ISBN : 2070120570
Éditeur : Gallimard (2008)


Note moyenne : 3.17/5 (sur 36 notes) Ajouter à mes livres
« Les enfants courent, en bas, dans la rue, ils sortent de l’école avec des bruits d’oiseaux, de billes sous les fenêtres de Lucie L. endormie. Ils traversent le sommeil, léger à cette heure, de Marie G. couchée sur sa paillasse, émoussés par la distance, font éclater à... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 2.00/5
    Par Jemlyre, le 20 octobre 2010

    Jemlyre
    Qui touche à mon corps je le tue... je m'attendais à une sorte de livre/témoignage sur le viol, c'est ce que le titre m'a inspiré de prime abord.
    Et bien que nenni ! Quoique...peut-être le viol, dans le sens large du terme.
    La construction du livre est assez déroutante, il s'agit de trois histoires de vie entremêlées, et quelque chose que je n'arrive pas à identifier dans le style condensé utilisé par l'auteur fait que l'on ne poursuit pas cette lecture avec grand plaisir. Une certaine froideur et un manque d'affect qui sont peut-être appropriés à la souffrance des personnages féminins, obligés de « se dissocier » pour moins souffrir.
    On sent ces pages comme un cri de haine et de douleur ! D'où une certaine violence (qui n'en est pas une) perçue par certains lecteurs.
    Ceci dit, le livre ,ne manque pas d'intérêt et le sujet abordé est grave et difficile.
    Le rapport au corps. Vaste sujet...
    Lucie (on pourrait écrire des pages rien qu'en essayant d'analyser l'étymologie de ce prénom à laquelle l'auteur fait référence. Que symbolise donc cette lumière ? Un changement de la condition féminine ?) a une relation quasi fusionnelle avec sa mère, elle se marie, tombe enceinte et avorte.
    Elle ne se sent vraisemblablement pas prête à devenir mère. Son mari est loin, au front. Est-ce sa façon de dire non au conformisme de la société qui veut que l'on devienne forcement mère et qui condamne très violemment l'avortement ?
    Le corps de Lucie est décrit comme une plaie béante qui se vide de son sang. Pourtant, elle entretient un semblant de relation avec l'embryon qu'elle porte et va même jusqu'à lui donner un prénom. Peut-on voir dans tout ceci une certaine ambivalence ? Lucie sait-elle ce qu'elle veut ou subit-elle les événements ?
    On nous dit qu'elle est à la recherche d'un amant capable de lui prodiguer des caresses susceptibles de la réconcilier avec son corps.
    Non, son corps ne doit pas être qu'une plaie...il faut qu'elle se le réapproprie.
    Marie, « faiseuse d'anges », qui a été mère, femme et maîtresse, est condamnée à la peine capitale. Pourtant, jusqu'à son exécution, elle ne saisira pas la raison de l'acharnement de la justice sur elle. Elle ne pensait pas à mal, elle rendait service...les gens la remerciaient.
    Et pourquoi dit-on qu'elle a été une mauvaise mère ? Elle-même n'a pourtant pas cette impression.
    La description de Marie dans sa cellule est très touchante. Il est difficile d'imaginer ce que l'on ressent à la veille d'une exécution.
    Quant à Henri, le bourreau, il porte le lourd fardeau de ce métier et du suicide de son fils qu'il voulait « rendre plus homme » en l'incitant à assister à une mise à mort. A noter que ce fils a souffert du départ d'une femme que Henri semble avoir très peu en estime.
    Il est également intéressant de voir les aspects décrits de la relation conjugale que le bourreau a avec son épouse.
    En définitive, dans ce roman, les femmes souffrent et le personnage masculin est un bourreau.
    Faut-il extrapoler à cet éternel débat sur la relation homme-femme ? Sur la question de savoir si le corps de la femme lui appartient dans une société prompte à juger telle que celle qui est décrite dans ce livre ?
    Nous pouvons également essayer d'analyser le titre du livre « Qui touche à mon corps, je le tue ».
    Qui a touché aux corps des personnages féminins de ce roman ?
    Je trouve qu'il y aurait énormément à dire sur le sujet et ce livre se prête facilement au débat.

