    Lorsqu’il fut près de la capitale des Indes, il vit venir au-devant de lui le sultan[2] Schahriar avec toute sa cour. Quelle joie pour ces princes de se revoir ! Ils mirent tous deux pied à terre pour s’embrasser ; et, après s’être donné mille marques de tendresse, ils remontèrent à cheval, et entrèrent dans la ville aux acclamations d’une foule innombrable de peuple. Le sultan conduisit le roi son frère jusqu’au palais qu’il lui avait fait préparer : ce palais communiquait au sien par un même jardin ; il était d’autant plus magnifique, qu’il était consacré aux fêtes et aux divertissements de la cour ; et on en avait encore augmenté la magnificence par de nouveaux ameublements.
    Schahriar quitta d’abord le roi de Tartarie, pour lui donner le temps d’entrer au bain et de changer d’habit ; mais dès qu’il sut qu’il en était sorti, il vint le retrouver. Ils s’assirent sur un sofa, et comme les courtisans se tenaient éloignés par respect, ces deux princes commencèrent à s’entretenir de tout ce que deux frères, encore plus unis par l’amitié que par le sang, ont à se dire après une longue absence. L’heure du souper étant venue, ils mangèrent ensemble ; et après le repas, ils reprirent leur entretien, qui dura jusqu’à ce que Schahriar, s’apercevant que la nuit était fort avancée, se retira pour laisser reposer son frère.
    L’infortuné Schahzenan se coucha ; mais si la présence du sultan son frère avait été capable de suspendre pour quelque temps ses chagrins, ils se réveillèrent alors avec violence ; au lieu de goûter le repos dont il avait besoin, il ne fit que rappeler dans sa mémoire les plus cruelles réflexions ; toutes les circonstances de l’infidélité de la reine se présentaient si vivement à son imagination, qu’il en était hors de lui-même. Enfin, ne pouvant dormir, il se leva ; et se livrant tout entier à des pensées si affligeantes, il parut sur son visage une impression de tristesse que le sultan ne manqua pas de remarquer : « Qu’a donc le roi de Tartarie ? disait-il ; qui peut causer ce chagrin que je lui vois ? Aurait-il sujet de se plaindre de la réception que je lui ai faite ? Non : je l’ai reçu comme un frère que j’aime, et je n’ai rien là-dessus à me reprocher. Peut-être se voit-il à regret éloigné de ses états ou de la reine sa femme. Ah ! si c’est cela qui l’afflige, il faut que je lui fasse incessamment les présents que je lui destine, afin qu’il puisse partir quand il lui plaira, pour s’en retourner à Samarcande. » Effectivement, dès le lendemain il lui envoya une partie de ces présents, qui étaient composés de tout ce que les Indes produisent de plus rare, de plus riche et de plus singulier. Il ne laissait pas néanmoins d’essayer de le divertir tous les jours par de nouveaux plaisirs ; mais les fêtes les plus agréables, au lieu de le réjouir, ne faisaient qu’irriter ses chagrins.

    Un jour Schahriar ayant ordonné une grande chasse à deux journées de sa capitale, dans un pays où il y avait particulièrement beaucoup de cerfs, Schahzenan le pria de le dispenser de l’accompagner, en lui disant que l’état de sa santé ne lui permettait pas d’être de la partie. Le sultan ne voulut pas le contraindre, le laissa en liberté et partit avec toute sa cour pour aller prendre ce divertissement. Après son départ, le roi de la Grande Tartarie, se voyant seul, s’enferma dans son appartement. Il s’assit à une fenêtre qui avait vue sur le jardin. Ce beau lieu et le ramage d’une infinité d’oiseaux qui y faisaient leur retraite, lui auraient donné du plaisir, s’il eût été capable d’en ressentir ; mais, toujours déchiré par le souvenir funeste de l’action infâme de la reine, il arrêtait moins souvent ses yeux sur le jardin, qu’il ne les levait au ciel pour se plaindre de son malheureux sort.
    Néanmoins, quelque occupé qu’il fût de ses ennuis, il ne laissa pas d’apercevoir un objet qui attira toute son attention. Une porte secrète du palais du sultan s’ouvrit tout à coup, et il en sortit vingt femmes, au milieu desquelles marchait la sultane[3] d’un air qui la faisait aisément distinguer. Cette princesse, croyant que le roi de la Grande Tartarie était aussi à la chasse, s’avança avec fermeté jusque sous les fenêtres de l’appartement de ce prince, qui, voulant par curiosité l’observer, se plaça de manière qu’il pouvait tout voir sans être vu. Il remarqua que les personnes qui accompagnaient la sultane, pour bannir toute cont
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  • Par Cielvariable, le 22 mai 2012

