ISBN : 9782226229878
Éditeur : Albin Michel (2011)


Note moyenne : 3.32/5 (sur 25 notes) Ajouter à mes livres
"Vingt-sept ans d'absence. Vingt-sept anniversaires qui ont pris le dessus, année après année, sur le jour de naissance : ils n'ont plus compté l'âge écoulé de Sarah mais mesuré l'attente."


En 1982, Sarah a quitté la France pour Uummannaq au Groen... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 3.00/5
    Par Corboland78, le 25 mars 2012

    Corboland78
    Née à Grasse en 1974, Valentine Goby a effectué des séjours humanitaires à Hanoi et à Manille après des études à Sciences-Po. Enseignante, elle a aussi fondé L Ecrit du Coeur, collectif d'écrivains soutenant des actions de solidarité.
    J'avoue sans honte, car je n'ai jamais prétendu avoir une connaissance particulière du monde littéraire, n'avoir jamais entendu parler de Valentine Goby qui pourtant inscrit à son actif près de sept romans et une douzaine de bouquins pour la jeunesse, sans compter de multiples prix pour couronner son travail. Heureusement cette ignorance va enfin être réparée.
    En 1982, Sarah – vingt-deux ans à cette époque - quitte la France pour Uummannaq au Groenland, depuis sa famille ne l'a jamais revue. Vingt-sept ans plus tard, sa sœur Lisa part sur ses traces. En deux lignes voici le résumé exact de ce livre, du moins dans les faits, car le propos est ailleurs, beaucoup plus dense, beaucoup plus riche que ce que ces deux misérables lignes pourraient vous laisser entendre.
    Un livre sur la douleur et l'ignorance qui vous ronge, plus encore lorsque votre enfant disparaît sans qu'on sache si elle est décédée ou pas, s'il lui est arrivé malheur ou si elle a décidé de vivre sans vous à jamais. Cette tragédie sera ressentie différemment selon les membres de la famille, le père semble plus fort mais il intériorise « Et s'il avait moins mal qu'elle, en effet ? S'il pouvait vivre avec cette douleur au lieu de vivre en elle ? », la mère veut croire au retour de Sarah et ne vit plus que dans cet espoir, journées passées à l'aéroport pour guetter les voyageurs revenant du Groenland, affichettes distribuées, actions rituelles pour conjurer la malédiction etc., Lisa la sœur cadette voit sa place dans le giron familial contestée par cette absente et à sa douleur s'ajoute celle de ses parents « Lisa sait leur chagrin, et putain elle l'éprouve. Les hait de le lui imposer, en plus de celui qu'elle porte ». Des années de survie, dans l'attente d'un signe, d'une trace tangible que Sarah pourrait revenir si elle le désirait.
    Entre temps, Lisa s'est mariée et a eu des enfants, un jour elle décide de se lancer sur les traces de sa sœur, non pas pour la retrouver physiquement, puisqu'on sait que « Sarah a quitté Uummannaq par bateau et n'a jamais atteint Ilulissat » mais pour sentir sa présence et partager avec elle, les derniers lieux qu'elle a fréquentés, grâce aux photos qu'on a retrouvées dans son sac à dos resté à bord du bateau.
    Valentine Goby en profite pour nous plonger dans la vie des pêcheurs/chasseurs de ces régions reculées du monde, leurs conditions rudes et dépendantes de la nature, une nature qui subit les assauts du réchauffement climatique, la banquise qui fond et la vie qui meurt inexorablement. Parfois le style rebute, quelques phrases de construction atypique déroutent, mais tout est parfaitement décrit et documenté (recherches agronomiques sur l'oignon, vie dans le Grand Nord…) et nous sommes pris par ce texte absolument magnifique, gorgé d'émotions et de sensibilité. Sarah souffrait, ses parents et sa sœur souffrent de son absence, les populations de la banquise souffrent de la disparition de leurs terres, seul le lecteur se réjouit d'être tombé sur un si beau roman, même s'il le referme avec l'œil humide. Un magnifique moment de littérature.
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    • Livres 3.00/5
    Par yv1, le 29 août 2011

