> Noël Dutrait (Traducteur)
> Liliane Dutrait (Traducteur)

ISBN : 2876786710
Éditeur : L'Aube (2001)


Note moyenne : 4.05/5 (sur 19 notes) Ajouter à mes livres
Conçu comme le voyage décousu que mène un homme à travers le temps - de son enfance à l'âge adulte  ainsi qu'à travers l'espace - de la Chine à l'Europe -, ce livre du Prix Nobel de littérature chinois Gao... > voir plus
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Critiques et avis(3)

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    • Livres 2.00/5
    Par Alcapone, le 04 janvier 2012

    Alcapone
    Ecrit entre 1996 et 1998, Le Livre d'un homme seul est le récit autobiographique d'un intellectuel chinois ayant vécu sous le régime de la Chine communiste avant la Révolution culturelle (1966-1976) Après son exil à l'étranger, cet homme se consacre à l'écriture et il voyage de pays en pays où sont représentées ses pièces de théâtre. C'est à Hong-Kong qu'il rencontre Marguerite, une allemande d'origine juive, qui tente de le persuader d'écrire son histoire afin d'exorciser la haine et le dégoût inspiré par son pays natal. Ce récit est celui d'un homme qui a perdu tout espoir de réconciliation avec la terre de ses ancêtres. Témoin de lui-même, il constate avec douleur qu'il est plus seul que jamais. Malgré le plaisir volé à ses nombreuses conquêtes féminines, ni sa colère, ni sa tristesse, ni sa souffrance ne cessent lorsqu'il réalise que raconter son histoire lui permettra de renouer avec son passé. Cette histoire est celle d'un dissident qui a choisi de montrer au monde l'envers cruel et parfois absurde du régime politique chinois, que ce soit sous la direction du Guomindang ou pendant la République Populaire de Chine...