    Lien : http://partage-lecture.over-blog.com
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    • Livres 1.00/5
    Par mimipinson, le 15 juin 2010

    mimipinson
    J'ai lu ce livre dans le cadre d'une lecture commune . Ma première réaction fut de ne pas vouloir le lire dans la mesure où le sujet ne m'inspirait pas du tout. le hasard a voulu que mes yeux rencontrent ce livre…le sort en était jeté.
    Hélas, ma première impression se confirmait assez rapidement ; avec bien du mal je parviens à venir à bout de cette lecture.
    Le récit se déroule sur 24 heures, et a pour cadre 3 personnages dont les destins se croisent et s'entrecroisent. Lucie L. vient de se faire avorter et attend… ; Marie G faiseuse d'anges, est dans sa cellule, condamnée à mort, et attend, elle aussi…….. Henri d'.actionne la guillotine à la prison, il attend l'aube…….
    La lecture a été pour moi pénible, à la limite du supportable. Les propos sont d'une rare violence, et dureté. Certes, les 3 personnages ont des passés douloureux, semés d'embuches. Mais tout de même ; ce n'est pas une raison pour traiter l'avortement de cette manière là. Si la société a longtemps condamné celles et ceux qui transgressaient l'ordre établi, la maternité comme seul voie possible pour les femmes, si le sort réservé à celles qui à cette époque (la seconde guerre mondiale) avortaient ou se faisaient avorter était cruel, un peu de douceur dans ce monde de brutes n'aurait pas fait de mal.
    La construction de ce roman, ne m'a pas plus conquise. J'ai trouvé les phrases longues, trop longues, au point parfois de manquer de souffle pour les lire jusqu'au bout.
    Au fond, je n'ai rien compris à ce récit : ni le sens que l'auteur a voulu y donner, ni les raisons de cette violence. La seule chose que je parvienne à formuler, c'est de dire que cette lecture ne m'a pas plu. En revanche je suis incapable de déterminer la ou les émotions qu'elle m'a inspiré. Rarement une lecture aura été pour moi, à ce point un grand moment de solitude.
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    • Livres 5.00/5
    Par myloubook, le 01 octobre 2008

    myloubook
    Voilà un nouveau roman de Valentine Goby assez sombre. Ici trois histoires se croisent et se mêlent. Celles de Lucie L., jeune femme qui se tord de douleur après avoir avorté ; de Marie G., faiseuse d'anges qui attend son exécution dans sa cellule ; de Henri D., bourreau. le dernier jour, la dernière nuit passent et chacun vit à sa manière ce lent décompte avant l'inéluctable.
    Si le sujet a priori macabre peut faire frémir (ou simplement hésiter) quelques lecteurs, il serait bien dommage de ne pas se laisser tenter.
    Dans ce récit resserré et dense, alors qu'un événement majeur approche et s'apprête à bouleverser leur existence, les trois personnages laissent leurs pensées tourbillonner, songeant à leur enfance, aux éléments marquants de leur vie et à ce qu''ils sont devenus aujourd'hui. Pour des raisons différentes bien que liées, chacun subit l'angoisse écrasante de l'instant présent dans un état de fébrilité qui rend ses réflexions plus lucides et lui permet de percevoir les sensations avec plus d'acuité.
    Ces destins brisés, ces vies tourmentées et indirectement mêlées sont racontées avec l'urgence qui caractérise l'écriture de Valentine Goby et qui rend avec violence et précision les bouleversements intimement vécus par chaque protagoniste. Vibrant hommage à trois personnages que rien ne devait a priori distinguer des autres (comme le rappelle l'anonymat conféré par le prénom banal suivi d'une initiale), ce roman foisonnant d'émotions ne manquera pas d'ébranler son public. Voilà une lecture riche, sublime bien que douloureuse et un roman immense, intensément vécu, absolument magnifique.


    Lien : http://www.myloubook.com
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    • Livres 4.00/5
    Par oops, le 07 juin 2010

    oops
    Un court roman à quatre voix sur l'avortement dans les années 1940. De séquence en séquence, on suit pendant 24 heures les protagonistes : Lucie L., la femme avortée, Marie G., la faiseuse d'anges condamnée à mort, Henri D. le bourreau et la narratrice. L'auteure évoque d'une façon sombre et émouvante la jeunesse de chacun marquée pour les trois par un attachement particulier à leur mère. Puis elle nous fait découvrir avec lenteur l'inévitable basculement de ces destins qui ne font pas l'histoire mais la subissent ! un texte cru et sans doute dérangeant pour certains mais qui mérite vraiment d'être lu justement parce qu'il bouscule.
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    • Livres 1.00/5
    Par MALIKA, le 30 septembre 2010