    yv1
    je me suis un peu ennuyé dans le milieu du livre. Trop d'introspection qui tourne un peu en rond. La maman notamment est omniprésente, et sa dépression permanente est un peu trop décrite, trop présente par rapport à la vie de Lisa au Groenland et la recherche de sa propre personnalité. La perte d'un enfant est intolérable, insupportable, certes, mais je m'attendais plus à un roman initiatique pour Lisa qu'à un état des lieux de la dépression maternelle. Un peu beaucoup, un peu déprimant pour le lecteur aussi, surtout si l'on y ajoute, le froid glaciaire, la fin prévisible de certaines régions polaires. En plus, plus de soleil chez nous, alors que la glace fond aux pôles. Rien ne va plus ma p'tite dame. Tout fout le camp, on ne sait plus comment s'habiller (et il ne doit pas faire beau en mer = private joke, seuls quelques initiés, très rares, qui ne lisent pas forcément mon blog, comprendront. Pour les autres, je suis désolé, je n'ai pas pu m'en empêcher !)
    Heureusement, la fin du livre revient sur Lisa et sur son séjour sur la banquise. Là, elle est en face d'une catastrophe écologique et humaine, et elle relativise ses propres tourments. Sa rencontre de gens dans la misère, dans des situations inextricables l'aideront à avancer.
    Valentine Goby garde tout au long du livre son style nerveux et décousu, et même si parfois les phrases se font plus courtes, c'est juste un changement de ponctuation. le point remplace la virgule, mais ni le rythme, ni le plaisir de lecture ne sont amoindris.
    Un roman qui n'emporte pas totalement mon adhésion par sa trop forte propension à s'apesantir sur la détresse maternelle au détriment de la reconstruction de Lisa et de la description de son séjour polaire, mais qui, par son écriture m'a vraiment accroché.
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    • Livres 3.00/5
    Par ppette007, le 27 mars 2012

    ppette007
    Sarah, 22 ans, est une jeune fille tombée en dépression suite au décès de sa meilleure amie. Autrefois voyageuse invétérée et passionnée, elle n'a maintenant plus la force d'entreprendre un nouveau périple jusqu'au jour où elle annonce à sa famille qu'elle souhaite se rendre au Groenland. Contrée d'où elle ne reviendra jamais. Accident ? Meurtre ? Disparition volontaire ? Ses parents et sa soeur cadette Lisa ne le sauront jamais et se heurteront à l'inaction des autorités car Sarah était majeure. Comment fait-on le deuil d'un proche dont on a toujours l'espoir qu'il revienne ? Comment vit-on avec l'absence d'une enfant, d'une soeur ? L'existence de la mère ne sera plus jamais la même, incapable qu'elle est d'être autre chose que la mère de Sarah, épouse, enseignante ou mère d'une autre enfant. le père, lui, arrivera peu à peu à retrouver goût à la vie. Quant à Lisa, elle tentera d'exister et d'affirmer sa propre personnalité. C'est plus de vingt sept ans après la disparition inexpliquée de sa soeur adorée, alors que celle-ci va officiellement être déclarée décédée, que Lisa décide de partir sur ses traces dans un voyage initiatique au Groenland. Elle y découvrira la difficile condition des habitants, condamnés à renoncer à la pêche du fait de la fonte des glaces.
    Valentine Goby signe un roman fort et empreint d'une grande tristesse. Néanmoins l'atmosphère ne devient jamais oppressante car l'auteure prend soin de mêler les époques et les espaces. Nous alternons ainsi entre les années 80, le moment de la disparition de Sarah et les recherches désespérée entreprises par sa famille pour la retrouver, l'évolution des rapports dans cette famille où chacun essaie de gérer son chagrin et l'exploration désenchantée du Groenland par Lisa. de même, les grands espaces du Nord succèdent à l'intérieur étriqué de l'appartement des parents qu'ils quittent rarement pour ne pas risquer de manquer le retour de leur ainée.
    Le roman est construit autour du thème de l'effacement et de la souffrance qu'il engendre: la disparition de Sarah semble faire écho à la disparition de la banquise, l'effacement du corps de Lisa qui tombe dans l'anorexie est un moyen pour elle de ne plus être transparente pour les autres. Valentine Goby réussit à traduire les émotions des proches de Sarah avec une incroyable justesse. Son style nerveux, fait de phrases courtes et de jeux sur la ponctuation, contribue à accroitre la tension. Tous semblent au bord du précipice dans ce livre où la souffrance psychologique et la fragilité des uns et des autres est palpable. La violence des situations est également très grande comme dans cette scène de massacre des chiens de traineau devenus trop nombreux.
    Après un début saisissant et un petit passage à vide dans le milieu de l'ouvrage, l'auteure nous emporte pour de bon dans le voyage de Lisa en quête de sens et de renaissance, un voyage marquant pour le lecteur à n'en pas douter.
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    • Livres 5.00/5
    Par chocobogirl, le 06 septembre 2011