    L'Ane, Le Boeuf et le Laboureur.



    Un marchand très-riche avait plusieurs maisons à la campagne, où il faisait nourrir une grande quantité de toute sorte de bétail. Il se retira avec sa femme et ses enfants à une de ses terres, pour la faire valoir par lui-même. Il avait le don d'entendre le langage des bêtes; mais avec cette condition, qu'il ne pouvait l'interpréter à personne, sans s'exposer à perdre la vie; ce qui l'empêchait de communiquer les choses qu'il avait apprises par le moyen de ce don.« Il y avait à une même auge un bœuf et un âne. Un jour qu'il était assis près d'eux, et qu'il se divertissait à voir jouer devant lui ses enfants, il entendit que le bœuf disait à l'âne : « L'Éveillé, que je te trouve heureux, quand je considère le repos dont tu jouis, et le peu de travail qu'on exige de toi ! Un homme te panse avec soin, te lave, te donne de l'orge bien criblée, et de l'eau fraîche et nette. Ta plus grande peine est de porter le marchand notre maître, lorsqu'il a quelque petit voyage à faire. Sans cela, toute ta vie se passerait dans l'oisiveté. La manière dont on me traite est bien différente, et ma condition est aussi malheureuse que la tienne est agréable : il est à peine minuit qu'on m'attache à une charrue que l'on me fait traîner tout le long du jour en fendant la terre ; ce qui me fatigue à un point, que les forces me manquent quelquefois. D'ailleurs, le laboureur, qui est toujours derrière moi, ne cesse de me frapper. A force de tirer la charrue, j'ai le cou tout écorché. Enfin, après avoir travaillé depuis le matin jusqu'au soir, quand je suis de retour, ou me donne à manger de méchantes fèves sèches, dont on ne s'est pas mis en peine d'ôter la terre, ou d'autres choses qui ne valent pas mieux. Pour comble de misère, lorsque je me suis repu d'un mets si peu appétissant, je suis obligé de passer la nuit couché dans mon ordure. Tu vois donc que j'ai raison d'envier sou sort. »
    « L'âne n'interrompit pas le bœuf; il lui laissa dire tout ce qu'il voulut ; mais quand il eut achevé de parler : « Vous ne démentez pas, lui dit-il, le nom d'idiot qu'on vous a donné; vous êtes trop simple, vous vous laissez mener comme l'on veut, et vous ne pouvez prendre une bonne résolution. Cependant quel avantage vous revient-il de toutes les indignités que vous souffrez? Vous vous tuez vous-même pour le repos, le plaisir et le profit de ceux qui ne vous en savent point de gré : on ne vous traiterait pas de la sorte, si vous aviez autant de courage que de force. Lorsqu'on vient vous attacher à l'auge, que ne faites-vous résistance? Que ne donnez-vous de bons coups de. cornes ? Que ne marquez-vous votre colère en frappant du pied contre terre ? Pourquoi enfin n'inspirez-vous pas la terreur par des beuglements effroyables? La nature vous a donné les moyens de vous faire respecter, et vous ne vous en servez pas. On vous apporte de mauvaises fèves et de mauvaise paille, n'en mangez point ; flairez-les seulement et les laissez. Si vous suivez les conseils que je vous donne, vous verrez bientôt un changement dont vous me remercierez. »
    « Le bœuf prit en fort bonne part les avis de l'âne, il lui témoigna combien il lui était obligé : « Cher l'Éveillé, ajouta-t-il, je ne manquerai pas de faire tout ce que tu m'as dit, et tu verras de quelle manière je m'en acquitterai. » Ils se turent après cet entretien, dont le marchand ne perdit pas une parole.
