ISBN : 225310860X
Éditeur : Le Livre de Poche (2005)


Note moyenne : 4.07/5 (sur 43 notes) Ajouter à mes livres
Ils se nomment Marius, Boris, Ripoll, Rénier, Barboni ou M'Bossolo. Dans les tranchées où ils se terrent, dans les boyaux d'où ils s'élancent selon le flux et le reflux des assauts, ils partagent l'insoutenable fraternité de la guerre de 1914. Loin devant eux, un gazé a... > voir plus
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Critiques et avis

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  • Par InColdBlog, le 04 septembre 2010

    InColdBlog
    Ces Cris, ce sont ceux que lancent douze poilus de la guerre de 1914 du fond de leurs tranchées de boue gorgées de sang.
    Ce sont aussi ceux, insoutenables, du soldat gazé, agonisant à quelques mètres de là.
    Ou encore ceux, obsédants, poussés jour et nuit par l'« homme-cochon », un soldat fou qu'ils imaginent errant, tel un esprit prisonnier du purgatoire, entre les deux lignes de front.

    Au fil des pages, les monologues intérieurs de ces douze compagnons d'armes vont se succéder, pour s'élever en une sorte de chant polyphonique, de prière incantatoire contre la barbarie et l'absurdité de la guerre.
    Terrés dans leurs tranchées, ils vont, tour à tour, dire leur quotidien, rythmé par les assauts, mais aussi par leurs peurs et leurs douleurs.
    La mort n'est jamais loin, même pour Jules, le permissionnaire qui a la chance de quitter le front pour quelques jours, mais qui reste obsédé par les voix de ses compagnons de galère.

    A la sueur du front. Quand j'ai lu Cris, premier roman de Laurent Gaudé, je n'ai pas fait le rapprochement avec l'auteur consacré par le prix Goncourt en 2004 pour Le soleil des Scorta, et tant mieux, car ça aurait sans doute influencé, malgré moi, mon ressenti.
    En fait, il y a de la pièce de théâtre dans ce texte, et il n'est pas étonnant que l'auteur ait fini par l'adapter pour les planches.
    Les mots et les situations sonnent justes. le style épuré évite tous les excès du genre, pas de pathos inutile, de mélodrame dégoulinant ou d'héroïsme déplacé. Gaudé emmène son lecteur avec ses personnages dans le chaos des tranchées et lui fait éprouver -littéralement- la peur qui noue le ventre en permanence, la terreur à la pensée de mourir, l'angoisse de n'avoir d'autre choix que de devoir tuer pour survivre.

    Lien : http://www.incoldblog.fr/?post/2009/12/30/Monument-aux-morts
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    Critique de qualité ? (13 votes positifs)
    • Livres 3.00/5
    Par mimienco, le 23 juin 2009

    mimienco
    Ils se nomment Marius, Boris, Ripoll, Rénier, Barboni ou M'Bossolo.
    Dans les tranchées où ils se terrent, dans les boyaux d'où ils s'élancent selon le flux et le reflux des assauts, ils partagent l'insoutenable fraternité de la guerre de 1914. Loin devant eux, un gazé agonise. Plus loin encore retentit l'horrible cri de ce soldat fou qu'ils imaginent perdu entre les deux lignes du front : " l'homme-cochon ". A l'arrière, Jules, le permissionnaire, s'éloigne vers la vie normale, mais les voix des compagnons d'armes le poursuivent avec acharnement.
    Elles s'élèvent comme un chant, comme un mémorial de douleur et de tragique solidarité, prenant en charge collectivement une narration incantatoire, qui nous plonge, nous aussi, dans l'immédiate instantanéité des combats, avec une densité sonore et une véracité saisissantes.
    Ce roman est vraiment saisissant. A travers les pensées des différents soldats, le lecteur plonge en enfer, au coeur des tranchés. L'espace d'un roman, on vit aux côtés de ces hommes, dans la boue, au milieu des rats, la peur au ventre; on entend le sifflement des balles, l'impact des obus...
    Ceci laisse penser que ce livre n'est qu'un roman de plus sur la grande guerre; mais Laurent Gaudé, grâce à sa plume si belle, transcende l'aspect narratif de ce roman pour porter les voix de ces soldats et les transformer en un véritable chant, certes funeste, mais commémoratif.
    Servi par une écriture magnifique, Laurent Gadué livre un bel hommage à ces hommes sacrifiés sur l'autel de la patrie.
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    Critique de qualité ? (3 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par yo, le 04 février 2009

    yo
    Cris est le premier roman de Laurent Gaudé, auteur aujourd'hui reconnu grâce en particulier à La mort du Roi Tsongor et Le soleil des Scorta. Dans ce roman, Laurent Gaudé aborde un sujet important et souvent difficile à maîtriser : la Première guerre mondiale. Mais en y apportant la touche reconnaissable dans ses produtions ultérieures, il donne un éclairage très personnel du conflit.

