Auteur belge d'origine flamande mais d'expression française,
Michel de Ghelderode (1898-1962) est surtout connu pour ses pièces de
Théâtre (
La Balade du grand macabre, Fastes d'Enfer, La Farce des ténébreux). Comme leurs titres l'indiquent, l'auteur privilégie les thématiques récurrentes que sont la mort, les ténèbres, le monde du rêve et de l'imaginaire, la peur, l'angoisse et la déchéance.
Ce recueil de nouvelles ne contredira pas l'œuvre théâtrale tant nous y retrouvons les mêmes obsessions. Mais d'abord abordons le style de Michel de Ghelderode : très belle écriture poétique mais encore faut-il ne point pécher par excès tant cette écriture peut parfois mener à un certain raffinement un peu précieux si pas affecté.
Si l'ensemble du recueil présente une merveilleuse unité dans le style et les thématiques abordées, conférant par là une grande aisance dans la lecture, les nouvelles sont malgré tout loin d'être aussi réussies les unes que les autres.
Il n'empêche, de véritables petites pépites jalonnent ce recueil, dont les excellents « le jardin malade » et « Tu fus pendu ». Paradoxalement, c'est une des moins intéressantes nouvelles, «
Sortilèges », qui donne le titre au présent recueil, comme quoi…
Pour en revenir au contenu, beaucoup de thématiques funestes s'en donnent donc à cœur joie : les masques et les fausses apparences, la décrépitude et la putréfaction, l'isolement et l'abandon, l'insondable, le rêve et les fantasmagories, la contagion et l'envahissement... mais surtout cette mort omniprésente, cette mort en mouvement, cette mort récalcitrante, cette mort qui nous hante, qui nous tente et nous fait peur, cette mort qui se joue de nous. Et puis aussi ce rire fugace et tragique à la fois, parfois malicieux, souvent grimaçant tels ces masques de carnaval à faciès drôles et inquiétants à la fois.