> Anne-Marie Marina-Mediavilla (Préfacier, etc.)

ISBN : 2253002895
Éditeur : Le Livre de Poche

Existe en édition audio



Note moyenne : 3.65/5 (sur 95 notes) Ajouter à mes livres
Un débris de hameau où quatre maisons fleuries d'orchis émergent de blés drus et hauts. Ce sont les Bastides Blanches, à mi-chemin entre la plaine et le grand désert lavandier, à l'ombre des monts de Lure. C'est là que vivent douze personnes, deux ménages, plus Gagou l'... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par horline, le 13 avril 2011

    horline
    Colline a été ma première rencontre avec Giono, j'étais au lycée. J'ai alors découvert un auteur profondément attaché à la terre ainsi qu'à ses traditions ancestrales, un auteur qui témoigne d'une foi inébranlable en la nature, force vivante sacrée qui peut se révéler tantôt généreuse tantôt cruelle envers les hommes.
    Dans Colline, on observe la vie des Bastides blanches, hameau adossé aux Collines du Lubéron, « là où la chair de la terre se plie en bourrelets gras ». C'est un hameau où le temps s'est arrêté, alangui à l'ombre des platanes et où on hume le parfum du désert lavandier tout proche. Pour les paysans qui y vivent, seul « ce qui vient de la ville est mauvais ».
    Pourtant, le jour où l'aîné en fin de vie se met à « déparler », chacun est pris d'un sentiment étrange mêlant inquiétude et incrédulité. Ce coin de Provence recèle bien des mystères dissimulés derrière les fourrés de genêts et Janet a atteint un âge qui lui a certainement permis de percer quelques uns de ces secrets. Ainsi, lorsqu'il annonce la colère de la terre, la peur s'installe progressivement au fur et à mesure que le vieux Janet débite ses « méchantises ». Elle anéantit toute raison : même le silence devient menaçant, comme si un ennemi imperceptible attendait tapi dans les broussailles. le délire de Janet éveille les consciences à propos de la force de la nature, allant jusqu'à suggérer que le simple fait de tuer un lézard avec une bêche inflige une souffrance qu'il faudra expier.
    Dés lors, lorsque la fontaine au centre du hameau se tarit, le discours de Janet apparaît redoutable et visionnaire. le malheur accable le village, et l'incendie qui se déclare sur la Colline s'annonce comme une véritable guerre contre la nature.
    Le regard de Giono sur la nature emprunte le chemin des superstitions paysannes. Des superstitions qui confèrent à la nature une âme, une chair, du sang. Jouant admirablement avec la personnification des paysages, l'auteur nous décrit ainsi le feu comme une « bête souple » qui dévore tout sur son passage, « la fontaine [comme] chantant une longue mélopée qui parle de pierres froides et d'ombres », et la Colline se voit dotée d' « un corps immense qui tremble» de colère. L'auteur rappelle ainsi les liens profonds qui unissent les paysans à la nature et l'unité du monde qui en découle : il coule dans les veines des hommes comme dans les racines des arbres la même vie.
    La nature est partout, elle foisonne dans l'écriture de l'auteur et insuffle toute l'intensité dramatique au récit. Elle confère une poésie particulière qui nous happe dans l'univers des Bastides blanches, nous plonge dans l'inquiétude de ses habitants.
    La langue de Giono, riche en métaphores, est réellement savoureuse.
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    • Livres 5.00/5
    Par brigittelascombe, le 06 juin 2011

    brigittelascombe
    "En faisant Colline,j'ai voulu faire un roman et je n'ai pas fait un roman, j'ai fait un poème"
    Voilà les mots exprimés par Jean Giono à propos du premier opus de sa trilogie de Pan (Baumurge et Regain étant les deux autres).
    Un poème, oui, le pays de Giono, évoqué avec lyrisme,celui de la terre et du soleil et du mistral et des arbres et du ciel, un pays appelé Nature où l'on pénètre attiré par le surplus de fontaine qui chante entre deux sources, tout en essayant d'éviter la sauvagine, cette sournoise couleuvre qui émerge de la touffe d'aspic car "Colline" faite de chair et de sang est sensible, parfois clémente et tendre comme une sève de printemps, parfois violente à l'image de ce Dieu Pan aux sabots de bouc qui joue d'une flute enchanteresse.
    Alors lorsque le mal sourd puis se déchaine dans ce débris de hameau nommé les Bastides Blanches, que Janet le beau père de Gondran déparle, que Marie la petite tombe malade, que le chat noir passe et repasse,que l'incendie se déclare, ils ont peur, c'est la faute à cette Colline vivante méchante et cruelle qui se révolte car ils lui prennent tout.Les superstitions les taraudent tous.Les serpents que Janet l'alcoolique mourant voit sortir de ses doigts sont l'expiation des crimes commis contre la Terre,le calendrier des postes qu'il fixe sont autant de maléfices à éliminer,la sécheresse et le feu sont la foudre de Zeus. La solidarité naitra de ces attaques imaginaires et "l'aube aux mains molles qui jongle avec les pigeons", "le fleuve du vent" , "les flocons de bruit d'eau dans les chemins" renaitront aussi...pour que la joie demeure!
    Sur fond de tragédie une langue unique imagée et bourrue d'un immortel qui tour à tour sourd,bat,saigne ou brule et nous touche de son élan vital.
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    Critique de qualité ? (9 votes positifs)
    • Livres 3.00/5
    Par kathy, le 04 février 2012

