> Diane de Margerie (Traducteur)

ISBN : 2752903375
Éditeur : Phébus (2008)


Note moyenne : 3.67/5 (sur 12 notes) Ajouter à mes livres
Nouvelle édition de ce classique de la littérature américaine. Une jeune femme qui ne supporte pas sa condition d'épouse se limite à ces trois seuls centres d'intérêt "autorisés", la Maison, les Enfants, les Mondanités familiales, tombe en dépression grave et accepte de... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par Zazette97, le 13 mai 2012

    Zazette97
    Publié aux USA en 1890, "La Séquestrée" est une nouvelle de l'écrivaine américaine Charlotte Perkins Gilman, auteure d'une dizaine de romans et essais et de plus de 180 nouvelles.
    En attendant la fin des travaux de leur future demeure, un médecin et son épouse emménagent dans une maison de location en retrait de la ville. John, le mari, décide de les installer dans une ancienne chambre d'enfants, la seule pourvue de fenêtres grillagées.
    Il faut dire que l'épouse souffre d'une maladie des nerfs pour laquelle le diagnostic de son mari préconise le repos et le renoncement à tout ce qui pourrait faire empirer son état. La fréquentation des amis est ainsi perçue comme dangereuse et toute activité intellectuelle, à commencer par l'écriture, se veut sévèrement proscrite.
    Cloitrée dans cette chambre qui lui refuse le sommeil, l'épouse développe une obsession autour du papier peint jaune cramoisi qui orne les murs. Bientôt s'en dégagent des formes étranges dont elle est bien décidée à percer le secret.
    J'avais entendu parler de cette nouvelle chez George et si j'étais bien décidée à me la procurer, je me demandais comment je réussirais à acquérir cet ouvrage qui n'est plus édité.
    C'était sans compter sur le hasard d'une visite dans l'une de mes cavernes d'Ali-Baba (comme j'aime les bouquinistes !).
    Voici une nouvelle plutôt courte mais pas moins représentative de la condition des femmes en cette fin de 19ème siècle ouverte à la modernité tant qu'elle n'incluait pas l'émancipation féminine.
    La brillante postface de Diane de Margerie, très justement intitulée "Ecrire ou ramper", nous instruit de ce qu'étaient les moeurs de l'époque et des possibilités restreintes qui se voyaient offertes aux femmes.
    Impossible pour elles de concilier carrière et mariage. La première option, pourvu qu'elle soit financièrement réalisable, engendrait une telle pression sociale qu'il fallait bien finir par céder à la seconde, avec les terribles conséquences que cela engendrait.
    Réduites à leurs rôles d'épouse et de mère, astreintes à l'accomplissement de leurs devoirs conjugaux, nombreuses furent ces femmes à se soustraire de leur condition pour se réfugier dans ce qui fut qualifié de "neurasthénie".
    Se heurtant à l'incompréhension des hommes, culpabilisant de ne pouvoir se satisfaire de ce que ceux-ci attendaient d'elles, elles se soumettaient toutefois à leur jugement, optant pour une passivité traduite en un repos forcé et espérant ainsi retrouver leur équilibre.
    La paranoïa qu'engendre la vision de ce papier peint chez cette femme, séquestrée au sens matériel et psychique, trahit en réalité une révolte silencieuse présentée comme un combat intérieur au nom de toutes ces autres femmes qui comme elles rampent à même le sol, renoncent à l'imagination créatrice, subissent le manque de liberté inhérent à leur condition.
    "La Séquestrée", débarrassée de son ton volontairement naïf, fait état d'une folie foncièrement lucide, réinterprétée et encadrée de façon pernicieuse par le genre masculin.
    Cette nouvelle qui fait largement écho à la vie de l'auteure renvoie également, comme nous le rappelle la postface, aux destins de ses contemporaines Alice James (soeur d'Henry) et Edith Wharton qui avait également régulièrement recours aux visions fantomatiques (Le Miroir, Ethan frome) pour permettre à ces héros d'accéder à une vérité que leur refuse le monde extérieur.
    "La Séquestrée" ou l'histoire d'une femme et de bien d'autres qui se débattent dans l'existence et partent à la rencontre d'elles-mêmes.
    Si tout comme moi vous avez la chance de croiser cet ouvrage délicatement subversif, ne le laissez surtout pas filer !