    MALIKA
    l'avortement en 1940 vécu par 3 personnes ...oui l'idée de base est passionnante et aurait pu donner un magnifique roman ...mais l'histoire n'est pas tout ...c'est le style qui fait un grand roman, et là pour le coup le style est confus, redondant, parfois brutal et ne m'a pas du tout permis de rentrer dans l'histoire de chacun !!!
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Citations et extraits

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  • Par MorganeJollivet, le 14 mai 2012

    Qu'un homme la prenne, me prenne, entière, la peau, le dedans le dehors, les nerfs, le sang les cavités les creux les bosses, les trous noirs, la lumière dans le ventre les pupilles, tout ça serré dans une étreinte totale, qu'on la tienne fort sans que rien ne dépasse qu'on l'embrasse qu'on la presse qu'on la lèche, qu'on la suce et qu'elle jouisse à pleurer, qu'on l'épluche, patiemment, couche après couche, qu'on la délivre des j'ai peur, des je ne peux pas, il ne faut pas, je ne sais pas, des peut-être, du bien, du mal, des bonnes intentions, des craintes de mal faire, de la morale bourgeoise, qu'on lui plaque une main sur la bouche et qu'on noue ses poignets, tais-toi, qu'on la force à jeter une à une toutes les chairs artificielles superposées depuis l'enfance et dans lesquelles elle s'est perdue, où je me perds, invisible, inconnue à moi-même, qu'un homme arrache toutes les peaux mortes et qu'il la trouve recroquevillée dessous, lave brûlante, me trouve, au lieu de ça elle a fait toute sa vie l'amour vêtue comme en hiver, étouffant, elle a vécu comme ça, ensevelie vivante et pourtant persuadée d'être heureuse et en donnant l'image, elle n'a pas fait l'amour elle a fait la morte, sans savoir. Au lieu de l'homme qui aurait pris creusé son corps, l'aurait trouvée à l'intérieur et dont elle aurait dit j'ai envie de toi les muscles tendus comme un arc pensant j'ai envie de moi, un autre homme, raisonnable, a déposé son sperme en elle, s'est déposé lui-même, avec amour sûrement, et puis parce que c'était ainsi, un mariage un enfant, prends donc ce vêtement supplémentaire pour te tenir chaud, son sperme, avec tendresse, ce n'est pas elle, ma mère, qu'il a trouvée au bout de son sexe, ce n'est pas cette matière sanguine et palpitante qui ne ressemble à aucune autre, c'est lui, c'est moi. Moi l'enfant qui a poussé et qu'elle a pris pour elle, toi l'enfant qui tombe avec la sonde, qui s'en va. Je dors encore tout habillée, j'attends l'homme qui me mettra nue, qui me mettra moi, dans je t'aime il y a "je", sans "je" rien n'est possible, mon père mon mari sont des hommes admirables, ils ont lu Kant et Smith, admirent Monet et Renoir et tout le Louvre, ils sont allés à Rome et à Athènes, ils discourent sur le cinéma, fabriquent des machines, savent cuisiner le poulet basquaise et réparer un moteur de voiture, ils goûtent le vin, parlent trois langues, font des dons aux œuvres de charité, vont à l'opéra, ils ont des opinions politiques, ce sont des hommes bons qui épongent nos visages quand nous sommes malades, serrent nos mains dans la douleur, baisent nos fronts au coucher par-dessus toutes les strates accumulées depuis le début de la vie, et aucun n'a su nous en extirper, nous faire jouir, vraiment, nous dépouiller de tout ce que le monde extérieur a jeté sur nos épaules, nous sommes lourdes et rongées de mousses, de coquilles, de lichens, nous mettre à vif, ils ont tout fait, tout su sauf ça, ils ont donné leur sperme, je l'ai rejeté, ma mère l'a pris, elle m'a eue à la place d'elle, voilà, et moi j'espère encore l'homme qui m'attendra, aura cette patience, cette impatience et m'atteindra, par qui je deviendrai vivante une fois pour toutes, qui aimera le goût de mon sel, le goût de mon sexe dans sa bouche par-dessus tout le reste, et moi pareil et définitivement parce que ça ne peut pas être autrement, s'il me trouve je le trouve je le garde, peut-être il sera incapable d'autre chose, d'éplucher les champignons, d'allumer le gaz, de changer un fusible, de remarquer ma nouvelle robe, de discourir sur le naturalisme, de danser la valse, de distinguer le bœuf de la carpe sur sa langue, d'assortir sa chemise à son pantalon, parfois j'en souffrirai parce que je n'y suis pas habituée, je lui apprendrai, ou pas, ça n'a pas d'importance; j'espère cet homme, à en crever, qui ne pourra se passer de ce qu'il aura vu, touché, délivré: moi, ma jouissance, moi vraie, sans défenses, moi dans le désir, dans l'abandon, moi dans la faim, et belle, vraiment je serai belle, ressuscitée, il me dira je t'aime et je pourrai lui répondre, yeux grands ouverts, et sans mentir d'aucune parcelle de mon corps parce que, enfin, j'existerai. Pendant ce temps mon mari a faim, il a froid, là-bas, en Allemagne, peut-être est-il malade, je lui manque sans doute, au moins l'idée d'une femme, consolatrice, j'ai peur pour lui, souvent, et je perds tout mon sang. Je le perds, lui. Lui que j'ai aimé à cause de son amour. Lui que je n'ai pas choisi, je n'ai jamais choisi personne, personne sinon ceux qui m'ont aimée, m'ont enrobée prise en otage dans leur amour, je les ai aimés en retour mais je n'ai choisi que celui que j'attends, il n'a pas même idée de mon existence et c'est lui que je veux. Lui seul. L'homme que j'attends existe, il le faut ou je meurs, j'ai bien une chose à moi, une voix, mais elle ne me tiendra pas toute la vie. Je veux jouir ensemble. Jouir. Jouir. Vivre. Aimer. À en pleurer.
    Est-ce que j'ai eu tort, qui a eu tort de ma mère ou de moi, de mon père, de mon mari, qui n'a pas vu n'a pas su qui j'étais avant que je n'en vienne à ça, risquer ma mort pour survivre, qui n'a pas eu les yeux pour voir, pour me voir, pour ne pas se mirer en moi, qui aurait pu balayer son reflet et me chercher en dessous, me trouver, est-ce que j'ai aimé qu'on me dessine, était-ce plus facile, ai-je voulu ce rapt de moi-même, ai-je le droit d'être en colère, triste, contre qui, contre quoi? Est-ce ma faute? Suis-je victime, bourreau, les deux à la fois, quelle est ma part de consentement, de libre arbitre, où est "je", où est-ce qu'il commence, quand aurait-il dû naître et s'ancrer et dire non refuser repousser tout ce qui n'est pas lui? Quand devais-je être quelqu'un et qui pouvait m'aider, ai-je été faible ou juste pas avertie, le temps est-il rattrapable, est-ce que je peux espérer l'homme qui me tiendra au bout de son sexe, dois-je sangloter sur un fantasme, existe-t-il des réponses à mes questions, en moi, hors de moi, faut-il cesser de penser, de sentir, ou bien cette torture en vaut la peine parce qu'à la fin, peut-être, il y a une promesse de bonheur, une sorte de plénitude où coexistent mon corps ma voix ma tête dans une seule enveloppe palpitante, et tout bat en même temps? Ai-je raison de vouloir? D'espérer?
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  • Par MorganeJollivet, le 14 mai 2012