    kathy
    Dans un petit hameau, peuplé de quelques âmes et perché sur une Colline, à la fois magnifique, rude et fragile, Janet, le plus vieux des Bastides, qui a longtemps regardé et écouté la nature et en connaît les secrets, est à l'agonie et « déparle ». Ses propos inquiètent. La peur s'infiltre dans les esprits.
    Au même moment la source se tarit, un chat noir traverse la placette, une petite fille tombe malade et un incendie ravage la Colline qui jouxte le bourg.
    Suprématie de la nature, coïncidence, hasard ?
    Ou, pratique de sorcellerie imaginée par le vieux Janet à l'égard des habitants de la Colline qui ne respectent pas la nature ? Car, dit-il : « la terre c'est pas fait pour toi, unique, à ton usance, sans fin, sans prendre l'avis du maître qui tient dans sa main la grande force ».
    Dans ce roman-poème onirique, Jean Giono donne à voir le destin de chacun des membres d'une petite communauté, qui face au déchainement de la nature, face à l'adversité, dévoilera sa vraie personnalité, quitte à frôler la transgression. le lecteur, au départ dans un environnement provençal, poétique, lyrique et familier, est happé par une atmosphère progressivement apocalyptique. S'introduit en lui une étrange contagion de panique.
    Un drame « antique » - l'expiation des crimes commis par les hommes contre la Nature - et une exaltation de la Nature, - conçue comme une personne, non seulement vivante, mais sensible. "Toutes les erreurs de l'homme viennent de ce qu'il s'imagine marcher sur une chose inerte alors que ses pas s'impriment dans de la chair pleine". Une réflexion visionnaire sur les forces du "grand tout".
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    • Livres 5.00/5
    Par Woland, le 29 février 2008

    Woland
    Cela étonnera certains mais, pour l'amateur de fantastique, le rapport est patant entre la "Colline" de Giono et "Le grand dieu Pan" de Machen ou encore "Io" d'Oliver Onions. Car "Colline", roman par ailleurs très bref, conte avant tout l'histoire de la peur ancestrale que la Terre engendre chez l'Homme lorsqu'elle se met en colère. La Grande Déesse paraît alors éclater en une multitude d'entités hostiles et sournoises, toutes bien décidées à en découdre avec ces mortels qui osent les défier ou, sans aller jusque là, s'imaginer qu'ils les ont, tout bonnement, domestiquées.
    L'intrigue se situe aux Bastides, un tout petit village proche de Manosque, dans une campagne provençale dévorée de soleil et d'aridité, où l'eau est elle-même si précieuse que, pour parler d'un dieu aussi impalpable que le vent, l'auteur a recours à une métaphore qui le compare à un fleuve.
    Tout allait bien aux Bastides : le soleil y dardait, l'eau de la fontaine jadis découverte sur les indications du vieux Janet qui "avait le don pour ça", y chantait et le blé venait doucement. Et puis, après que Janet justement ait été retrouvé tout raide, pris d'une attaque dans les champs, les choses ont mal tourné.
    Tout d'abord, c'est le silence qui s'abat sur ce paysage dévoré de soleil. Un silence qui donne l'impression que la terre épie ceux qui la cultivent - un silence qui attend. Mais quoi ?
    Le brutal arrêt du chant de la fontaine peut-être qui, du jour au lendemain, va jeter le désarroi parmi les habitants du village. Certes, on finira par retrouver de l'eau mais bien plus haut, dans un vieux village abandonné et, du coup, les Bastidois se verront obligés de se relayer pour monter y chercher des jarres.
    Alors survient le feu, l'un de ces incendies terribles du Midi qui fonce droit sur les Bastides ...
    A partir de trois fois rien, en se fondant sur son seul instinct poétique, sur sa foi païenne en des forces qui nous dépassent, Giono donne à son lecteur deux niveaux de lecture possibles :
    1) ou bien Jaume, qui finit par rendre Janet responsable de ce qui arrive, a raison et c'est bien la volonté du vieillard aigri qui, puisant ses forces dans sa grande connaissance de la Terre et de tout ce qui s'y rattache, en mal comme en bien, manque de mener les Bastides à leur perte ;
    2) ou bien ce ne sont là que superstitions de paysan inculte, doublées de la rancune que le vieillard a éveillé dans l'âme de Jaume en lui rappelant le suicide de sa femme et en lui laissant entendre que sa fille, Ulalie, couchait avec l'idiot du village, Gagou.
    Quoi qu'il en soit, l'angoisse monte lentement et, si l'on n'était pas en train de lire Giono, on pourrait se croire parfois au coeur d'un pur récit fantastique. ;o)
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    • Livres 1.00/5
    Par mimipinson, le 24 août 2010