    « Le lendemain de bon matin, le laboureur vint prendre le bœuf; il l'attacha à la charrue, et le mena au travail ordinaire. Le bœuf, qui n'avait pas oublié le conseil de l'âne, fit fort le méchant ce jour-là ; et le soir, lorsque le laboureur, l'ayant ramené à l'auge, voulut l'attacher comme de coutume, le malicieux animal, au lieu de présenter ses cornes de lui-même, se mit à faire le rétif, et à reculer en beuglant ; il baissa même ses cornes, comme pour en frapper le laboureur. Il fit enfin tout le manège que l'âne lui avait enseigné. Le jour suivant, le laboureur vint le reprendre pour le remener au labourage ; mais trouvant l'auge encore remplie des fèves et de la paille qu'il y avait mises le soir, et le bœuf couché par terre, les pieds étendus, et haletant d'une étrange façon, il le crut malade ; il en eut pitié, et, jugeant qu'il serait inutile de le mener au travail, il alla aussitôt en. avertir le marchand.
    «Le bon marchand vit bien que les mauvais conseils de l'Éveillé avaient été suivis ; et pour le punir comme il le méritait : «Va, dit-il au laboureur, prends l'âne à la place du bœuf, et ne manque pas de lui donner bien de l'exercice. » Le laboureur obéit. L'âne fut obligé de tirer la charrue tout ce jour-là; ce qui le fatigua d'autant plus, qu'il était moins accoutumé à ce travail. Outre cela, il reçut tant de coups de bâton, qu'il ne pouvait se soutenir quand il fut de retour.
    « Cependant le bœuf était très-content ; il avait mangé tout ce qu'il y avait dans son auge, et s'était reposé toute la journée ; il se réjouissait en lui-même d'avoir suivi les conseils de l'Éveillé; il lui donnait mille bénédictions pour le bien qu'il lui avait procuré, et il ne manqua pas do lui en faire un nouveau compliment lorsqu'il le vit arriver. L'âne ne répondit rien au bœuf, tant il avait de dépit d'avoir été si maltraité : « C'est par mon imprudence, se disait-il à lui-même, que je me suis attiré ce malheur; je vivais heureux; tout me riait; j'avais tout ce que je pouvais souhaiter ; c'est ma faute si je suis dans ce déplorable état; et si je ne trouve quelque ruse en mon esprit pour m'en tirer, ma perte est certaine. » En disant cela, ses forces se trouvèrent tellement épuisées, qu'il se laissa tomber à demi mort au pied de son auge. »
    En cet endroit le grand vizir s'adressant à Scheherazade, lui dit : « Ma fille, vous faites comme cet âne, vous vous exposez à vous perdre par votre fausse prudence. Croyez-moi, demeurez en repos, et ne cherchez point à prévenir votre mort.
    — Mon père, répondit Scheherazade, l'exemple que vous venez de rapporter n'est pas capable de me faire changer de résolution, et je ne cesserai point de vous importuner, que je n'aie obtenu de vous que vous me présenterez au sultan pour être son épouse. » Le vizir, voyant qu'elle persistait toujours dans sa demande, lui répliqua : « Hé bien! puisque vous ne voulez pas quitter votre obstination, je serai obligé de vous traiter de la même manière que le marchand dont je viens de parler traita sa femme peu de temps après, et voici comment :
    « Ce marchand ayant appris que l'âne était dans un état pitoyable, fut curieux de savoir ce qui se passerait entre lui et le bœuf. C'est pourquoi, après le souper, il sortit au clair de la lune, et alla s'asseoir auprès d'eux, accompagné de sa femme. En arrivant, il entendit l'âne qui disait au bœuf : « Compère, dites-moi, je vous prie, ce que vous prétendez faire quand le laboureur vous apportera demain à manger.
    —Ce que je ferai, répondit le bœuf, je continuerai de faire ce que tu m'as enseigné. Je m'éloignerai d'abord; je présenterai mes cornes comme hier; je ferai le malade, et feindrai d'être aux abois.
