ISBN : 2070336484
Éditeur : Editions Gallimard (2007)


Note moyenne : 3.65/5 (sur 105 notes) Ajouter à mes livres
Franz-Georg, le héros de "Magnus", est né avant guerre en Allemagne. De son enfance, "il ne lui reste aucun souvenir, sa mémoire est aussi vide qu'au jour de sa naissance". Il lui faut tout réapprendre, ou plutôt désaprendre ce passé qu'on lui a inventé et dont le seul ... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par LiliGalipette, le 10 juin 2010

    LiliGalipette
    Roman de Sylvie Germain.
    Un petit garçon, inséparable de son ours en peluche Magnus, a perdu tous ses souvenirs d'enfance. Façonné par les propos de sa mère et par une légende familiale, l'enfant grandit dans la fiction. Au fil des années, les souvenirs se craquèlent pour révéler les mensonges et détruire une identité factice. L'enfant devenu homme chemine d'un prénom à un autre: Franz-Georg, Adam, Magnus. Il "a reconstitué une partie du puzzle familial qui ressemble davantage à un tableau d'Otto Dix, de Georg Grosz ou d'Edvard Munch qu'à la peinture romantique que lui présentait sa mère." (p. 65) Après s'être libéré des mensonges d'un passé qui n'était pas le sien, il lui faut trouver qu'il y est et où est sa place.
    J'avais été bouleversée par Le livre des nuits de cette auteure. Cet autre ouvrage est tout autant bouleversant.
    La facture du texte est protéiforme: le récit se compose de "fragments" numérotés de 0 à 29 qui raconte l'histoire de l'enfant. Ils ne sont pas tous dans l'ordre. le premier d'entre eux trouve sa place après le premier tiers du récit. le fragment 0 clôt pratiquement le texte. "Tant pis pour le désordre, la chronologie d'une vie humaine n'est jamais aussi linéaire qu'on le croit." (p. 14)
    Il y a des "notules" au contenu informatif et neutre, pleines d'ironie dramatique quand elles entrent en résonance avec les fragments. Il y a enfin des "séquences", citations d'ouvrages d'art, de poèmes, d'opéras, de lieder et de romans qui illustrent les fragments. Les paroles de Martin Luther King, de Jules Supervielle, de Dietrich Bonhoeffer ou encore de Franz Schubert éclairent le texte comme autant de professions de foi de nouveaux saints.
    L'histoire de Magnus interroge la validité des souvenirs. Les différentes formes du texte s'agencent comme un raisonnement logique: les notules ont valeur de prédicats, les fragments d'arguments et les séquences sont les exemples. le récit devient la démonstration d'une existence: Magnus, ou quel que soit son nom, existe, mais il faut prouver qui il est.
    Le récit des origines est mis à mal. D'ordinaire, il s'agit de se raccrocher à une généalogie, de renouer le lien, de s'inscrire dans une linéarité familiale. Magnus, une fois conscient et horrifié par la souillure familiale, cherche à se libérer de "cette ascendance nauséeuse." (p. 74) Néanmoins, "il a vingt ans, et il est un inconnu à lui-même, un jeune homme anonyme surchargé de mémoire à laquelle cependant l'essentiel - la souche." (p. 116) Magnus est une branche flottante sur les flots de l'Histoire. Magnus enjoint à se méfier des souvenirs inscrits sur un esprit vierge comme une tabula rasa. Les patronymes sont aussi soumis au doute. Si l'habit ne fait pas le moine, le nom ne fait pas l'homme non plus.
    La solitude est tour à tour malédiction et salut. Enfant, le héros ne se sépare pas de son ours en peluche qui est le témoin muet et impassible des évènements d'une vie volée. Puis il y a les femmes, May et Peggy, jalons indispensables mais éphémères de la vie d'homme de Magnus. Enfin, c'est dans le retrait du monde et l'ivresse de lui-même que Magnus trouve la force de tracer sa propre route.
    L'alchimie des langues, de l'allemand à l'anglais et du français à l'espagnol, ouvre un horizon de possibles. En maîtrisant ces différents langages, Magnus peut remonter les différents fleuves de son histoire, jusqu'en Islande s'il osait. Magnus est surtout le produit d'une histoire européenne, le malheureux résultat d'horreurs et de fuites combinées.

