ISBN : 2843044758
Éditeur : Zulma (2009)


Note moyenne : 3.91/5 (sur 22 notes) Ajouter à mes livres
La vie de Pascal Garnier est à elle seule tout un roman. On retiendra qu'il est une figure singulière de la littérature française contemporaine, dont on a rapproché l'univers de ceux de Bove, Callet, Hardellet ou Simenon. Il a élu domicile dans un petit village en Ardèc... > voir plus
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Critiques et avis(5)

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    • Livres 5.00/5
    Par Seraphita, le 30 mars 2011

    Seraphita
    Yolande vit recluse chez elle, cloîtrée dans son couvent de souvenirs et de rancœurs, depuis qu'on l'a tondue au sortir de la guerre. Son frère Bernard va désormais pouvoir pleinement veiller sur elle : il se débat dans les pinces d'un cancer et s'est mis en congé maladie. Entre deux visites à sa sœur, il erre au gré des rails qui ne mènent nulle part et des autoroutes, notamment L'A26 que l'on bâtit à grand renfort d'engins et de béton : cette autoroute en chantier vouée à n'être qu'un point de passage va devenir demeure d'éternité pour quelques êtres croisés sur le chemin d'une fin de vie.
    Encore un grand roman de Pascal Garnier qui m'a offert un excellent moment de lecture et de détente. A travers ce très court roman policier (environ 100 pages), l'auteur montre qu'il maîtrise le sens de la dramatisation, de la construction fine d'une intrigue dans laquelle le suspens reste le maître mot. Il nous offre une réflexion sur le sens de la vie, notamment quand on reste prisonnier d'un passé tragique qui vous a marqué au fer rouge de manière indélébile, sur la violence, les pulsions de vie étroitement mêlées aux pulsions de mort.
    L'extrait suivant illustre le titre du roman, filant la métaphore de l'autoroute qui figure une vie, une existence qui se déroule sans surprise pour laquelle son auteur et/ou acteur aimerait un changement de direction mémorable. Bernard va y veiller dans une ultime pirouette aux confins du sommeil :
    « - Excusez-moi, ça fait tellement longtemps. Je croyais que ça ne m'arriverait plus jamais. Tout ce que je vous ai raconté ce soir est faux. Je n'ai jamais voyagé, je n'ai jamais connu de grandes émotions, toute ma vie j'ai eu peur de souffrir alors je n'ai jamais rien vécu de fort. Il ne m'est jamais rien arrivé d'exceptionnel. de l'autoroute, rien que de l'autoroute, monotone, avec quelques arrêts sur des aires de repos et des pauses sandwichs surgelés. Bientôt ce sera le péage et je n'aurai rien vu, rien. Je ne veux pas rentrer à l'hôtel. Emmenez-moi chez vous, Bernard. Rien que pour cette nuit, je partirai demain, je vous le promets ! » (p. 47)
    Même dans les moments de violence, témoignant de la méchanceté humaine, Pascal Garnier parvient à introduire une forme de beauté à travers des métaphores simples et recherchées. Dans l'extrait suivant, l'auteur montre Yolande qui va noyer le chat d'une petite vieille qui l'agace :
    « Yolande avait fait tournoyer le sac au-dessus de sa tête et l'avait balancé au milieu de la mare en poussant un grand HAN ! L'eau avait souri des ondes et des ondes et s'était refermée intacte, comme une flaque d'oubli. Bernard s'accrochait à la jupe de sa sœur. » (p. 54)
    L'acte est brutal, mais l'eau sourit des ondes et se referme comme une flaque d'oubli. L'étang devient le dépositaire de la cruauté d'une enfant.
    Si le propos au fil du roman se veut désespérément noir, quelques éclaircies apparaissent comme autant de pauses salutaires :
    « La journée avait pourtant bien commencé, elle était de bonne humeur en se levant. Une flèche de lumière provenant d'une faille entre les volets avait ricoché sur l'émail blanc de son bol. Ça avait suffit pour faire ressurgir en elle tout un flot de bons moments. La vie a beau être ce qu'elle est, parfois elle fait des cadeaux, même à ceux qui ne le méritent pas, même à de sales gosses comme elle. C'est normal, la vie tue bien les braves gens, à coups de guerres, d'accidents de voiture, de maladie. Faut bien qu'elle rattrape ses conneries. » (p. 53)
    Bernard s'accroche à la vie malgré sa maladie qui le ronge : on le voit se débattre entre pulsions de vie et pulsions de mort et commettre ainsi des actes désespérés jusqu'au point ultime et tragique où le passé refait surface et se rejoue dans un dernier acte de démesure et de violence.
    « Et pourtant, même si elle se refusait à l'admettre, l'air de la calomnie faisait du chemin dans sa tête, comme un ver dans une pomme. Bouleversée comme elle est, la nuit, tout devient possible, des points d'interrogation s'accrochent comme des hameçons aux étoiles. On voudrait tirer le filet et le voir vide mais c'est vrai, Bernard est si bizarre ces derniers temps, on dirait qu'il a un secret, quelque chose qu'il garde pour lui, quelque chose qui, comme tous les secrets, ne demande qu'à éclater au bord de ses lèvres. » (p. 91)
    Un très grand roman policier, où l'auteur a su condenser en une centaine de page une intrigue extrêmement bien pensée qui explore les méandres d'une fin de vie : j'ai souvent frémi, j'ai parfois été horrifiée (tout comme à la lecture de « Mygale » de Thierry Jonquet), mais j'ai beaucoup aimé ce roman très noir dont je conseille vivement la lecture.
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    • Livres 4.00/5
    Par bibliophage, le 05 septembre 2011

    bibliophage
    (résumé de l'éditeur)
    "D'abord, il y a Yolande, tondue à la Libération, qui depuis ne sort plus de chez elle, regarde à travers le trou de la serrure. Et puis il y a son frère Bernard, ancien de la SNCF, qui a sacrifié sa vie pour elle. Qui se débat entre sa sœur et un sale cancer.
    Cela se passe dans le Nord, au milieu de sombres champs de boue, non loin de L'A26 encore en construction. Ce qui permet à Bernard de couler dans le béton quelques jeunes filles égarées..."
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    • Livres 4.00/5
    Par BVIALLET, le 21 avril 2012

