J'ai fait mettre un répondeur automatique. Un gadget moderne, civilisé et spécialement prévu dans ce but, qui répondrait que je n'existe pas, qu'il n'y avait pas de Paul Pavlowitch, j'étais une mystification, un canular, j'étais pas du genre. Je présentais évidemment certains signes extérieurs d'existence, mais c'était de la littérature.
J'avais déjà rencontré mon éditeur littéraire, Michel Cournot, deux mois auparavant à Genève, après mon retour du Brésil, où paraît-il je ne suis jamais allé. Alors, qu'on veuille bien me dire où j'étais pendant tout ce temps-là ?
L'amour c'est seulement un mot qui chante mieux que les autres.
Je me suis mis à inventer chaque jour des personnages que je n'étais pas, pour parvenir à encore moins de moi-même.
J'avais peur d'aller à Paris à cause des passages cloutés. Etant donné la nature au volant, c'est sur les passages cloutés que l'on a le plus de chance d'être écrasé. C'est étroit, bien défini et le gars au volant peut viser juste.
J'ai essayé de me tirer par la fenêtre pour courir au Moyen-Orient et faire des miracles mais je n'ai pas trouvé de taxi. Ils m'ont ramené à la clinique.
Il avait grise mine. Ou peut-être était-ce le gris de la R6 qui débordait.
L'avocat me regardait entre mes quatre yeux. Je n'en ai que deux en ce moment : un pour me cacher et un pour me voir.
Si Tonton Macoute avait raison et que j'avais un subconscient à prix littéraires, c'est que j'étais exactement ça, un salsifis sans fibre.
C'est son expression favorite, "putain de merde" : il cumule.
Je ne lui ai même pas laissé le temps d'un infarctus. Je l'ai raccroché.
J'étais paralysé d'horreur, mais je m'en foutais, ça ne se voit pas au téléphone.
Je me suis drogué de littérature toute ma vie, alors, c'était dangereux de m'exposer à la réalité, d'un seul coup.
Chaque fois qu'un nouveau jour se pointe, j'ouvre la fenêtre et j'appelle au secours. Je saute sur le téléphone, j'appelle la Croix-Rouge, le Secours Catholique, le Grand Rabbin de France, le petit, les Nations-Unies, Ulla notre Mère à tous, mais comme ils sont parfaitement au courant, qu'ils voient de leurs propres yeux qu'un nouveau jour se lève et qu'ils prennent même leur petit déjeuner pour cette raison, je me heurte au quotidien familier, et c'est le bide. Alors je deviens un python, une souris blanche, un bon chien, n'importe quoi pour prouver que je n'ai aucun rapport. D'où internement et thérapeutique en vue de normalisation. Je persévère, je saute ailleurs, je me débine. Cendrier, coupe-papier, objet inanimé. n'importe quoi de non-coupable. Vous appelez ça folie, vous ? Pas moi. J'appelle ça légitime défense.
> lire la suite