    Lien : http://contesdefaits.blogspot.com/2012/05/la-sequestree-charlotte-pe..
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    Critique de qualité ? (7 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par Titine75, le 03 avril 2009

    Titine75
    La condition féminine au XIXème est au coeur de ce court roman de Charlotte Perkins Gilman. Ce thème, très présent dans les romans de cette époque, est traité ici de manière tout à fait originale. le confinement sociétal des femmes est matérialisé par un véritable enfermement.
    La narratrice et son mari passent l'été dans une grande demeure louée pour l'occasion. le couple vient d'avoir un enfant. On comprend assez vite qu'ils ne sont pas venus dans le domaine pour des vacances mais pour s'isoler du monde. La jeune femme souffre d'“une simple dépression passagère, un léger penchant à l'hystérie.” Son mari médecin décide qu'elle a besoin d'une cure de repos pour se rétablir. Au début du récit, le mari est présenté comme attentif, aimant et ne voulant que le bien être de son épouse. En réalité ce qu'il cherche c'est à faire rentrer sa femme dans le rang, qu'elle se consacre à ses devoirs : la maison, les enfants et les relations mondaines. Notre narratrice n'a que faire de ce type d'occupation, ne s'intéresse que peu à son enfant : “Il m'est impossible de m'en occuper moi-même, cela me rend trop nerveuse.” Elle aimerait écrire, elle pense que cette activité créatrice l'aiderait à sortir de la neurasthénie.
    La cure de repos imposée par son mari est sévère quant aux activités intellectuelles. Tout l'entourage estime que c'est l'écriture qui a rendu malade la jeune femme. Il faut donc l'empêcher de se livrer à ce penchant. Pour ce faire chaque activité de la journée est prévue, contrôlée. La jeune femme ne peut voir personne, pas d'amis en dehors de la famille de son époux. Ils reçoivent d'ailleurs la soeur de ce dernier, décrite ainsi : “C'est une maîtresse de maison parfaite et convaincue; elle n'a pas d'autre ambition.” L'anti-thèse de sa belle-soeur!
    Celle-ci se confine alors dans sa chambre dont le papier peint jaune et malodorant devient son unique obsession. “Rien que la couleur en est hideuse, douteuse, exaspérante, quant au dessin, il est une véritable torture. Vous croyez l'avoir maîtrisé, mais juste quand vous pensez en avoir fait le tour, voilà qu'il s'inverse et vous laisse ahuri. Il vous gifle, vous assomme, vous écrase - un vrai cauchemar.” La jeune femme est absorbée par le papier-peint jusqu'à la folie.
    Charlotte Perkins Gilman écrit “La Séquestrée” (en vo “The yellow walpaper”) en 1890 et c'est une oeuvre en grande partie autobiographique. La mère de l'auteur l'empêcha très tôt d'exprimer ses talents littéraires. Charlotte tomba en dépression dès le début de son mariage et dut rencontrer un médecin qui préconisait l'isolement total des patients. Ce même médecin fût consulté par Alice James (la soeur de Henry) et Edith Wharton, toutes deux également en dépression comme nous le montre la remarquable post-face de Diane de Margerie. Toutes ces femmes avaient des vélléités créatrices qu'il fallait réprimer, il fallait laisser aux hommes les joies de la littérature.
    La Séquestrée” condense toute cette thématique. La chambre exigüe au papier-peint mortifère est le symbole de la place occupéee par la femme dans la société victorienne. On exigeait d'elle qu'elle soit une potiche sans cervelle, respectable et respectée des autres membres de la communauté. La jeune narratrice voit apparaître une femme derrière le papier-peint qui se libère la nuit. Elle aimerait elle aussi passer derrière le papier-peint, se libérer des obligations qu'on lui impose.
    La Séquestrée” est une oeuvre intense, incandescente. le récit de la folie est saississant, j'ai senti le glissement lent vers la démence. C'est un roman tout à faut essentiel, que m'ont fait découvrir les excellentes éditions Phébus, aussi bien du point de vue littéraire, que du point de vue du témoignage sur la condition des femmes du XIXème.

