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ISBN : 2743626666
Éditeur : Payot et Rivages (2013)


Note moyenne : 3.5/5 (sur 4 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Au lendemain de la mort de Baudelaire, il n'y eut pas que des éloges funèbres et, pour répliquer aux détracteurs du poète, il fallait la plume d'une autorité, celle d'un Théophile Gautier en l'occurrence.
L'article nécrologique que celui-ci publia dans Le Moniteu... > Voir plus
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Critiques, analyses et avis (2)

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    • Livres 5.00/5
    Par Kirsikka, le 01 mai 2015

    Kirsikka
    Ce court livre est une notice de Théophile Gautier qui après quelques avatars sera la préface des Oeuvres complètes de Baudelaire publiée à partir de 1868. Elle débute par le souvenir de la rencontre, en 1849 à l'hôtel Pimodan, alors que Baudelaire était encore inconnu du grand public mais que « déjà son nom commençait à se répandre parmi les poètes et les artistes avec un frémissement d'attente ». Un portrait de Baudelaire, son habit, son aspect, son regard, « tel il nous apparut à cette première rencontre, dont le souvenir nous est aussi présent que si elle avait eu lieu hier, et nous pourrions, de mémoire, en dessiner le tableau ». Et c'est ce que fait Théophile Gautier, il évoque ceux et celles qui étaient présents ce soir-là, le maître des lieux, les muses, les artistes. « Elles sont passées, ces heures charmantes de loisir », nostalgie des groupes dispersés par « les nécessités de la vie ».
    Puis Baudelaire vient apporter quelques jours plus tard à Théophile Gautier un livre de vers, et c'est le début de l'amitié entre les deux poètes que dix ans séparent : Baudelaire voulut toujours garder l'attitude d'un disciple, sans jamais se départir de sa déférence, de son exquise politesse. Car Gautier souhaite contrer la réputation d' « âme satanique éprise du mal et de la dépravation », lui qui a toujours eu la corruption en horreur. Il n'a de cesse d'insister sur l'individualité de Baudelaire, sa pensée compliquée, intense, subtile, bien loin du maniérisme qu'on a pu lui prêter ; un homme convaincu que la perversité originelle était toujours présente, mais qui haïssait le mal, qui avait un « dégoût hautain pour les turpitudes de l'esprit et les laideurs ».
    Quand il aborde la critique de l'oeuvre, et surtout les Fleurs du Mal, Gautier écrit de superbes pages sur le goût de ce qu'il appelle l'artificiel, les odeurs et parfums, l'élégance bizarre, les couleurs, l'Orient, les chats, le rythme des vers. Il rend par sa propre poésie la poésie de son ami, son esthétique, sa philosophie, son travail. Mais « Baudelaire parlait beaucoup de ses idées, très peu de ses sentiments et jamais de ses actions » et jamais Gautier ne fut assez intime pour savoir si l'amour idéal tant évoqué était le souvenir d'une femme réelle passionnément et religieusement aimée, il en conclut donc que le plus sûr est d'y voir une « postulation de l'âme ».
    Cette notice est un hommage, une critique admirative, une volonté de rendre la personnalité réelle de Baudelaire loin de sa mauvaise réputation de l'époque, alors que les Fleurs du Mal avaient été condamnées pour « outrage à la morale publique » en 1857. C'est aussi pour nous une évocation très vivante et pleine de respect par un ami proche, pour lequel Baudelaire a toujours gardé quelques uns de ses mystères.
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    • Livres 5.00/5
    Par Moglug, le 11 octobre 2014

    Moglug
    Th. Gautier nous propose un véritable voyage dans le siècle baudelairien, il nous présente les oeuvres du poète – bien évidemment – mais également ses influences – Edgar Allan Poe – ses amours si discrètes, l ‘époque du Club des Hashischins auquel il appartenait aussi, où je découvre un Baudelaire moins enclin que je ne l'imaginais à la consommation de drogues douces. C'est en ami que Th. Gautier nous fais revivre les dernières semaines de Baudelaire, paralysé, ramené de Bruxelles à Paris par sa famille, ne pouvant plus écrire, l'esprit et l'intelligence toujours en alerte et prêts à créer.
    J'ai passé un très beau moment en lisant les lignes de Théophile Gautier. Il a ravivé encore une fois mon envie de relire Baudelaire, Les Fleurs du Mal, Les petits poèmes en prose, mais aussi ses traduction d'Edgar Poe.

