Récit d'un séjour en Afrique équatoriale française où l'émerveillement devant la nature sauvage se conjugue à l'indignation face au sort des colonisés. Un des premiers réquisitoires contre le colonialisme, bref, mais efficace et réaliste.
Grand explorateur et grand dénonciateur, Gide observe l'Afrique coloniale, il chasse les papillons et les injustices, raconte ses surprises, casse des lieux communs en en confirmant d'autres. Non, les noirs ne sont pas tous des fainéants, il suffit de bien les traiter et ils acclame le 'gouvernement'... Etrange sensation de lecture : j'aurais souhaité pire, une vision plus caricaturale de la colonisation, une légende noire. Je vois une position raisonnable et le scandale provoqué par le livre à sa sortie m'échappe. Bien souvent cette lecture m'ennuie, le discours me paraît stéréotypé, l'exotisme s'aplatit, le voyage s'enlise. L'Afrique demeure à l'autre bout du monde. Gide n'y comprend rien. Moi non plus.
Il ne me suffit pas de me dire, comme l'on fait souvent, que les indigènes étaient plus malheureux encore avant l'occupation des Français. Nous avons assumé des responsabilités envers eux auxquelles nous n'avons pas le droit de nous soustraire. Désormais, une immense plainte m'habite; je sais des choses dont je ne puis pas prendre mon parti. Quel démon m'a poussé en Afrique? Qu'allais-je donc chercher dans ce pays? J'étais tranquille. A présent je sais; je dois parler.
Mais comment se faire écouter? Jusqu'à présent, j'ai toujours parlé sans aucun souci qu'on m'entende; toujours écrit pour ceux de demain, avec le seul désir de durer. J'envie ces journalistes dont la voix porte aussitôt, quitte à s'éteindre sitôt ensuite. Circulais-je jusqu'à présent entre des panneaux de mensonges? Je veux passer dans la coulisse, de l'autre côté du décor, connaître enfin ce qui se cache, cela fût-il affreux. C'est cet «affreux» que je soupçonne, que je veux voir.
Journée tout occupée à la rédaction de ma lettre.
La Symphonie Pastorale 6/6, film français de Jean Delannoy, sorti en 1946 et adapté du roman d'André Gide. Il remporta la Palme d'or au festival de Cannes en 1946 et Michèle Morgan obtint le prix d'interprétation féminine pour le rôle de Gertrude