ISBN : 2742777040
Éditeur : Actes Sud (2008)


Note moyenne : 3.75/5 (sur 182 notes) Ajouter à mes livres
2002, dans un restaurant de Naples, Filippo Scalfaro accomplit sa vengeance : il poignarde au ventre un client puis, le couteau sur la gorge, il le force à l’accompagner dehors, le fait monter dans une voiture, prend la direction du cimetière. Parvenu là, il le traîne j... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par Malaura, le 15 août 2011

    Malaura
    Pour Mattéo et Giuliana, la vie s'est arrêtée un jour de 1980, avec la mort de Pippo leur fils de six ans, fauché par une balle perdue lors d'une fusillade dans les rues de Naples.
    Alors que Giuliana, sorte de Colomba napolitaine, ne se résigne pas, lance des imprécations, réclame vengeance et laisse la colère envahir son cœur meurtri, Mattéo n'est plus qu'une ombre et erre dans la ville des nuits entières à bord de son taxi.
    Un soir d'errance, il fait la connaissance, dans un petit bar de quartier, de quatre laissés-pour-compte au grand cœur auprès de qui il trouve un peu de réconfort et d'apaisement.
    Il y a là : une drôle de prostituée, un prêtre adepte des causes perdues, un cafetier roi de l'expresso et un ancien professeur aux mœurs troubles et aux théories incroyables.
    D'après lui, il existerait des portes permettant d'accéder au monde souterrain et l'une d'entre elles se trouverait à Naples.
    Mattéo se prend alors à espérer et décide de tenter l'impossible : trouver La porte des enfers et ramener Pippo du Royaume des morts.
    Revisitant le mythe d'Orphée, Laurent Gaudé nous livre un roman éminemment sombre et puissant, envoûtant et ténébreux, une tragédie moderne aux visions d'enfer terrifiantes.
    Si l'auteur de "La mort de roi Tsongor" (prix Goncourt des lycéens 2002) et du "Soleil des Scorta" (prix Goncourt 2004) s'accorde une incursion dans le fantastique, celle-ci ne tend qu'à accentuer les douleurs bien réelles de la perte et du deuil dans ce conte crépusculaire qui témoigne également de la difficulté pour tout homme de se résigner face à la mort d'un être cher.
    Homme de théâtre, Laurent Gaudé n'a pas son pareil pour planter des décors, créer des atmosphères et insuffler à ses personnages le souffle lyrique des tragédies antiques.
    Si bien qu'il se dégage de chacune de ses œuvres une force, une profondeur et une humanité qui prend au cœur et aux tripes et ne laisse jamais indifférent.
    Avec ce roman intense et captivant, le romancier, au faîte de son talent, signe une fois de plus un superbe texte .
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    Critique de qualité ? (9 votes positifs)
    • Livres 3.00/5
    Par annie, le 07 août 2008