    mimipinson
    Cruel est le dilemme : faire ou ne pas faire de critique. Quand un livre plait, ou au contraire ne passe pas, la question ne se pose pas ; il y a à dire quelle que soit l'option. Mais quand un livre laisse indifférente, quand une fois le livre fermé, les yeux sont grands ouverts en voulant dire "oui, et alors que vais-je faire de tout cela maintenant que j'ai terminé ?"
    C'est à peu près l'état d'esprit qui était le mien, au beau milieu de mes vacances, alors que j'étais détendue, heureuse, libérée de pensées parasites qui m'encombre l'année durant, et que j'ai refermé ce livre.
    L'écriture de Giono est belle, les mots sont bien choisis. Il y a un fond d'histoire, qui appelait plutôt à humer une ambiance, à ressentir un terroir.
    Je pensais y sentir la garrigue, le romarin. Je comptais entendre chanter les cigales. Je me réjouissais comme avec Pagnol de cet accent provençal qui sent les vacances et le soleil…..
    J'ai eu beau ouvrir en grand mes narines, pas d'odeur flatteuse.
    J'ai eu beau ouvrir mes oreilles, et là c'est sur, je sais faire, pas de cigales pour bercer les fins de soirées
    J'ai eu beau d'essayer, pas d'accent Provençal à la Pagnol.
    Rien, un livre que l'on ferme comme on éteint une lampe derrière soi pour aller ailleurs…….
    Giono, que je ne connaissais pas, ne m'a pas touchée. Je n'ai pas aimé, je n'ai pas détesté ; j'ai simplement été impassible devant tout cela.
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Citations et extraits

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  • Par kathy, le 04 février 2012

    Ca a pris au tonnerre de dieu, là-bas, entre deux villages qui brûlaient des fanes de pommes de terre.
    La bête souple du feu a bondi d'entre les bruyères comme sonnaient les coups de trois heures du matin. Elle était à ce moment-là dans les pinèdes à faire le diable à quatre. Sur l'instant on a cru pouvoir la maîtriser sans trop de dégâts; mais elle a rué si dru, tout le jour et une partie de la nuit suivante, qu'elle a rompu les bras et fatigué les cervelles de tous les gars. Comme l'aube pointait, ils l'ont vue, plus robuste et plus joyeuse que jamais, qui tordait parmi les collines son large corps pareil à un torrent. C'était trop tard.
    Depuis elle a poussé sa tête rouge à travers les bois et les landes, son ventre de flammes suit; sa queue, derrière elle, bat les braises et les cendres. Elle rampe, elle saute, elle avance. Un coup de griffe à droite, un à gauche; ici elle éventre une chênaie; là elle dévore d'un seul claquement de gueule vingt chênes blancs et trois pompons de pins; le dard de sa langue tâte le vent pour prendre la direction. On dirait qu'elle sait où elle va.
    Et c'est son mufle dégoûtant de sang que Maurras a aperçu dans la combe.
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  • Par horline, le 13 avril 2011

    Depuis le matin où il s’est vu le chef, il a lutté à l’abri de l’espérance ; il était comme un ressort, un coup reçu le jetait en avant. Ce soir, il a rencontré brusquement sur sa route le torrent du désespoir et l’eau furieuse l’emporte.
    Il a peur. Il n’a plus la certitude qu’on va gagner, dans cette lutte contre la méchanceté des collines. Le doute est en lui, tout barbelé comme un chardon.

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  • Par kathy, le 04 février 2012

    La terre c'est pas fait pour toi, unique, à ton usance, sans fin, sans prendre l'avis du maître, de temps en temps. (...) Il est le père de tout; il a du sang de tout dans les veines. (...) et, il tient dans sa main la grande force.
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  • Par kathy, le 04 février 2012

    Ainsi, autour de lui, sur cette terre, tous ses gestes font souffrir?
    Il est donc installé dans la souffrance des plantes et des bêtes?
    Il ne peut donc pas couper un arbre sans tuer?
    Il tue, quand il coupe un arbre.
    Il tue quand il fauche...
    Alors, comme ça, il tue, tout le temps? Il vit comme une grosse barrique qui roule, en écrasant tout autour de lui?
    C'est donc tout vivant?
    Janet l'a compris avant lui.
    Tout : bêtes, plantes, et, qui sait? peut-être les pierres aussi.
    Alors il ne peut plus lever le doigt sans faire couler les ruisseaux de douleur?
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  • Par kathy, le 04 février 2012

    Le chat est revenu deux ou trois fois. Il sort toujours du buisson de mûre; il marche sur le haut de ses ongles, les pattes raides, la tête haute; il passe sans voir les hommes.
    Ou bien il arrive en ondulant, et sa moustache palpe l'air, et ses oreilles pointues cherchent le bruit dans le silence.
    Ou bien, encore, quand on est verrouillé chez soi, on le voit tout d'un coup apparaître sur le socle d'une fenêtre.
    C'est arrivé à la Madelon Maurras.
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Extrait de Un roi sans divertissement, film français réalisé par François Leterrier, sorti en 1963. Il est adapté du roman éponyme de Jean Giono, qui signe lui-même l'adaptation et produit le film.








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