    BVIALLET
    A une époque mal définie (années 70 ? 90? de nos jours ?), quelques personnages de ch'timis assez particuliers : Yolande qui, après avoir été tondue à la Libération, non pas tellement pour avoir couché avec un soldat allemand, mais surtout pour s'être refusée à certains, vit recluse chez elle, tous volets clos et observe le monde par un petit trou. Bernard, son frère, retraité SNCF, qui sacrifie sa vie pour elle et se débat contre un cancer. Marqué par la mort depuis la guerre, il ne fait pas bon croiser sa route, que l'on soit chien, femme, enfant ou petit dealer en manque. On risque de finir coulé dans le béton de l'autoroute A26 en construction.
    de bien pauvres vies, de bien misérables spécimens d'humanité, traumatisés, psychopathes, aussi alcooliques que tarés. Des gens que l'on aurait pas trop envie de rencontrer dans la réalité, bien rendus sous la plume minimale de Stéphane Garnier, sans descriptions ni fioritures inutiles. Des faits et des dialogues bruts de décoffrage un peu dans le style de Mingharelli, Fournier ou Vacca. Une plongée inquiétante dans un monde glauque et peu ragoûtant. Une description de la vie des prolétaires nordistes aux antipodes de « Bienvenue chez les Ch'tis ». Etrange et dérangeant.

    Lien : http://www.etpourquoidonc.fr/
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    • Livres 4.00/5
    Par orchidee, le 16 juin 2009

    orchidee
    Bref, de quoi parle ce petit Garnier ?
    Encore une fois des personnages au destin trouble (Yolande tondue à la Libération et son frère Bernard condamné par un cancer), dans un lieu perdu (le Nord de la France, un village isolé) aux abords de l'A 26 en construction.
    Ces deux là noient leur destin... L'un va vers la mort en la provoquant, l'autre vit enfermée dans une maison, prisonnière de ses peurs et de ses angoisses...

    Lien : http://missorchidee.over-blog.com/article-32132501.html
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    • Livres 5.00/5
    Par yv1, le 13 septembre 2010

    yv1
    Sans doute pour moi, le plus noir et le plus réussi des livres de Pascal Garnier, mais bon, je n'ai pas encore tout lu de lui.
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Citations et extraits

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  • Par Seraphita, le 30 mars 2011

    La journée avait pourtant bien commencé, elle était de bonne humeur en se levant. Une flèche de lumière provenant d’une faille entre les volets avait ricoché sur l’émail blanc de son bol. Ça avait suffit pour faire ressurgir en elle tout un flot de bons moments. La vie a beau être ce qu’elle est, parfois elle fait des cadeaux, même à ceux qui ne le méritent pas, même à de sales gosses comme elle. C’est normal, la vie tue bien les braves gens, à coups de guerres, d’accidents de voiture, de maladie. Faut bien qu’elle rattrape ses conneries.
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  • Par Seraphita, le 30 mars 2011

    - Excusez-moi, ça fait tellement longtemps. Je croyais que ça ne m’arriverait plus jamais. Tout ce que je vous ai raconté ce soir est faux. Je n’ai jamais voyagé, je n’ai jamais connu de grandes émotions, toute ma vie j’ai eu peur de souffrir alors je n’ai jamais rien vécu de fort. Il ne m’est jamais rien arrivé d’exceptionnel. De l’autoroute, rien que de l’autoroute, monotone, avec quelques arrêts sur des aires de repos et des pauses sandwichs surgelés. Bientôt ce sera le péage et je n’aurai rien vu, rien. Je ne veux pas rentrer à l’hôtel. Emmenez-moi chez vous, Bernard. Rien que pour cette nuit, je partirai demain, je vous le promets !
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  • Par Seraphita, le 30 mars 2011

    Et pourtant, même si elle se refusait à l’admettre, l’air de la calomnie faisait du chemin dans sa tête, comme un ver dans une pomme. Bouleversée comme elle est, la nuit, tout devient possible, des points d’interrogation s’accrochent comme des hameçons aux étoiles. On voudrait tirer le filet et le voir vide mais c’est vrai, Bernard est si bizarre ces derniers temps, on dirait qu’il a un secret, quelque chose qu’il garde pour lui, quelque chose qui, comme tous les secrets, ne demande qu’à éclater au bord de ses lèvres.
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  • Par Seraphita, le 30 mars 2011

    Yolande avait fait tournoyer le sac au-dessus de sa tête et l’avait balancé au milieu de la mare en poussant un grand HAN ! L’eau avait souri des ondes et des ondes et s’était refermée intacte, comme une flaque d’oubli. Bernard s’accrochait à la jupe de sa sœur.
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