    chocobogirl
    1982. Aéroport de Roissy. Une famille accompagne la jeune Sarah, 22 ans, pour son départ vers Uummannaq, au Groenland. La tension est palpable.La mère se retient de pleurer et d'être trop pressante. le père rassure et Lisa, sa soeur plus jeune de 7 ans, ne dit mot.
    C'est qu'après la mort de sa meilleure amie, Sarah avait abandonné tout vélléité de voyage, elle qui parcourait inlassablement le monde. Sarah doit revenir quelques mois plus tard retrouver sa famille pour l'été. Pourtant, sa famille ne l'a reverra jamais, Sarah n'est pas dans l'avion de retour et on ne retrouve aucune trace de la jeune fille.
    Commence alors pour ses parents et sa soeur Lisa, un travail de deuil impossible et le récit de 27 années ravagées par l'absence et l'ignorance. 27 ans nécessaire à Lisa pour suivre les traces de sa soeur et partir à son tour sur la banquise.
    Je n'avais jamais lu Valentine Goby mais je peux dire tout haut que ce roman est un véritable coup de coeur !
    Avec Banquises, l'auteur plonge véritablement dans les entrailles de la souffrance et de l'ignorance de la disparition d'un enfant ou d'une soeur. le texte alterne les époques : tantôt nous découvrons les conséquences immédiates du non-retour de Sarah, tantôt nous sommes projetés dans le présent de Sarah, désormais femme et mère. S'intercale des passages familiaux au fil de ces 27 années.
    Valentine Goby laisse la parole principalement à Lisa, la soeur, tout en ménageant des intermèdes où nous partageons le vécu de la mère ou du père.
    L'écriture m'a quelque peu déstabilisée au début. Valentine Goby bouleverse la construction des phrases, met des virgules à la place de point, inverse l'ordre des sujets et de compléments.
    Et pourtant, on se laisse peu à peu emporter dans le rythme du récit dont l'alternance de narrateur et d'époque évite l'ennui et provoque l'attente chez le lecteur.
    Alors de quoi parle Banquises, me dirait vous ?
    Banquises est un récit magnifique sur l'absence, sur la douleur de la perte quant celle-ci n'est pas totalement avérée, sur le deuil impossible.
    Nous allons suivre la famille de Sarah dans son difficile parcours : l'attente infinie à l'aéroport à traquer tous les vols où Sarah pourrait descendre, l'attente interminable du coup de fil de Sarah, l'obligation d'être présent à la maison afin de ne pas rater sa venue ou son appel, les démarches auprès des autorités réticentes (elle est majeur et fait ce qu'elle veut...) pour retrouver des traces de Sarah, les affiches distribuées pour trouver un témoin, l'impossibilité pour le couple de se donner encore du temps pour l'amour, etc....
    Sarah la disparue, Sarah l'absente, Sarah qui va obligatoirement revenir... Une Sarah qui monopolise toute l'attention, toute la vie. Une Sarah qui éclipse une Lisa....
    Car si la quête désespérée des parents est totalement poignante et bouleversante par son désespoir devant lequel personne ne peut rester indifférent, l'histoire de la vie de Lisa est tout aussi prenante. Lisa, jeune soeur de Sarah, devient totalement transparente pour ses parents et sa vie semble presque contestée par rapport à celle de la disparue. Comment vivre et continuer à exister ? Comment se construire sur l'absence d'une autre ? Comment surmonter sa propre douleur tout en portant celle de ses parents ?
    Lisa construit sa vie malgré tout. Elle est mariée, a 2 enfants mais la soeur manque toujours.
    Peu à peu, le désir d'aller sur les traces de sa soeur, de parcourir les derniers lieux où elle serait allée pour voir ce qu'elle aurait vu, se fait jour. 27 ans plus tard, c'est donc à Lisa de partir pour le Groenland. Son voyage se fait initiatique. Elle découvre une terre, ses habitants, une autre façon de vivre. Un lieu où la disparition a aussi force de loi. Car le Groenland voit ses terres disparaitre. La banquise rétrécit, suite au réchauffement climatique, la population s'amenuise et les chiens de traineau en surpopulation, sont abattus par nécessité.
    Valentine Goby nous parle ici d'une monde qui s'efface, qui nous efface peu à peu de sa surface. Banquises est un sublime roman désenchanté. Bref, Banquises est un concentré de finesse et d'émotion qui bouleversera son lecteur par la force de son écriture et son récit !
    Un des livres de la rentrée à ne pas rater, à mon avis !!