    Lien : http://plaisirsacultiver.unblog.fr/2009/03/30/la-sequestree-de-charl..
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    • Livres 3.00/5
    Par AmandineMM, le 28 janvier 2012

    AmandineMM
    Dans cette nouvelle, Charlotte Perkins Gilman aborde le thème de la folie et, en filigrane, de la situation de la femme à la fin du 19e siècle aux États-Unis: si les techniques et l'industrie font de grandes avancées, le rôle social attribué à la femme ne change par contre pas du tout. On attend d'elle qu'elle soit une épouse dévouée, une bonne mère, une fée du logis et, ce faisant, on l'enferme dans celui-ci. Ici, cet enfermement est encore accentué : afin de lui donner envie de revenir "à la normale", un mari-médecin emmène sa femme dans une maison de campagne et la "séquestre" là, privée de tout exercice et de tout effort intellectuel. Ce traitement médical n'a malheureusement pas les effets désirés et la patiente sombre lentement dans la folie, suite à l'inattention de son mari qui n'a pas su l'écouter et respecter ses besoins. Cette situation n'est pas seulement romanesque, un tel remède était réellement appliqué aux femmes dépressives à l'époque de l'auteure.
    J'ai donc trouvé cette nouvelle très intéressante du point de vue de la situation de la femme, mais aussi de celui du traitement littéraire de la folie: celle-ci est très bien amenée, progressivement, insidieusement, presque sans qu'on s'en doute. le récit à la première personne permet de sentir de l'intérieur ce que ressent cette femme et comment elle en arrive à son délire final.
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    • Livres 5.00/5
    Par Malice, le 20 mars 2010

    Malice
    Le titre original convient bien à ce livre et assez à propos : " The Yellow Wallpaper"
    Car ce papier peint joue un grand rôle dans cette nouvelle de cette auteure contemporaine d'Edith Warthon et d'Alice James (la sœur d'Henry). Cet horrible papier peint qui est décrit comme très laid est traité par Charlotte comme si c'était un personnage fantastique.
    C'est un petit livre étrange sur le traitement de la folie.
    Le texte est court, cinglant c'est un livre terrifiant concernant la condition de la femme au XIX ème siècle dans la société victorienne. Un livre à la fois bouleversant, émouvant une très belle découverte, un texte magnifique poignant et la postface complète bien ce court texte. Il est même indispensable.
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    • Livres 2.00/5
    Par VivianeB, le 28 janvier 2011

    VivianeB
    Un tout petit roman étrange, ardu à lire mais rempli de symboles par rapport à la féminité et au fémi-nisme dans les années 20. Les ex-plications de la traductrice de l'ouvrage nous éclairent sur la per-sonnalité de l'écrivain.
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Citations et extraits

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  • Par Zazette97, le 13 mai 2012

    J'ai mis longtemps à comprendre ce qu'était cette forme floue, en retrait, mais je suis certaine à présent qu'il s'agit d'une femme.
    De jour, elle est asservie, tranquille. Je suppose que c'est ce motif qui la retient ainsi séquestrée. Cela me tourmente. M'absorbe pendant des heures.
    Je reste étendue de plus en plus longtemps. John dit que cela me fait du bien et que je dois dormir le plus possible.
    Il a même pris l'habitude de me forcer à me coucher une heure après chaque repas.
    C'est une mauvaise habitude, j'en suis convaincue, car, voyez-vous, il m'est impossible de dormir.
    Du coup, cela m'incite à la fourberie car je ne leur dis pas que je suis éveillée - oh non !
    Le fait est que je commence à avoir un peu peur de John. p.35
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  • Par wictoria, le 19 mai 2011

    Parvenue dans les zones lumineuses, la femme s'arrête, mais dans les régions obscures elle s'agrippe aux barreaux qu'elle secoue avec violence. Et pendant tout ce temps, ce qu'elle voudrait, c'est traverser le papier peint. Mais personne ne peut échapper à ce motif tant il vous étrangle. C'est pourquoi il possède une multitude de têtes. Car si jamais elle réussissait à s'évader, ce serait pour que le motif l'étrangle et la renverse - voilà la raison de toutes ces têtes aux yeux révulsés !
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  • Par Malice, le 20 mars 2010

    Ce papier est arraché par lambeaux autour de la tête du lit, aussi loin que je peux étendre le bras tout comme il est arraché en face, au bas du mur. Je n'ai jamais vu un papier plus laid de ma vie.
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  • Par Sand94, le 29 septembre 2011

    "De jour, elle est asservie, tranquille. Je suppose que c'est ce motif qui la retient ainsi séquestré. Cela me tourmente. M'absorbe pendant des heures" (pp.34/35)
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  • Par Sand94, le 29 septembre 2011

    "Pourtant je dois m'exprimer d'une façon ou d'une autre, je dois réfléchir - c'est un tel soulagement !" (p.27)
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