    L'auteure m'a encore une fois saisie là où je suis le plus sensible. Je n'en dirai pas davantage sur ce livre. J'ai maintenant hâte de lire les autres oeuvres de Sylvie Germain.

    Lien : http://lililectrice.canalblog.com/archives/2010/06/10/18223230.html
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    • Livres 4.00/5
    Par titouk, le 30 mars 2008

    titouk
    Magnus est un petit garçon qui n'a pas de mémoire. Il est né à 6 ans, il ne se rappelle pas de sa vie d'avant, de son lieu de naissance, de son enfance. Il va être confronté à la guerre, à la fuite et à la vilenie.
    On le découvre enfant élevé par ses parents au milieu de ce que l'on suppose être un camp de concentration. Son père, médecin du camp, semble commettre les pires atrocités. Ce père craint et admiré est un formidable chanteur. Sa mère l'entoure d'une douce indifférence. Puis vient le temps de la dénonciation, de la fuite, des caches et de la crainte de la dénonciation. Les parents se séparent. La mère sombre dans la folie tandis que le père entame un périple autour du monde pour se cacher. Son compagnon reste cet ourson qui porte son nom, seul vestige de son enfance. Magnus grandit et avec lui, ses doutes et ses interrogations sur son origine. Des souvenirs le traversent parfois, de plus en plus violemment. Magnus, l'ourson en peluche est toujours là même après que sa mère soit décédée et qu'il est perdu la trace de son père. Nous le suivons dans son parcours initiatique à la découverte de son moi profond , de ses origines. Ce parcours violent le mènera à croiser de nouveau la route de son père qu'il reconnaîtra grâce à sa voix. Magnus parviendra à trouver des clés, aidé en cela par différents personnages attachants ou étonnants.
    Ce qu'on retient . . .
    La découpe du texte : l'histoire semée de notes et de rappels précisant ici et là le lieu et le contexte ou bien le caractère d'un personnage. le vocabulaire riche et châtié, les descriptions si riches. Une émotion qui nous suit tout au long du roman. Je suis personnellement resté sur ma fin, j'aurais souhaité en savoir plus sur son origine à moins que je n'ai pas déchiffré et compris les derniers paragraphes.
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    • Livres 4.00/5
    Par meyeleb, le 18 septembre 2011

    meyeleb
    Autant vous dire tout de suite qu'il m'a été très pénible de... refermer ce roman. Happée dès les premières pages. Les fragments, comme un puzzle, nous obligent, nous lecteurs, au travail de reconstitution auquel se livre lui-même le personnage principal. Qui est-il ? Peut-il trouver un sens à sa vie sans connaître ses racines ?
    Prégnante, cette façon d'entrer dans l'Histoire par réminiscences, visions soudaines et parfois violentes, contrebalancées par la force de l'amour, la puissance poétique des mots.
    C'était le premier roman de Sylvie Germain que je lisais, (grâce à vous babéliens). J'en redemande!!
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    • Livres 4.00/5
    Par ay_guadalquivir, le 19 avril 2011

    ay_guadalquivir
    Je lisais avec Magnus mon premier roman de Sylvie Germain. Trouvé au hasard chez mon bouquiniste. Magnus est une histoire de recherche de soi, d'abandon de soi. le personnage principal se dépouille peu à peu de lui-même et de ceux qu'il aime, pour atteindre une sorte d'harmonie ascétique, finalement révélée dans des circonstances étranges. Peu à peu, il se dévêt du tragique de sa vie, dont on pourrait penser un temps qu'il constitue le cœur dramatique du roman, pour au bout du bout sentir la vie reprendre en lui. J'ai aimé la poésie simple du texte, les enchevêtrements d'images, les noms donnés à l'aimée (« May, ma si vive mon amante », « Peggy, ma très belle ma douceur »), les jeux de sonorité en allemand, la construction des chapitres sui s'observent, et finalement, la trajectoire du roman.
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    • Livres 5.00/5
    Par canel, le 30 juin 2011