    annie
    2002, dans un restaurant de Naples, Filippo Scalfaro accomplit sa vengeance : il poignarde au ventre un client puis, le couteau sur la gorge, il le force à l'accompagner dehors, le fait monter dans une voiture, prend la direction du cimetière.
    Parvenu là, il le traîne jusqu'à une tombe et lui en fait déchiffrer l'inscription.
    Puis il lui tranche les doigts des mains et le laisse là, saignant et gémissant.
    1980, dans les rues encombrées de Naples, Matteo tire par la main son fils et se hâte vers l'école. A un carrefour, soudain éclate une fusillade. Matteo s'est jeté à terre, couchant contre lui son petit garçon. Quand il se relève, il est baigné du sang de l'enfant, atteint par une balle perdue.
    2002, après un dernière visite à “tante Grace”, prostituée et travesti qui l'a vu grandir, celui qui a accompli sa vengeance peut enfin quitter Naples et, roulant vers le Sud, partir à la recherche des siens, disparus depuis l'époque du grand tremblement de terre.
    1980 : le deuil a édifié peu à peu un mur de silence entre Matteo et sa femme Giuliana. Matteo ne travaille plus.
    Toutes les nuits, il roule dans son taxi à travers les rues de Naples, sans presque jamais prendre de client.
    Il sait bien ce que Giuliana attend de lui : qu'il retrouve et punisse le responsable. Mais il en est incapable.
    Un soir, les circonstances le conduisent dans un minuscule café-bar, où il fait notamment la connaissance d'un Professeur qui tient d'étranges discours sur la réalité des Enfers et la possibilité d'y descendre…
    On dit parfois d'un écrivain qu'on l'aime parce qu'on s'est attaché à son univers.
    Epique et sonore, tragique ou inspiré, celui de Laurent Gaudé comporte tout un monde de ténèbres.
    Dans les guerres, la pauvreté ou l'exil, l'auteur cherche à faire entendre la dimension solaire dont chaque personnage — habité par sa parole, son vouloir, et comme porté par une incantation à son destin — illumine sa propre trajectoire.
    Si le thème de la vengeance est présent dans La porte des enfers, il n'en constitue pas – loin s'en faut – le motif principal, car la fiction s'en empare pour explorer de tout autres territoires.
    C'est dans la conscience de ses deuils personnels que Laurent Gaudé interroge ici la part de vie que nos morts nous volent, mais aussi la part de présent ou d'avenir que nous leur rendons par nos pensées.
    Ainsi peut s'entrouvrir La porte des enfers et – comme le raconte dans ces pages le vieux Professeur pasolinien – s'accomplir le rêve de Frédéric II : descendre dans les abîmes, affronter la Mort sur son propre terrain.
    Mais dans l'histoire de Matteo, de Giuliana et de leur fils, dans la lente dérive ou la brutale disparition comme dans les expériences des autres personnages aux prises avec leurs enfers personnels, c'est aussi la force du lien (amical autant que familial) qui se confronte à la séparation, à la peine ou au ressentiment.
    Rythmé, puissant et captivant, le nouveau roman de Laurent Gaudé revisite le mythe d'Orphée pour opposer à la finitude humaine la foi des hommes en la possibilité d'arracher un être au néant.
    Laurent Gaudé est un écrivain français né le 6 juillet 1972 dans le XIVe arrondissement de Paris.
    Ancien élève de l'École Alsacienne de Paris, il poursuit des études de lettres modernes à Paris III. Il prépare l'agrégation mais ne sent pas d'attirance pour l'enseignement. Son sujet de thèse porte sur le théâtre.
    Il décide de vivre de sa plume et ses premiers écrits seront pour la scène (1999).
    Il est marié à une femme d'origine italienne.
    Sa première pièce , Combat de possédés, sera jouée en Allemagne et au Royaume-Uni : ensuite viendront Onysos le furieux ( un monologue épique), Cendres sur les mains, Médée Kali, Le Tigre bleu de l'Euphrate... .
    En 2002, La mort du Roi Tsongor, son deuxième roman, lui vaut d'être cité pour le Prix Goncourt et surtout d'être apprécié par les lycéens et les libraires. Deux ans plus tard, son roman Le soleil des Scorta sera un succès de librairie : 80 000 exemplaires vendus avant de remporter le prix Goncourt.
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    Critique de qualité ? (2 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par mimienco, le 23 juin 2009

    mimienco
    4ème de couverture: Au lendemain d'une fusillade à Naples, Matteo voit s'effondrer toute raison d'être. Son petit garçon est mort. Sa femme, Giuliana, disparaît. Lui-même s'enfonce dans la solitude et, nuit après nuit, à bord de son taxi vide, parcourt sans raison les rues de la ville. Mais, un soir, il laisse monter en voiture une cliente étrange qui, pour paiement de sa course, lui offre à boire dans un minuscule café. Matteo y fera la connaissance du patron, Garibaldo, de l'impénitent curé don Mazerotti, et surtout du professeur Provolone, personnage haut en couleur, aussi érudit que sulfureux, qui tient d'étranges discours sur la réalité des Enfers.
    Et qui prétend qu'on peut y descendre. Ceux qui meurent emmènent dans l'Au-Delà un peu de notre vie, et nous désespérons de la recouvrer, tant pour eux-mêmes que pour apaiser notre douleur. C'est dans la conscience de tous les deuils - les siens, les nôtres - que Laurent Gaudé oppose à la mort un des mythes les plus forts de l'histoire de l'humanité. Solaire et ténébreux, captivant et haletant, son nouveau roman nous emporte dans un "voyage" où le temps et le destin sont détournés par la volonté d'arracher un être au néant.
    Mon opinion: Encore une fois, le roman de Laurent Gaudé est un gros coup de coeur pour moi. Dans ce nouveau roman, l'auteur nous livre sa conception de la mort et du deuil et interroge cette problématique de manière particulière. Grâce à une plume toujours aussi fine et belle, l'auteur embarque son lecteur dans un parcours initiatique à la rencontre de la mort. Gaudé nous dévoile alors son imaginaire autour des Enfers et nous dresse des personnages émouvants, complexes. le deuil et la mort ne sont pas traités avec sensiblerie et la manière dont Gaudé traite cette problématique de la souffrance, de la perte peut entrer en résonance avec chaque lecteur.
    Encore une fois Gaudé livre un roman passionnant, bien écrit qui pousse le lecteur à s'interroger sur cette question qui touche le commun des mortels.
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    Critique de qualité ? (5 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par Seraphita, le 15 mai 2009