    — Gardez-vous-en bien, interrompit l'âne, ce serait le moyen de vous perdre : car, en arrivant ce soir, j'ai ouï dire au .marchand, notre maître, une chose qui m'a fait trembler pour vous.
    —Hé ! qu'avez-vous entendu? dit le bœuf; ne me cachez rien, de grâce, mon cher l'Éveillé.
    —Notre maître, reprit l'âne, a dit au laboureur ces tristes paroles : « Puisque le bœuf ne mange pas, et qu'il ne peut se soutenir, je » veux qu'il soit tué dès demain. Nous ferons, pour l'amour de Dieu, une » aumône de sa chair aux pauvres ; et quant à sa peau, qui pourra nous être » utile, tu la donneras au corroyeur ; ne manque donc pas de faire venir le » boucher. » Voilà ce que j'avais à vous apprendre, ajouta l'âne; l'intérêt que je prends à votre conservation, et l'amitié que j'ai pour vous, m'obligent à vous en avertir et à vous donner un nouveau conseil : d'abord qu'on vous apportera vos fèves et votre paille, levez-vous, et vous jetez dessus avec avidité; le maître jugera par là que vous êtes guéri, et révoquera, sans doute, votre arrêt de mort; au lieu que si vous en usez autrement, c'est fait de vous. »
    « Ce discours produisit l'effet qu'en avait attendu l'âne. Le bœuf en fut étrangement troublé et en beugla d'effroi. Le marchand, qui les avait écoutés tous deux avec beaucoup d'attention, fit alors un si grand éclat de rire, que sa femme en fut très-surprise :
    « Apprenez-moi, lui dit-elle, pourquoi vous riez si fort, afin que j'en rie avec vous.
    — Ma femme, lui répondit le marchand, contentez-vous de m'entendre rire.
    — Non, reprit-elle, j'en veux savoir le sujet.
    — Je ne puis vous donner cette satisfaction, repartit le mari; sachez seulement que je ris de ce que notre âne vient de dire à notre bœuf; le reste est un secret qu'il ne m'est pas permis de vous révéler.
    — Et qui vous empêche de me découvrir ce secret ? répliqua-t-elle.
    —Si je vous le disais, répondit-il, apprenez qu'il m'en coûterait la vie.
    — Vous vous moquez de moi, s'écria la femme ; ce que vous me dites ne peut pas être vrai. Si vous ne m'avouez tout à l'heure pourquoi vous avez ri, si vous refusez de m'instruire de ce que l'âne et le boeuf ont dit, je jure, par le grand Dieu qui est au ciel, que nous ne vivrons pas davantage ensemble. »
    « En achevant ces mots, elle rentra dans la maison, et se mit dans un coin où elle passa la nuit à pleurer de toute sa force. Le mari coucha seul ; et le lendemain, voyant qu'elle ne discontinuait pas de se lamenter :
    « Vous n'êtes pas sage, lui dit-il, de vous affliger de la sorte; la chose n'en vaut pas la peine ; et il vous est aussi peu important de la savoir, qu'il m'importe beaucoup, à moi, de la tenir secrète. N'y pensez donc plus, je vous en conjure.
    — J'y pense si bien encore, répondit la femme, que je ne cesserai pas de pleurer, que vous n'ayez satisfait ma curiosité.
    — Mais je vous dis fort sér
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  • Par Yumiko, le 30 novembre 2012

    Le sultan fut fort étonné du sacrifice que son grand-vizir lui faisait. « Comment avez-vous pu, lui dit-il, vous résoudre à me livrer votre propre fille? – Sire, lui répondit le vizir, elle
    s’est offerte d’elle-même. La triste destinée qui l’attend n’a pu l’épouvanter, et elle préfère à sa vie l’honneur d’être une seule nuit l’épouse de Votre Majesté.

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  • Par Rafaell3, le 05 avril 2012

    Il n' y a point d'autre science que celle du destin.

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