ISBN : 284304510X
Éditeur : Zulma (2010)


Note moyenne : 4/5 (sur 11 notes) Ajouter à mes livres
Voici trois romans, chefs-d’œuvre d’humour noir aux rebondissements rocambolesques. On y retrouve tout l’univers de Pascal Garnier, à la fois tendre et cruel, habité de personnages dont le quotidien dérape pour des aventures qu’on trouve, d’ordinaire, à la page des fait... > voir plus
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Critiques et avis(2)

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    • Livres 5.00/5
    Par Seraphita, le 07 avril 2012

    Seraphita
    « Les Insulaires et autres romans (noirs) » est un joyau composé de 3 facettes, 3 romans écrits par Pascal Garnier, orfèvre de l'humour noir.
    Dans « La place du mort », Fabien se retrouve soudainement veuf : son épouse Sylvie a été retrouvée morte au fond d'un ravin, dans une voiture, aux côtés de son amant. Fabien va alors retrouver l'épouse de l'amant de Sylvie. Une liaison pour le moins risquée où la mort guette, en filigrane…
    « Les insulaires » met en scène Olivier, alcoolique en rémission, qui, pour s'en sortir, s'est imaginé vivre sur une île déserte. Sa vie bascule lorsque sa mère âgée décède : un long déplacement le conduit de Nice à Versailles. Parallèlement, une rencontre inopinée l'amène à remonter le temps… jusqu'à sa jeunesse où l'amour a côtoyé la mort…
    Dans « Trop près du bord », Eliette, la soixantaine, veuve, s'ennuie terriblement dans sa maison isolée au fin fond de l'Ardèche. Un jour de pluie, sur une petite route tortueuse de montagne, son destin va basculer…
    Pascal Garnier sait dépeindre à merveille les espoirs et les errances de l'humanité, avec une plume à la fois tendre et acérée où la poésie affleure, derrière chaque mot. D'ailleurs, il s'essaie à la définir, par la voix d'un de ses personnages :
    « Elle avait lu un jour une définition de la poésie : « Deux mots qui se rencontrent pour la première fois. » » (p. 394. « Trop près du bord »)

    Il ne se contente pas de la définir, il la met en pratique au fil de ses romans, en témoignent quelques extraits :
    « Forlani et les deux blouses blanches échangèrent un regard circonflexe. » (p. 31. « La place du mort »)
    « Eliette n'arrivait pas à desserrer les dents. Son cœur battait dans sa poitrine comme un volet mal fermé. » (p. 446. « Trop près du bord »)
    Le propos peut souvent paraître glauque, mais l'auteur sait admirablement tourner le pire en dérision :
    « Les trois corps portés par des hommes en blanc furent enfournés dans une ambulance qui faillit tomber dans le fossé en démarrant. Ça ressemblait à un de ces nombreux faits divers qui font la une du journal local avant d'envelopper un merlan. » (p. 476. « Trop près du bord »)
    Le lecteur rit… jaune…
    Pascal Garnier sait aussi dire à merveille « l'illettrisme » de certains cœurs et ses ravages :
    « La comtoise sonnait la demie de minuit. Fernand Delorme regardait son fils pleurer depuis près d'une heure, sans interruption, comme un barrage qui cède. (…) Il y avait certainement un mot à dire, le même qui aurait pu retenir Charlotte, qui aurait pu faire de sa vie autre chose qu'une survie, mais il ne l'avait jamais appris. Jusqu'à présent il avait comblé cette carence par un digne silence, mais ce soir, il lui manquait cruellement ce mot, il se sentait illettré du cœur. » (p. 158. « La place du mort »)
    Le lecteur ne s'ennuie aucunement au fil de ces 500 pages dans lesquelles l'auteur sait dépeindre l'ambivalence de l'humanité, perpétuellement tiraillée entre deux pôles antagonistes : Eros et Thanatos…
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    • Livres 4.00/5
    Par kathel, le 12 septembre 2010