    Pendant la guerre des tranchées, on suit la vie de soldats français. Il y a Jules, qui après un assaut meurtrier, obtient une permission pour rentrer chez lui. Il y a ces camarades, restés dans les tranchées et qui prépare un assaut pour reprendre une position perdue au profit des allemands. Il y a le soldat gazé, perdu sur le lieu d'un ancien combat. Et il y a ces Cris, qui déchirent le ciel, lancés par l' « homme-cochon », soldat perdu entre les lignes de front.

    Ce roman est d'un aspect informatif et documentaire assez faible. Ce n'est pas un livre qui raconte une expérience personnelle (comme pour Dorgèles ou Gabriel Chevalier), et n'est pas non plus un roman d'histoire. On y retrouve bien entendu les réflexions sur l'absurdité de cette guerre, de ces attaques en grand nombre qui laissent beaucoup de soldats à terre. Mais l'apport de Guadé n'est pas à ce niveau.

    Laurent Gaudé aborde vraiment cet événement historique comme un théâtre pour une œuvre de fiction. Si les lieux sont réalistes (la description des tranchées, des attaques), les personnages rencontrés, et le mode de narration font que roman prend une dimension littéraire bien plus qu'historique. Parmi les personnages, il y a celui de l'homme-cochon, métaphore de la situation de l'être humain lors de cette période barbare pour l'humanité. L'homme-cochon revient à son état bestial, dispose de qualités physiques quasi surnaturelles, puisque les soldats qui le pourchassent n'arrivent pas à le cerner. Et lorsqu'une pluie d'obus tombe à l'endroit où il est censé se trouver, l'espoir de le voir mort est vite anéanti par les Cris qu'il pousse. Ce personnage, à dimension mythologique, représente ce qui fait peur aux soldats : cette folie, cette bestialité qui s'est emparé de lui, ils en sont toujours à la limite. D'ailleurs, Barboni finira par y tomber.

    Lien : http://livres-et-cin.over-blog.com/article-24966392.html
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    Critique de qualité ? (5 votes positifs)
  • Par MIOP, le 09 février 2012

    MIOP
    Laurent Gaudé qui n'a pas vécu lui-même les combats de la guerre de 1914-1918, fait, en un court ouvrage, oeuvre de reconstitution. Quelle puissance d'écriture, quelle maîtrise du style et de l'art de la composition faut-il
    posséder pour réussir à imposer, jusqu'à l'insoutenable, un tableau des horreurs des combats, de l'atrocité de la guerre des tranchées.
    N'utilisant que les monologues intérieurs de quelques "poilus", dont un officier, un médecin, un tirailleur séné-
    galais, il peint un tableau de l'attente insupportable de la relève, de l'attaque, du nettoiement des tranchées à l'arme blanche, des bombardements ... c'est atroce et c'est très fort.
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    • Livres 3.00/5
    Par soso335, le 21 octobre 2007

    soso335
    plongée dans les tranchées et point de non retour pour une génération d'homme destinée à de la chair à canon à faire lire aux adolescents pour leur ouvrir l'esprit une jeunesse sacrifiée
    Critique de qualité ? (5 votes positifs)

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Citations et extraits

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  • Par liliba, le 15 décembre 2009

    "Je meurs. Qui se souvient de moi ? Il aurait peut-être mieux valu mourir tout de suite. Je sens maintenant que le gaz a chassé tout l'air de mes poumons, je sens la mort inodore que je respire. Je ferme les yeux. Et je vois. je vois que je ne mourrai pas seul. je vois le siècle et c'est un avorton arraché du ventre de sa mère au forceps. Il est baigné de sang. Ils l'ont roué de coups. Je vois l'homme qui n'a plus de dents, plus de visage. Je vois l'homme qui pense être allé au bout de l'horreur mais qui connaîtra bientôt de nouveaux coups. Je vois le gaz qui rampe dans les campagnes. Je vois le grand siècle du progrès qui pète des nuages moutarde, je vois ce grand corps gras éructer des bombes et éventrer la terre de ses doigts. Le raz de marée qui m'emporte n'était qu'une vaguelette. Je meurs maintenant et cela me fait sourire car il m'est donné de voir, dans ces dernières hallucinations convulsées, les millions de souffrances auxquelles j'échappe."

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  • Par ChezLo, le 09 avril 2011

    Nous ne pouvons ni rapatrier les blessés ni enterrer nos morts. L'ordre était de tenir jusqu'à de nouvelles instructions. Il faut attendre. Les blessés essaient de se protéger contre la pluie. Ils se serrent et frémissent de tout leur corps. Et les morts, au fond des tranchées, se laissent submerger par la vase. Leurs cheveux baignent dans la boue. La pluie, petit à petit, les engloutit. Il faut attendre et s'habituer à la présence silencieuse de ces cadavres que la pluie ne fait pas cligner des yeux ni le froid grelotter. Ils nous tiennent compagnie. Ils nous tiennent.
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