    canel
    A cinq ans, suite à un traumatisme, le petit Franz-Georg est "vierge de tout souvenir", il doit tout réapprendre. Son bagage familial, en revanche, sera lourd : son père est un médecin nazi, qui choisira de fuir au Mexique pour échapper à la justice, et l'adolescent sera alors confié à un oncle exilé en Angleterre.
    Quand les crimes paternels et la complicité muette de la mère font enfin sens pour lui, Franz est prisonnier de ce poids. Se sentant "comme un intrus" chez son oncle londonien, Franz-Georg, rebaptisé Adam, part sur les traces de son père au Mexique... On le suit de l'Amérique à l'Europe, entre oubli et réminiscences, amours et deuils, accompagné de son ourson Magnus, aux yeux de renoncule...
    Après "L'inaperçu", je suis, une seconde fois, admirative et sous le charme du talent de Sylvie Germain. La destinée de Franz-Georg/Adam est présentée comme un conte beau et cruel. le récit foisonne de réflexions justes, poignantes et profondes. L'écriture est à la fois percutante et fluide, fine, sans fioritures. C'est parfois poétique, mais jamais posé, ni artificiel... Bref, c'est magnifique, émouvant, à la fois riche et sobre.
    PS : j'aime beaucoup la couverture, pour l'ourson d'abord, qui semble bien sympathique, et parce que cette peluche s'avère fidèle à la description de Magnus, ensuite...
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Critiques presse (4)


  • Lecturejeune , le 01 mars 2006
    Lecture jeune, n°117 - Après Un Secret de Philippe Grimbert en 2004, Magnus s’est vu décerner le Goncourt des lycéens, ce qui prouve bien que les adolescents sont sensibles au thème de l’holocauste comme à celui de la quête d’identité. Un roman très sombre, très bien écrit, qu’il faut prendre le temps d’apprécier malgré de courts chapitres. Juliette Buzelin
  • Lecturejeune , le 01 mars 2006
    Lecture jeune, n°117 - L’écriture de Sylvie Germain, fluide, travaillée et poétique, est un délice. La quête d’identité du héros et ses liens avec d’autres identités, elles-mêmes en «souffrance», en souvenir, ou en devenir, donne au récit force et profondeur. Par rapport à d’autres textes de l’auteur, totalement noirs, celui-ci a le mérite d’offrir au ténébreux personnage principal des moments lumineux, des tranches de vrai bonheur. La forme du roman, en revanche, pourrait gêner certains lecteurs. Le récit de vie de Magnus est en effet entrecoupé de courts chapitres, nommés «fragments» ou «interludes». Constitués de points historiques ou d’extraits d’oeuvres littéraires, ils ont le mérite de donner du rythme et de mettre l’intrigue en perspective. On émettra une légère réserve sur la fin, un peu trop ésotérique. Mathilde Valognes
  • Lecturejeune , le 01 mars 2006
    Lecture jeune, n°117 - Qu'est-ce qui fait l'identité d'un homme : le nom ? la langue ? le pays d'origine ? la famille ? Dans sa quête, le personnage de Sylvie Germain éprouve chacun de ces déterminismes sociaux. La réponse sera d'ordre mystique – même si l'amour tient une place spéciale. Dans un style soutenu aux accents parfois lyriques, un puzzle existentiel se compose sous nos yeux, à partir de fragments agencés de manière plus ou moins chronologique. Loin de cette «littérature minimaliste» typiquement française, Sylvie Germain plonge au coeur de l'humain et offre un roman qui résonnera fortement chez les amateurs de bonne, très bonne littérature. Isabelle Debouvère
  • Lecturejeune , le 01 mars 2006
    Lecture jeune, n°117 - Magnus, c’est le nom d’un ours en peluche dont le héros ne se séparera jamais avant la fin du roman, seul témoin de ses cinq premières années. Franz-Georg, dès le début du livre, est happé dans la tourmente de l’histoire de l’Allemagne de 1945, arraché à la sécurité d’un foyer bourgeois : son père, Clémens Dunkeltal, médecin mélomane, disparaît et sa mère Théa n’y survivra pas. Exilé en Angleterre chez un oncle, il est rebaptisé Adam Schmalker. Drames et errances continuent de bousculer sa vie ; il part au Mexique sur les traces de son père puis aux Etats-Unis, pour enfin revenir en Allemagne. Sa vie amoureuse est ponctuée d’autant de rencontres que de deuils, qui paradoxalement lui font retrouver des lambeaux de mémoire… Les jurés du prix Goncourt des lycéens accordent toujours leur prix à des livres forts : cette année, ils n’ont point dérogé ! Magnus déroule la presque impossible construction d’un être rendu amnésique par les fracas de la guerre et totalement égaré par les mensonges d’une «légende» familiale – les horreurs de la Shoah et des guerres en général sont un leitmotiv de l’oeuvre de S. Germain. Mais l’auteur rend possible une certaine réversibilité des situations. Le lecteur n’est pas enfermé dans le cycle infernal d’une tragédie : un espoir de reconstruction existe, fût-ce au prix de paradoxes. Une fois la douloureuse quête de ses origines menée à bien, le héros met autant d’énergie à vouloir encore une fois tout effacer de son passé en un énigmatique dénouement. Le texte se construit autour de fragments numérotés, de notules, échos, résonances savamment agencés, miroir à la fois de cette mémoire émiettée et de ces violents éclats de souffrance. L’écriture polyphonique convoque des textes extraits de la Bible et des oeuvres de P. Celan, M.L. King, C. Delbo, F. Schubert, Shakespeare, T. Hardy, etc. En bref, un grand livre ! Marie-Françoise Brihaye