    kathel
    Le titre est celui de la deuxième nouvelle ou plutôt court roman, l'un d'entre ayant tout de même presque deux cent pages. Dans La place du mort, un homme apprend que sa femme s'est tuée dans un accident de voiture avec un autre homme. Dans Les insulaires, quatre personnages se croisent, et les retrouvailles entre deux d'entre eux vire au macabre. Dans Trop près du bord, une tranquille retraitée dans un paisible village d'Ardèche se trouve entraînée là où elle n'aurait jamais imaginé aller.
    Ces histoires sont noires, très noires, et prennent à tous les coups des tournants inattendus mais mortels. Les individus les plus insignifiants comme les plus doués de compassion, pris dans des engrenages ordinaires, sont capables du pire, voilà ce que ces textes de Pascal Garnier nous révèlent. L'image d'animaux, qu'ils soient prédateurs et proies, revient plusieurs fois dans les récits, illustrant ces réactions qui tiennent plus de l'animalité que de l'humanité. Pourtant, l'auteur ne juge jamais les protagonistes, mettant en avant la passion, l'alcoolisme ou la drogue pour expliquer ces comportements condamnables qui les animent. « De drame en drame, on finissait par atteindre un nirvana nébuleux qui ressemblait en tout points à la Case départ. »
    Quant au style, c'est tout ce que j'aime : concis, sobre, assorti d'images insolites, il file droit vers une fin ténébreuse mais tellement humaine.

    Lien : http://lettres-expres.over-blog.com/article-pascal-garnier-les-insul..
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Citations et extraits

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  • Par kathel, le 12 septembre 2010

    Les histoires d'amour finissent mal en géné...
    Un index à l'ongle rongé coupe net la chanson des Rita Mitsouko. Ce brusque retour au silence fait mal. Les dix doigts se mettent à tambouriner sur le volant. Un son mat, un rythme monotone. On dirait de la pluie. Les cadrans du tableau de bord les éclairent en vert fluo. Aucune autre lumière à des kilomètres à la ronde. Pas une étoile, à peine un soupçon de clarté, là-bas, derrière les collines, la présence d'une ville lointaine. La main droite quitte le volant, caresse de sa paume le levier de vitesses. Le même geste qu'on fait pour flatter la tête d'un chien, d'un chat, la crosse d'une arme. C'est une bonne voiture, puissante, robuste, grise. Onze heures trente, ils ne devraient plus tarder. À force de fixer l'aiguille des secondes, celle-ci semble s'arrêter. Mais non, elle continue son petit bonhomme de chemin, obstinée ou résignée, comme un âne tournant la meule d'un moulin.
    Et puis soudain, rasant la crête de la colline en face, un faisceau de phare, la nuit qui pâlit, qui recule... Contact. La main droite se crispe et enclenche une vitesse. La main gauche empoigne le volant. Le phare droit de la voiture qui dévale le versant opposé de la côte tire nettement vers le bas-côté de la route. Toutes lumières éteintes, la voiture grise se propulse en avant comme une bille de flipper. Ce sont eux : l'heure, le phare bigle. La nuit ferme les yeux.
    Dans la forêt un renard vient d'égorger un lapin. Ses oreilles se dressent en entendant le crissement des pneus sur l'asphalte et le bruit de la tôle dans le ravin. Ça ne dure que quelques secondes. Le silence reprend possession des lieux. D'un coup de dents, il éventre le lapin et plonge son museau pointu dans les entrailles fumantes. Partout autour de lui, des milliers d'animaux, des plus grands aux plus petits, s'entre-bouffent ou se grimpent dessus sans autre but que de perpétuer le jeu.
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  • Par Seraphita, le 07 avril 2012

    Mais toutes ces comètes, dont la plupart n’étaient que des satellites russes ou américains, étaient tellement chargées des espoirs minuscules d’une humanité en plein désarroi qu’elles ne laissèrent dans le ciel qu’un avis de passage et la promesse mensongère d’un retour proche à la normale.
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  • Par Seraphita, le 07 avril 2012

    La comtoise sonnait la demie de minuit. Fernand Delorme regardait son fils pleurer depuis près d’une heure, sans interruption, comme un barrage qui cède. (…) Il y avait certainement un mot à dire, le même qui aurait pu retenir Charlotte, qui aurait pu faire de sa vie autre chose qu’une survie, mais il ne l’avait jamais appris. Jusqu’à présent il avait comblé cette carence par un digne silence, mais ce soir, il lui manquait cruellement ce mot, il se sentait illettré du cœur.
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  • Par Seraphita, le 07 avril 2012

    Elle avait lu un jour une définition de la poésie : « Deux mots qui se rencontrent pour la première fois. »
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  • Par Seraphita, le 07 avril 2012

    Forlani et les deux blouses blanches échangèrent un regard circonflexe.
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