    Lien : http://legrenierdechoco.over-blog.com/article-banquises-valentine-go..
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    • Livres 4.00/5
    Par Lagagne, le 01 octobre 2011

    Lagagne
    Pour moi c'est simple : l'écriture de Valentine Goby me touche toujours autant.
    Nous partons ici en quête de réponses, en quête d'identité, en quête d'amour. La mère, le père, Lisa, tous sont en quête d'eux-même. "Mère", "père" "soeur" de Sarah : oui, mais ne sont-ils que cela? et la réponse est-elle la même pour tous? Il apparait rapidement que la mère, justement, ne se définit plus que comme "la mère de Sarah". Elle n'est plus la femme de son mari, plus la mère de Lisa, plus une enseignante. le père lui m'a paru plutôt équilibré dans son genre. Il essaie de trouver une place pour chaque chose : le père, le spécialiste des oignons et l'homme. Rien n'est simple à gérer mais il essaie. C'est ce qui m'a particulièrement plu dans ce personnage. Lisa elle cherche surtout une identité propre, une reconnaissance. Soeur de Sarah oui, mais pas que. Mère de sa propre mère parfois, elle devient même anorexique pour exister, pour ce rendre visible. Finalement c'est l'écriture qui semble lui apporter cette existence indépendante qu'elle recherche tant. C'est finalement 28 ans plus tard, qu'elle se sent capable, qu'elle ressent le besoin de partir sur les traces de sa soeur. Elle va tenter, sur la banquise, de reconstituer le lien qu'elle a perdu, avant que la glace ne fonde, disparaisse à jamais. Sarah enfin. Une soeur dressée en modèle, une fille adorée, une vraie passionnée en quête d'absolu. Cet absolu atteint puis perdu. Elle disparait. Choix? Accident? Crime? En tout cas elle n'est plus pour les autres.
    Un magnifique portrait d'une famille marquée par l'absence, en pleine déroute et recherche d'elle-même.
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Critiques presse (2)


  • LeMonde , le 21 octobre 2011
    Il y a dans ce livre de Valentine Goby une générosité et un espoir que les malheurs ne parviennent pas à altérer. Une foi, si l'on veut, s'arrachant à l'absence. Au vide. Au silence. D'aucuns appelleraient cela l'humanité. "Que pourrais-je vous donner de plus grand que mon gouffre ?", écrivait le poète Paul Valet.
    Lire la critique sur le site : LeMonde
  • Telerama , le 21 septembre 2011
    Après les affres de la passion sous l'Occupation (L'Echappée belle) et le supplice de l'avortement (Qui touche à mon corps je le tue), elle traite avec la même sensibilité ondoyante d'une autre détresse : la disparition.
    Lire la critique sur le site : Telerama

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Citations et extraits

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  • Par yv1, le 29 août 2011