    Seraphita
    Matteo voit sa vie basculer lorsqu'au cours d'une fusillade dans un quartier de Naples, il perd son jeune fils, Pippo, âgé de 6 ans. Giuliana, son épouse, lui fait promettre de lui rendre son fils, ou, s'il ne le peut pas, de lui donner au moins celui qui l'a tué. Matteo fomente alors un plan de vengeance et découvre le visage et le nom de l'assassin de son fils : Toto Cullaccio. Face à lui, cependant, Matteo est incapable d'esquisser le moindre geste susceptible de lui nuire. Quand il revient près de Giuliana, celle-ci, qui a perdu toute raison de vivre encore auprès de son mari, le quitte. Reste alors pour Matteo la deuxième solution, rendre à Giuliana son fils. Pour cela, il va devoir descendre aux Enfers…
    J'ai beaucoup apprécié la qualité d'écriture de l'auteur : son style est poétique, ciselé. Laurent Gaudé nous offre une réflexion profonde sur l'amour, la mort, la vengeance, l'errance… Un récit très émouvant qui nous touche dans notre humanité caractérisée par la fragilité de la vie.
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    Critique de qualité ? (6 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par kathel, le 15 septembre 2010

    kathel
    Deux moments dramatiques intenses se répondent dès le début du roman, et une foule de questions les accompagne : Filippo, ce jeune homme qui veut tuer ou enlever un mafieux et Pippo, le petit garçon pris dans la fusillade, peuvent-ils être une seule et même personne ? Quelle signification ont les cauchemars de Filippo ? Les parents du petit Pippo, tout à leur douleur, ont-ils vécu plus de vingt ans en espérant accomplir une vengeance ? S'agit-il de quelqu'un d'autre ? Qui sont ces autres personnages qui apparaissent, une prostituée du port, un curé truculent mais condamné par la maladie, un patron de café, un professeur qui n'ignore rien des multiples imbrications entre la vie et la mort ? Car c'est de cela qu'il s'agit dans ce roman, et là où il est très fort, quand il plonge dans les entrailles de Naples, et dans un entredeux où vivants et morts peuvent peut-être, fugacement ou plus longtemps, car le temps n'a plus la même valeur, se rencontrer. Et c'est pour cette partie plus fantastique, plus proche de la mythologie, que l'on va adorer ou détester ce roman.
    Cela doit se remarquer, je suis dans la première catégorie et je me suis laissée complètement emporter. J'étais fascinée à la fois par les côtés réalistes du roman, les épopées nocturnes dans les rues de Naples, la douleur insondable des parents d'un enfant fauché par une balle en pleine rue, la chaleur humaine d'un petit café napolitain et par les aspects irréels de l'histoire, que je ne détaillerai pas ici. L'arrière-plan historique donné par le professeur, contient des découvertes intéressantes, comme l'explication des portraits du Fayoum que je verrai d'une autre façon désormais.
    Ce fut un très grand plaisir de lecture, en apnée complète, et pour une fois, un livre dont j'attendais beaucoup a su me plaire au-delà de mon attente !