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Citations et extraits

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  • Par meyeleb, le 18 septembre 2011

    Le chant assaille le corps rompu du chasseur de chimères. C'est le choeur des insectes dans la chaleur vibrante de midi, voix multiple, monotone et vorace. L'air brûlant crisse, grésille, le sol émet de menues stridulations, des fredons sourds. Les insectes brodent de leurs petites voix têtues le silence de la terre recrue de soleil, ils vaquent à leur destin minuscule, à fleur de vide, ils rayent l'heure incandescente de stries vocales comme pour laisser une trace de leur présence dont nul n'a souci, se prouver qu'ils existent, et jouir le plus bruyamment possible de leur passage éphémère en ce monde. Chant d'ivresse, de désolation et de pugnacité. chants des vivants, bêtes et hommes.
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  • Par BoulieBouffeTout, le 24 janvier 2011

    "Magnus aime ces périodes de désordre et d'incertitude qui précèdent les déménagements, le temps se désheure, l'espace familier est bouleversé, les habitudes bousculées. De jour en jour les objets disparaissent dans des cartons, et les caisses s'amoncellent le long des murs de l'appartement. Le lieu que l'on s'apprête à quitter se pare soudain du charme de la nostalgie tandis que croît la curiosité pour le nouveau pays où l'on va s'installer ; les contraires s'entremêlent, le désir tourne entre l'ici et l'ailleurs et les présent vibre dans une douce excitation, tendu entre le révolu et l'inconnu."
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  • Par ay_guadalquivir, le 14 avril 2011

    incipit :
    "D'un éclat de météorite, on peut extraire quelques menus secrets concernant l'état originel de l'univers. D'un fragment d'os, on peut déduire la structure et l'aspect d'un animal préhistorique, d'un fossile végétal, l'ancienne présence d'une flore luxuriante dans une région à présent désertique. L'immémorial est pailleté de traces, infimes et têtues.
    D'un lambeau de papyrus ou d'un morceau de poterie, on peut remonter vers une civilisation disparue depuis des millénaires. A partir de la racine d'un mot, on peut rayonner à travers une constellation de vocables et de sens. Les restes, les noyaux gardent toujours un infrangible grain de vigueur.
    Dans tous les cas, l'imagination et l'intuition sont requises pour aider à dénouer les énigmes."
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  • Par Outis, le 31 octobre 2007

    Ils savent qu’il est vain de vouloir tout raconter, qu’on ne peut pas partager avec un autre, aussi intime soit-il, ce que l’on a vécu sans lui, hors de lui, qu’il s’agisse d’un amour ou d’une haine. Ce qu’ils partagent, c’est le présent, et leurs passés respectifs se décantent en silence à l’ombre radieuse de ce présent.
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  • Par Matimima, le 07 décembre 2008

    Il est des fois des personages en errance qui n'en finissent pas de déambuler dans la nuit du réel, et qui transhument d'un récit vers un autre, sans cesse en quête d'un vocable qui enfin les ferait pleinement naître à la vie, fût-ce au prix de leur mort.
    Il serait une fois des personnages qui se rencontreraient à la croisée d'histoires en dérive, d'histoires en désir de nouvelles histoires, encore et toujours.
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