1968, année des plus sombres aux Etats-Unis : c'est, outre-Atlantique, l'apogée du racisme, la mort de
Martin Luther King, la guerre au Vietnam...
Romain Gary y partage alors sa vie avec la jeune actrice Jean Seberg.
Un soir pluvieux de février, Sandy, le chien de la maison rentre d'une de ses virées nocturne accompagné d'un berger allemand, vraisemblement perdu :
"Je fis entrer mon salopard, mais le berger allemand ne partait pas, et il pleuvait si dur que son poil mouillé et collé le faisait ressembler à un phoque. Il remuait la queue, les oreilles dressées, l'oeil pétillant, vif, avec cette attention intense des chiens qui guettent un geste familier ou un ordre. Il attendait clairement une invitation, revendiquant ce droit d'asile qui est inscrit depuis toujours dans les rapports des hommes avec leurs compagnons d'infortune. Je le priai d'entrer."
Ce chien "Batka" s'avère être si intelligent, si doux avec tous que l'auteur et sa compagne le prennent en affection jusqu'au jour où...
"j'entendis soudain du côté de la piscine un long rugissement, suivi de ces aboiements saccadés, rapides et rageurs par lesquels les chiens signalent à la fois la présence d'un intrus et l'imminence du combat qu'ils entendent lui livrer dans la seconde qui va suivre (...)
De l'autre côté de la grille se tenait un employé noir venu contrôler le filtre de la piscine, et Batka se jetait contre le portail, l'écume à la gueule, dans un paroxysme de haine à ce point effrayant que mon brave Sandy avait rampé en geignant sous un buisson et s'était transformé en descente de lit."
Batka était ce qu'on appelait aux Etats-Unis un "
Chien blanc", chien dressé par les blancs contre les noirs...