    Lien : http://synchroniciteetserendipite.wordpress.com/2014/10/11/charles-b..
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Citations et extraits

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  • Par Kirsikka, le 01 mai 2015

    Les Fleurs du Mal étaient un de ces titres heureux plus difficiles à trouver qu'on ne pense. Il résumait sous une forme brève et poétique l'idée générale du livre et en indiquait les tendances.Quoi qu'il soit bien évidemment romantique d'intention et de facture, on ne saurait rattacher par un lien bien visible Baudelaire à aucun des grands maîtres de cette école. Son vers, d'une structure raffinée et savante, d'une concision parfois trop serrée et qui étreint les objets plutôt comme une armure que comme un vêtement, présente à la première lecture une apparence de difficulté et d'obscurité. Cela tient, non pas à un défaut de l'auteur, mais à la nouveauté même des choses qu'il exprime et qui n'ont pas encore été rendues par des moyens littéraires. Il a fallu que le poète, pour y parvenir, se composât une langue, un rythme et une palette. Mais il n'a pu empêcher que le lecteur ne demeurât surpris en face de ces vers si différents de ceux qu'on a faits jusqu'ici. Pour peindre ces corruptions qui lui font horreur, il a su trouver ces nuances morbidement riches de la pourriture plus ou moins avancée, ces tons de nacre et de burgau qui glacent les eaux stagnantes, ces roses de phtisie, ces blancs de chlore, ces jaunes fielleux de bile extravasée, ces gris plombés de brouillard pestilentiel, ces verts empoisonnés et métalliques puant l'arséniate de cuivre, ces noirs de fumée délayés par la pluie le long des murs plâtreux, ces bitumes recuits et roussis dans toutes les fritures de l'enfer si excellents pour servir de fond à quelque tête livide et spectrale, et toute cette gamme de couleurs exaspérées poussées au degré le plus intense, qui correspondent à l'automne, au coucher du soleil, à la maturité extrême des fruits, et à la dernière heure des civilisations.
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  • Par Moglug, le 11 octobre 2014

    Son aspect nous frappa : il avait les cheveux coupés très ras et du plus beau noir ; ces cheveux, faisant des pointes régulières sur le front d’une éclatante blancheur, le coiffaient comme une espèce de casque sarrasin ; les yeux, couleur de tabac d’Espagne, avaient un regard spirituel, profond, et d’une pénétration peut-être un peu trop insistante ; quant à la bouche, meublée de dents très blanches, elle abritait, sous une légère et soyeuse moustache ombrageant son contour, des sinuosités mobiles, voluptueuses et ironiques comme les lèvres de figures peintes par Léonard de Vinci ; le nez, fin et délicat, un peu arrondi, aux narines palpitantes, semblait subodorer de vagues parfums lointains ; une fossette vigoureuse accentuait le menton comme le coup de pouce final du statuaire ; les joues, soigneusement rasées, contrastaient, par leur fleur bleuâtre que veloutait la poudre de riz, avec les nuances vermeilles des pommettes ; le cou, d’une élégance et d’une blancheur féminine, apparaissait dégagé, partant d’un col de chemise rabattu et d’une étroite cravate en madras des Indes et à carreaux.

    Son vêtement consistait en un paletot d’une étoffe noire lustrée et brillante, un pantalon noisette, des bas blancs et des escarpins vernis, le tout méticuleusement propre et correct, avec un cachet voulu de simplicité anglaise et comme à l’intention de se séparer du genre artiste, à chapeaux de feutre mou, à vestes de velours, à vareuses rouges, à barbe prolixe et à crinière échevelée. Rien de trop frais ni de trop voyant dans cette tenue rigoureuse. Charles Baudelaire appartenait à ce dandysme sobre qui râpe ses habits avec du papier de verre pour leur ôter l’éclat endimanché et tout battant neuf si cher au philistin et si désagréable pour le vrai gentleman.
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  • Par LSH, le 04 octobre 2008

    Le poète n'est-il pas comme le soleil qui entre tout seul partout, dans l'hôpital comme dans le palais, dans le bouge comme dans l'église, toujours pur, toujours éclatant, toujours divin, mettant avec indifférence sa lueur d'or sur la charogne et sur la rose.

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  • Par Kirsikka, le 01 mai 2015

    Ces grands alexandrins dont nous parlions tout à l'heure, qui viennent, en temps d'accalmie, mourir sur la plage avec la tranquille et profonde ondulation de la houle arrivant du large, se brisent parfois en folle écume et lancent leurs fumées blanches contre quelque récif sourcilleux et farouche pour retomber ensuite en pluie amère. Les vers de huit pieds sont brusques, violents, coupant comme les lanières du chat à neuf queues et cinglent rudement les épaules de la mauvaise conscience et de l'hypocrite transaction. Ils se prêtent aussi à rendre de funèbres caprices ; l'auteur encadre dans ce mètre, comme dans une bordure de bois noir, des vues nocturnes où brillent dans l'ombre les prunelles nyctalopes des hiboux, et derrière le rideau de bronze des ifs, se glissent, à pas de spectre, les filous du néant, les dévastateurs des tombes et les voleurs de cadavres.
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