    Inspiré de la propre expérience de l'auteur, ce récit à mi-chemin entre le roman, le témoignage et le journal intime, constitue un terrible cri de désespoir. Il permet à Gao Xingjian de se libérer du poids de son passé. L'écrivain dénonce l'injustice de cette Chine communiste dont les exactions, les contrôles, les dénonciations et les décisions contradictoires déroutent ses propres citoyens. Faut-il parler ou se taire ? Qui est son ami ou son ennemi ? Dans cette Chine-là, personne ne peut être sûr de rien. L'auteur raconte par exemple : "C'est pourquoi, dès que le Parti décidait de déclencher une nouvelle bataille, aucune unité de travail n'osait s'abstenir de se lancer dans une lutte à mort, chacune craignant d'être épurée à son tour. Un individu était soit un camarade révolutionnaire (classés en vingt-six niveaux différents), soit un génie malfaisant (divisés en cinq catégories) (...) C'est ainsi que le destin de chaque individu était décidé sans que celui-ci n'y comprenne rien, selon un commandement dix mille fois plus rigoureux que les prophéties de la Bible : ceux qui ne se conforment pas à la règle, si ce n'est pas trop grave, commettent une simple faute, mais si c'est plus grave, ils commettent un crime. Tout était alors noté dans le dossier de chaque individu." p. 196 En tant qu'intellectuel, Gao Xingjian n'échappe pas aux camps de rééducation par le travail manuel et il quitte Pékin pour aller travailler comme paysan dans une région montagneuse où il espère fonder une famille en renonçant à son penchant pour l'écriture. Son destin en décidera pourtant autrement : il finira par réussir à quitter le pays.
    Le récit alterne des chapitres où l'auteur s'adresse à lui-même en se tutoyant (descriptions des événements présents) avec des passages racontés à la troisième personne "il" pour relater les événements passés. L'auteur cherche à travers l'écriture à guérir de sa souffrance : "Son expérience passée s'accumule dans les replis de ta mémoire. Comment faire pour les dérouler couche après couche, les dissocier pour les explorer un à un, et considérer d'un regard froid les événements qu'il a vécu : toi, c'est toi, lui c'est toi. Et toi, tu as beaucoup de peine à revenir à son état d'esprit d'alors, tu ne dois pas le surcharger de ton contentement actuel, tu dois garder une distance, refouler tes émotions, pour mieux l'examiner. Tu ne dois pas confondre ta fureur avec sa vanité et sa stupidité, tu ne dois pas non plus masquer sa peur et sa lâcheté, tout cela est difficile, cela te plonge dans un cafard noir. Tu ne dois pas non plus glisser graduellement dans son amour de lui-même et son masochisme, tu n'as qu'à observer et écouter attentivement et ne pas être attiré par ce qu'il ressent. Tu dois laisser sortir de ta mémoire ce "il", cet enfant, cet adolescent, cet homme qui n'est pas devenu adulte, ce rescapé qui rêvait en plein jour, ce disciple de l'extravagance, ce type qui devenait chaque jour plus rusé, ce "tu" qui n'avait pas encore perdu sa connaissance intuitive mais gardait encore quelques sentiments. Tu ne dois pas te repentir et te justifier à sa place. (...) Lorsque tu découvriras ce "il" dissimulé sous son masque, pour pouvoir l'observer, tu devras le transformer en fiction, en un personnage sans aucun rapport avec toi, qui attendait d'être découvert, ce n'est que cette narration qui pourra t'apporter le goût d'écrire et ce n'est qu'ainsi que la curiosité et l'envie de rechercher apparaîtront spontanément." p.238
    Et son travail d'écriture ressemble à un règlement de compte : "Tu n'écris dans le but de faire de la littérature pure, mais tu n'es pas non plus un combattant, tu n'utilises pas ta plume comme une arme pour réclamer la justice - de toute façon, tu ne sais pas où est la justice -, il est inutile de s'en remettre à qui que ce soit dans ce domaine. Tout ce que tu sais, c'est que tu n'est en rien l'incarnation de la justice. Si tu écris, ce n'est que pour dire que cette vie a existé, plus infecte qu'un bourbier, plus réelle qu'un enfer imaginé, plus effrayante que le jugement dernier, et qu'elle risque de revenir un jour ou l'autre une fois que son souvenir se sera estompé. Les hommes qui n'ont pas perdu l'esprit sombreront dans la folie, ceux qui n'ont pas subi de sévices en feront subir aux autres ou en subiront eux-mêmes, et comme l'homme est né fou, il ne saura quand cela se déclenchera" p.253 et l'on comprend que Gao Xingjian cherche constamment à justifier son travail de crainte ne plus lui trouver de sens d'un moment à l'autre.
    Malgré que certains passages m'ont appris beaucoup de choses sur la Chine maoiste et que la démarche d'écriture de l'auteur est très louable, j''ai malheureusement trouvé le roman long et son rythme très irrégulier m'a dérangée. Par ailleurs, les relations entretenues avec les jeunes femmes rencontrées ont à mon sens, manqué d'authenticité et les dialogues avec ces femmes m'ont parfois agacées. En fait, j'ai trouvé ce roman très inégal et j'avoue en avoir parfois forcé la lecture pour en arriver au bout...

    Lien : http://livresacentalheure-alcapone.blogspot.com/2012/01/le-livre-dun..
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    • Livres 3.00/5
    Par chartel, le 15 novembre 2008

    chartel
    Ce n'est pas le style, ni le procédé littéraire du roman qui m'ont interpellé, mais avant tout le récit d'un homme seul, comme l'affirme si explicitement le titre. Ce roman autobiographique croise les parcours d'un jeune homme dont la vie se heurte aux répressions de la Chine communiste du Grand Timonier (avec une remarquable plongée dans l'univers anxiogène d'une société totalitaire), et celui d'un homme, exhilé en Occident, arrivé à un âge où l'on se retourne sur son passé pour donner un sens à son avenir.
    Gao Xingjian réussit, par ses récits, à dévoiler la face cachée de la Chine de Mao Zedong. le roman ne serait-il pas plus évocateur que tous les essais des plus éminents spécialistes, aussi bien documentés et rigoureux fussent-ils?
    Même si le style de Xingjian est un peu sec et froid, sans doute à cause de sa volonté affichée de distanciation entre lui et ses personnages, ce roman est une oeuvre majeure parce qu'il est la victoire d'un individu sur un système, la preuve formelle qu'un régime totalitaire, aussi répressif qu'il soit, ne pourra jamais ôter la part d'humanité qu'il y a en chaque individu.
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    • Livres 5.00/5
    Par Mouna, le 12 décembre 2008