    Elle [Lisa] dort, anesthésiée, jusqu'à ce qu'une main tambourine à sa porte. [...] De l'autre côté de la porte, la mère et le père prêts à partir, sac à main, clés de voiture. Lisa jette un oeil à la pendule, 7 heures trente, vous allez où ? A l'aéroport. Passer des annonces sonores, attendre dans les halls d'arrivée, faire la queue au comptoir Scandinavian Airlines, harceler les hôtesses, les douaniers, la police si Sarah ne se montre pas. Qu'elle reste à l'appartement, elle, surtout ne pas sortir il faut quelqu'un près du téléphone, qu'elle commande une pizza si elle a faim mais vite, pas de conversation prolongée, laisser la ligne disponible, à tout à l'heure. (p.51)
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  • Par Corboland78, le 25 mars 2012

    La mère n’a jamais changé de coiffure, ses cheveux tombent sur ses épaules, mais elle a fait une couleur hier, à cause des cheveux blancs. Un brushing ? Elle répond non, elle n’a jamais eu de brushing. Il pourrait parler à sa place, le père, il pourrait dire les mots qui cognent dans la tête de cette femme, il sent les vibrations de ses terminaisons nerveuses, devine le rythme de son cœur, il fait le compte, quarante-deux ans qu’ils se connaissent, il pense se connaissent plutôt que s’aiment non par manque d’amour, non parce qu’il doute, mais parce que à ce point de la vie ce n’est plus la question, l’amour, il est en elle, elle est en lui, distincts et soudés, bouturés, et ce qu’ils forment pourrait s’appeler chimère, du nom de ces organismes greffés l’un à l’autre, poire et coing, orange et mandarine, qui donnent un même plant mais conservent chacun leur patrimoine génétique. Mêmes, et différents.
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  • Par chocobogirl, le 06 septembre 2011

    La mère n’a jamais changé de coiffure, ses cheveux tombent sur ses épaules, mais elle a fait une couleur hier, à cause des cheveux blancs. Un brushing ? Elle répond non, elle n’a jamais eu de brushing. Il pourrait parler à sa place, le père, il pourrait dire les mots qui cognent dans la tête de cette femme, il sent les vibrations de ses terminaisons nerveuses, devine le rythme de son cœur, il fait le compte, quarante-deux ans qu’ils se connaissent, il pense se connaissent plutôt que s’aiment non par manque d’amour, non parce qu’il doute, mais parce que à ce point de la vie ce n’est plus la question, l’amour, il est en elle, elle est en lui, distincts et soudés, bouturés, et ce qu’ils forment pourrait s’appeler chimère, du nom de ces organismes greffés l’un à l’autre, poire et coing, orange et mandarine, qui donnent un même plant mais conservent chacun leur patrimoine génétique. Mêmes, et différents.
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  • Par Aifelle, le 04 décembre 2011

    "Et ce qu'elle veut, ce à quoi elle renonce quotidiennement mais dont le désir la hante encore, et pour toujours, parfaitement déraisonnable, c'est l'espérance non d'une page nouvelle mais d'un retour en arrière, une plongée dans les limbes de l'histoire, avant la montée de Sarah dans les tubes de Roissy-Charles-de-Gaulle, tapis roulants qui l'emportaient vers les satellites et la piste de décollage, et le Groenland, et le vide, elle veut être avant çà, elle en rêve la nuit croyez-le, toutes les nuits, aucun cadavre ne détruit son fantasme, ne peut l'empêcher de renaître. Avec elle il est, le père ; avec elle contre tous les autres. Et il ne fait pas de commentaire quand, en 2002, la mère change en euros les francs du compte en banque de Sarah, et les billets roulés dans une boîte de pellicule photo où elle les replace, puis referme le bouchon de plastique gris".

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  • Par EMOTION, le 23 septembre 2011

    Il a une voix très aiguë, presque de petite fille, c'est une séquelle du temps de ses jumelles, dit Sylvie. Il leur parlait de cette voix tendre et haut perchée, imitant les leurs, et quand elles sont mortes à l'âge de trois ans la voix est restée bloquée là, dans cette tessiture d'enfant. Parfois il dit : je les ai avalées ! Et il effile ses cordes vocales depuis l'intérieur, provoque un refus d'hormones, gèle le temps en lui vingt ans en arrière.
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