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Critiques sur La Violence et le Sacré (3)


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  • Par J-line le 02/05/2012


    Girard analyse les structures sociales ou sociétales ainsi que les constructions symboliques des sociétés les plus diverses, il y décelant une violence en chaîne éveillée par les rivalités propre au désir (en son fonctionnement ou son élaboration mimétique) .
    C'est un survol ébouriffant de l'histoire des hommes et des civilisations qui se propose ici –avec, parfois crispant, un certain jusqu'au-boutisme de sa théorie première qui n'altère cependant pas l'intérêt de la pensée.
    Toujours d'actualité, à relativiser sans doute, mais suffisamment puissant pour donner à penser et permettre la construction d'une réflexion personnelle.
    Pour rappel, Girard soutient que l'homme, en son humanité comme en son identité, serait un être mimétique -y compris au regard de ses désirs. Où tous les ‘objets' du monde seraient alors susceptibles de nourrir la rivalité : nourriture, territoire, femmes… Mais aussi, objets symboliques, fonctions de pouvoir ou de prestance, idéologies.
    Où le désir réel ou supposé de l'un (modèle) nourrit le désir de l'autre (disciple) pour un objet en devenant désirable. Les choses se compliquent dans un renforcement secondaire des désirs ou malentendus : l'objet supposé 'bon' pour le modèle s'impose subséquemment en nécessité au regard des témoins ou disciples.
    Ainsi, ce désir attribué (par hasard, malentendu ou rumeur) fait office de critère objectif. En effet, quand le disciple croit percevoir le désir de "son" modèle, il se mobilise pour obtenir l'objet concerné – attirant ainsi l'attention du modèle qui, par sa tentative ultérieure d'appropriation, confortera ledit disciple en sa croyance.
    Où donc l'imitation généralisée, en chaîne, fera émerger une véritable dynamique pour orienter toutes les volontés vers un objet particulier : laissant croire en sa nécessité. Il s'ensuit un enchaînement violent : désordres et vengeances conduisent à un autre crime qui réclame vengeance.
    En telle situation, le conflit se généralise jusqu'au chaos. Un meurtre peut alors survenir qui entraînera une sorte d'abasourdissement et instituera une pause que la société tentera de reproduire dans toute situation de tension (voire préventivement) : ce sont les crimes rituels et les phénomènes du bouc émissaire.
    Telle victime recouvre une ambivalence statutaire : entachée de négativité avant le sacrifice, elle accède à la positivité par sa mise à mort factrice de cohésion.
    Toute société entretient une liaison mouvementée avec la violence. Une violence initialement destructrice que l'évolution transfigura peu à peu en violence sacrificielle : qui fait lien, réunissant les individus en communauté définitoire. Entre son premier ouvrage ("Mensonge romantique et vérité romanesque", 1961) et le plus récent ("Sanglantes origines", 2011), René Girard consacre son œuvre à l'articulation du masquage et du dévoilement de la violence.
    A lire ou relire…

    critique de qualité ? (2 votes positifs)



    • Livres 5.00/5
    Par DanielGauthier le 10/03/2010


    René Girard a raison... au moins sur deux points : le "bouc émissaire" et le "mimétisme".
    Le bouc émissaire, tout d'abord : quand un groupe humain (société, tribu, clan...) est en crise, doute de lui-même, le mécanisme ancestral, "naturel", est de désigner un bouc émissaire ("ce pelé, ce galeux d'où nous vient tout le mal"...) - individu, sous-groupe, ethnie - qui sera massacré et permettra au groupe de retrouver son unité et sa dynamique (voir "Purifier et détruire", ci-dessus).
    Le mimétisme, ensuite : j'envie l'autre, je veux lui ressembler, le dépasser, être comme tous les autres tout en étant différent... éternelle rengaine de l'esprit humain (La Rochefoucauld : "Un homme bien né est un homme né sans envie".).
    Il y a encore beaucoup d'autres pistes de réflexion dans cet excellent livre, écrit sans jargon, il faut le souligner.

    critique de qualité ? (1 votes positifs)



  • Par courgette le 09/03/2008


    René Girard montre dans cet opus qu'à la base de toute civilisation, il y a la volonté de contenir la violence pour l'empêcher de menacer les membres de la communauté. le sacrifice, animal et humain, est justifié par cette thèse : il s'agit de détourner une violence intrinsèque à l'homme vers un objet considéré comme extérieur à la communauté. Pour ma part, j'ai été assez convaincu par l'ouvrage, je dirai seulement que tout le livre est contenu dans les 3 ou 4 premiers chapitres, le reste relevant d'exemples argumentés...Mais mon impression est bonne, car le livre propose une explication simple et féconde à la structuration des sociétés humaines.

    critique de qualité ? (1 votes positifs)






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