Tout d'abord, je tiens à remercier une Babeliote, grande amoureuse de
Giono (et encore, c'est un doux euphémisme), qui a répondu à ma demande en me conseillant ce livre. Ma première rencontre avec
Giono avait mal fini. le clivage entre cet homme du sud et moi jeune collégien du nord était trop grand, véritable gouffre infranchissable qui s'effritait sous cette lecture scolaire obligatoire. Dès mes onze ans, j'avais déjà divorcé avec l'œuvre de cet écrivain. Ce n'est que bien plus tard que j'ai renoué avec lui par un pur hasard grâce à
L'homme qui plantait des arbres. Cette nouvelle rencontre fut la bonne, véritable renaissance. le chant de
Giono avait pénétré mes veines, et le sang du sud coulant fraîchement me susurrait de poursuivre cette découverte. C'est à ce moment que grâce à Babelio, je me tournais vers cette source « gionesque » et écoutant son bouillonnement j'entamais
Que ma joie demeure.
Ce livre est un hymne, comme souvent chez
Giono. Véritable symphonie du monde agricole à la recherche du bonheur perdu. Ces paysans sont riches, mais ils sont pauvres intérieurement. le monde moderne tue et isole selon
Giono. Et encore une fois, sa foi en l'homme, ici un artiste de cirque qui jouera le rôle du médecin et de l'ingénieur. Bobi est un porteur de joie : « j'essaye de leur donner de la joie. » (Chapitre XII)
Chaque nouvelle amélioration est précédée par une longue description de la nature, véritable feu d'artifice qui ranimera le cœur de ses paysans, les réunira dans leur quête. Petit à petit, les idées simples de Bobi infusent dans les têtes, développant leurs arômes dans les alentours, se répercutent pour finalement s'épandre et s'exhaler chez chacun.
Jourdan reprend les idées de
Giono, c'est lui qui a foi en la nature humaine, attendant un sauveur qui le guérira. Ce messie, ce sera Bobi, homme simple, qui nous rappelle un peu Elzéard Bouffier, autre personnage de
Giono. La solution est simple : « quand l'homme veut » (chapitre VII), « c'est au fond de leur cœur. Il y a encore de l'espoir. » (Chapitre VIII). C'est encore Bobi qui leur fournit la raison de ce retour, de ces changements : « que reste-t-il, si ce n'est un hymne à la vie tout simplement » (chapitre VII).
En effet,
Giono nous touche par son lyrisme. C'est un tailleur de phrase, on sent les jonquilles s'épanouir au fil des pages, on ressent la danse du cerf, le bruit de ses sabots résonner dans nos têtes à chaque mot. On surprend les oiseaux entrain de picorer le blé dans les pages non lues. Les mots enivrent dans un rythme de phrases mêlant longueur et description détaillée pour la nature et dialogue court et description superficielle pour les humains ; car au fond l'être humain n'est que superficiel, c'est la nature qui importe, c'est elle qui fait le bonheur. Il y a du Rousseau dans ce texte.
Deux chapitres m'ont énormément plu, la rencontre entre Bobi et le fermier de Fra-Joséphine où il disserte sur la joie : « Tu sais que j'ai besoin de joies. Tu sais que personne ne peut vivre sans joie. La vie c'est la joie. » (Chapitre XII), et le suivant quand
Giono décrit en parallèle les semences mécaniques sur la vallée et celle du plateau. Ces deux chapitres sont à mettre en corélation avec les chapitres XXII et XXIII qui décrivent successivement les moissons et la nouvelle rencontre entre Bobi et le paysan, et marquant la boucle finale du roman. A noter l'antagonisme du ciel qui marque l'ouverture et la fin du roman, deux ciels remarquables aux destins si différents.
Une phrase du chapitre XXIV résume le sentiment qui persiste à la lecture de ce texte : « je suis ton désir de vivre malgrè et contre tout. »
Encore une fois merci à cette grande amatrice de
Giono sans qui je n'aurai sans doute jamais lu ce livre.
Lien : http://leslecturesdepasdel.over-blog.com/article-que-ma-joie-demeure..