    Lien : http://lettres-expres.over-blog.com/article-laurent-gaude-la-porte-d..
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Critiques presse (1)


  • Lecturejeune , le 01 décembre 2008
    Lecture jeune, n°128 - Dans une rue de Naples, le fils de Matteo et de Giuliana meurt sous les balles d’une bande mafieuse. Dès lors, la soif de vengeance prend possession de ses parents et détruit leur vie. Dans les ruelles envahies par les ordures et saccagées par les secousses telluriques, d’étranges personnages se croisent et s’allient pour que la vengeance s’accomplisse. Rien ne peut arrêter le désir d’extermination du père qui, comme Orphée, ose pénétrer au royaume des ombres pour en arracher son fils. Et la folie emporte la mère dont rien n’apaise la douleur.

    Ce récit sanglant et visionnaire modernise magistralement le mythe antique des Enfers. Le lecteur progresse dans la découverte d’une réalité monstrueuse où alternent récits à la première et à la troisième personne, temps présent et lointain passé. Ce choix narratif habile nous entraîne dans le royaume des morts, cet univers de ténèbres et de souffrances, qui donne des frissons d’épouvante.

    Colette Broutin

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Citations et extraits

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  • Par kathel, le 15 septembre 2010

    Je me suis longtemps appelé Filippo Scalfaro. Aujourd'hui, je reprends mon nom et le dis en entier : Filippo Scalfaro de Nittis. Depuis ce matin, au lever du jour, je suis plus vieux que mon père. Je me tiens debout dans la cuisine, face à la fenêtre. J'attends que le café finisse de passer. Le ventre me fait mal. C'était à prévoir. La journée sera dure aujourd'hui. Je me suis préparé un café au goût amer qui me tiendra de longues heures. Je vais avoir besoin de cela. À l'instant où le café commence à siffler, un avion décolle de l'aéroport de Capodichino et fait trembler l'air. Je le vois s'élever au dessus des immeubles. Un grand ventre plat de métal. Je me demande si l'avion va s'effondrer sur les milliers d'habitants qu'il survole, mais non, il s'extrait de sa propre lourdeur. Je coupe le feu de la gazinière. Je me passe de l'eau sur le visage. Mon père. Je pense à lui. ce jour est le sien. Mon père - dont je parviens à peine à me rappeler le visage. Sa voix s'est effacée. Il me semble parfois me souvenir de quelques expressions - mais sont-ce vraiment les siennes ou les ai-je reconstruites, après toutes ces années, pour meubler le vide de son absence ? Au fond, je ne le connais qu'en me contemplant dans la glace. Il doit bien y avoir quelque chose de lui, là, dans la forme de mes yeux ou le dessin de mes pommettes. À partir d'aujourd'hui, je vais voir le visage qu'il aurait eu s'il lui avait été donné de vieillir. Je porte mon père en moi. Ce matin, aux aurores, je l'ai senti monter sur mes épaules comme un enfant. Il compte sur moi dorénavant. Tout va avoir lieu aujourd'hui. J'y travaille depuis si longtemps.
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  • Par Florel, le 26 janvier 2011

    Je suis à genoux devant vous, père, mais ne croyez pas que je suis faible. Je suis forte. J'ai confiance en vous. Vous allez faire pour moi un miracle et je sens déjà la joie monter dans mes veines. Je sais que des hommes comme vous sont capables de choses pareilles. Cela leur coûte, peut être, mais ils sont ici-bas pour cela, pour nous soulager de nos malheurs. Je sais ce qui vient. Les aveugles vont voir. Les paralytiques se mettront à marcher. Je sais tout cela. Je suis prête. C'est l'heure de la résurrection des morts . Tous, un par un, ils vont se lever de dessous la terre et marcher. J'attends avec impatience. Ce ne sera pas un miracle. Juste une réconciliation du Seigneur avec des hommes. Car il nous a offensés. Vous le savez comme moi. Par la mort de Pippo, il m'a jetée à terre et m'a battue. C'était un acte de cruauté et je l'ai maudit pour cela. Mais c'est aujourd'hui l'heure du pardon. Le Seigneur lui même va s'agenouiller devant nous et nous demander de lui pardonner. Je le regarderai longuement, je lui baiserai le front et je lui pardonnerai. C'est alors que les morts se lèveront, car tout sera achevé. C'est bien. Je prie pour que ce jour advienne. Je suis pleine de force. J'attendrai jusqu'à demain je sens déjà la terre qui gronde. Les cadavre bougent. Ils se préparent et trépignent d'impatience. Il ne reste que quelques heures avant que le Seigneur ne se présente à nous. J'ai hâte, mon père, de le voir s'agenouiller devant moi et pleurer avec humilité.
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  • Par sentinelle, le 07 octobre 2008