    Mouna
    Gao Xingjian est en exil en France depuis 1988; prix Nobel de littérature, il écrit avant tout ce roman pour lui même et comme témoignage sous le règne du Grand Timonier; "La littérature permet de conserver sa conscience d'homme" dit-il d'ailleurs dans un entretien. Ce roman est poignant, jusqu'à horrifiant, on partage avec l'auteur l'envers du décor de la Grand Chine de Mao, depuis les combats politiques de Pékin jusque dans les campagnes. On passe par tous les sujets: la condition de la femme, la torture, les retournements de veste, la fuite, l'injustice, l'homme retranché dans sa plus basse et vile condition.
    C'est en choisissant un texte non linéaire qu'il nous décrit l'emprisonnement de tout à chacun dans un masque moulé à l'effigie du bon travailleur, sous peine d'être dissident et jugé.

    Lien : http://ranatoad.blogspot.com
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Citations et extraits

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  • Par chartel, le 10 septembre 2007

    S'il continue à écrire, c'est parce qu'il en éprouve encore le besoin, l'écriture pour lui doit être un acte totalement libre, il ne la considère pas comme une activité pour gagner sa vie. Il ne considère pas non plus que sa plume est une arme lui permettant de lutter contre ceci ou cela, il ne possède pas un quelconque sens de la mission, s'il écrit encore, c'est plutôt parce que c'est une sorte de délectation personnelle, un monologue destiné à s'écouter et à s'examiner soi-même, et en profiter pour goûter aux sensations que lui laisse le peu de vie qui lui reste.
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  • Par Mouna, le 12 décembre 2008

    Tout ce que tu sais, c'est que tu n'es en rien l'incarnation de la justice. Si tu écris, ce n'est que pour dire que cette vie a existé, plus infecte qu'un bourbier, plus réelle qu'un enfer imaginé [...] et qu'elle risque de revenir un jour ou l'autre une fois que son souvenir sera estompé.
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  • Par GabySensei, le 11 juillet 2011

    Il t'apparaissait clairement aussi que la vie connaissait une fin; au moment de cette fin, la peur s'évanouirait simultanément, cette peur était finalement la manifestation de la vie, à l'instant où la conscience et la connaissance disparaitrait, tout serait fini en un instant, sans laisser le temps de réaliser, et sans que cela ait un sens. La recherche du sens avait été ta souffrance: avec ton camarade d'enfance, tu discutais déjà sur le sens final de la vie, pourtant à l'époque tu n'avais guère vécu, alors qu'à présent tu as goûté à toutes les saveurs, il est vain et inutile de rechercher ce sens, tu sombrerais dans le ridicule, mieux vaut profiter de l'existence, et en même temps l'observer.

    (P512)
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  • Par GabySensei, le 11 juillet 2011

    - (Marguerite-une Allemande) Pour les hommes les corps des femmes sont tous semblables, quel que soit la forme.
    - Non! (Gao Xingjiang)

    Que dire d'autre? Chaque femme voudrait prouver qu'elle est différente, cette lutte désespérée au lit, la recherche de l'amour dans le désir, c'est parce qu'elles pensent qu'après le désir sexuel, il restera encore quelque chose.

    (P83)
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  • Par GabySensei, le 11 juillet 2011

    La liberté n'est pas un droit de l'homme concédé par le ciel, et la liberté de rêver n'est pas non plus acquise dès la naissance: c'est une capacité qu'il faut préserver, une conscience, d'autant plus que les cauchemars ne manquent pas de la perturber.
    (P 55)
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Vidéo de Xing jian Gao

Le lauréat du prix Nobel de littérature, Gao Xingjian vient juste d'avoir 70 ans, et pour célébrer sa longue vie de contribution aux arts, des amis et des collègues écrivains ont organisé un séminaire à Londres afin de l'honorer.











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