«
Gros-Câlin » est un des quatre romans publiés par
Romain Gary sous le nom d'Emile Ajar dans les années 70. Au-delà de l'amusante supercherie qui lui permit d' obtenir deux fois le Goncourt et de mystifier les journalistes, il faut reconnaître la valeur de ces romans, et en premier lieu de «
Gros-Câlin ». Ce roman raconte l'histoire de Cousin, un homme de 37 ans, célibataire et statisticien (facteur aggravant il est vrai) qui vit en plein Paris avec son python prénommé gros-câlin. Dans son univers, figurent aussi des objets auxquels il parle, notamment les portraits de Jean Moulin et Pierre Brossolette accrochés au mur, un voisin militant politique acariâtre, une belle collègue en mini-jupe à qui il n'ose pas parler tout en rêvant de l'épouser, les « bonnes putes » évoquées avec beaucoup de tendresse, une femme plus très jeune se trimballant son perroquet dans un panier, un ventriloque recyclé dans la thérapie de groupes, etc…
Cet excellent roman se lit d'une traite, le sourire aux lèvres car il est drôle, truculent, plein d'inventions langagières, tout en ayant un fond social (c'est de la solitude dans le Paris des années 70 qu'il est question ici). le style faussement relâché avec de nombreuses trouvailles littéraires (expression tronquée notamment) ajoute au plaisir de lecture. Une superbe entrée en matière dans ma découverte de l'œuvre de Gary.