    Elle se mit à lui frapper la poitrine. Ces coups sur le torse qu’elle lui donnait tout en gémissant – mélange de plainte et de malédiction – n’étaient pas faits pour le meurtrir mais plutôt pour ébranler en lui quelque chose d’obstinément immobile. Il la laissa faire, pensant que ces coups allaient la calmer, mais il y eut ces derniers mots – prononcés avec une colère plus grande encore, ces mots baignés de pleurs qui l’ébranlèrent davantage que les poings serrés qui continuaient de frapper : « Rends-moi mon fils, Matteo. Rends-le-moi, ou, si tu ne peux pas, donne-moi au moins celui qui l’a tué ! »

    Il faillit chanceler. Tout tournait dans son esprit, les paroles de Giuliana, le visage de Pippo, la scène de fusillade, ses errances inutiles. Il ne pouvait ni parler, ni rester une minute de plus devant Giuliana. Il écarta doucement ses mains. Elle se laissa faire avec une docilité d’enfant. Il ouvrit alors la porte d’entrée et, sans rien dire, sortit de l’appartement et dévala les escaliers.
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  • Par ssab, le 21 novembre 2010

    Personne à Naples ne peut se targuer de faire les cafés mieux que moi. Je tiens cela de mon père. Pas le premier, l'autre: Garibaldo Scalfaro. Lui-même le tenait de son oncle. Je sais faire les cafés pour chaque désir, chaque humeur. Violent comme une gifle pour se réveiller le matin. Enrobé et serein pour faire passer un mal de crâne. Onctueux pour appeler à soi la volupté. Robuste et tenace pour ne plus dormir. Le café pour attendre. Le café pour se mettre hors de soi. Je dose comme un alchimiste. J'utilise des épices que le palais ne sent pas mais que le corps reconnaît. L'ingegnere de la 18 dormira bien cette nuit et il se réveillera demain sans avoir la tête lourde. Je souris. Depuis quelques semaines le patron veut mettre en avant mes talents. Il attend les nouvelles cartes qu'il a commandées sur lesquelles il a fait ajouter le «café magie Da Bersagliera». Demandez ce dont vous avez besoin, vos voeux seront exaucés... Il en a profité pour monter le prix, bien entendu. Je vais bientôt être l'attraction de l'établissement... Je souris. Rien de tout cela ne verra le jour. Je vais faire ce soir mon dernier café et il sera pour celui que j'épie depuis des heures: Toto Cullaccio. Et lorsque les nouvelles cartes du patron arriveront, rutilantes, je ne serai plus là, et il n'aura plus qu'à les jeter, en me maudissant.
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  • Par ssab, le 22 novembre 2010

    Les ombres étaient en effet d’une incandescence variable. Certaines brillaient comme des feux follets, d’autres étaient si pâles qu’elles semblaient presque transparentes. C’est la règle aux pays des morts… les ombres auxquelles on pense encore au pays des vivants, celles dont on honore la mémoire et sur lesquelles on pleure, sont lumineuses. Les autres, les morts oubliés, se ternissent et glissent à toute allure vers le centre de la spirale… Dans la foule épaisse de ces dizaines de milliers d’ombres, il distinguait maintenant mille particularités. Certaines pleuraient en se déchirant les yeux, d’autres souriaient, embrassant la terre avec gratitude. Regarde celle-là… elle a les joues baignées de pleurs et sourit. Elle vient de sentir qu’un vivant pense à elle et c’est quelqu’un dont elle n’aurait jamais imaginé qu’il puisse se souvenir d’elle avec autant d’affection. Regarde. D’autres pleurent et s’arrachent les cheveux parce qu’elles pensaient que leur mémoire serait célébrée et découvrent, avec rage, que personne ne songe plus à elles. Ni leurs proches, ni leurs parents. Elles se vident et ternissent. Elles deviennent de plus en plus pâles jusqu’à être totalement translucides et filent vers le néant.
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