    Mon vêtement c'est la peau de ma mère. Je passe entre ses jambes, je ne crie pas quand je viens au monde car je n'ai pas quitté sa matrice, elle m'enveloppe, moi je la sens, tiède, douceâtre, elle nous drape elle et moi dans une membrane élastique qui se détend selon la distance entre nous, jamais rompue. Je cherche sa peau, toute la peau exposée de ma mère, je cache mes joues dans son cou, dans ses paumes, je la respire et, parfois, je voudrais la mordre. Nous avons un grand corps, ma mère et moi, son visage est le mien et moi je suis elle, c'est pourquoi nous pleurons et nous rions ensemble. Je prends son visage entre mes mains, je colle mon nez au sien, je le lui dis, qu'elle est magnifique, elle rit, elle dit Lucie, mon amour. Longtemps tout ce qui se dresse entre nous est une douleur abominable, à cause du corps coupé en deux : la nuit, l'école, les disputes. Ma mère s'oblige à me dire non, elle essaie d'être une mère, de toutes ses forces, non tu n'auras pas de biscuit juste avant le dîner, non tu ne sors pas en plein hiver sans ton manteau de laine, non tu ne peux pas te coucher dans mon lit. Cela finit souvent par une porte refermée sur moi, celle de ma chambre où je pleure, comme toutes les filles de mon âge. Alors je colle l'oreille à ma porte, et j'entends en écho les sanglots de ma mère, adossée de l'autre côté. Je crie que je l'adore, je demande pardon, j'ai mal dans mon ventre là où la porte nous sépare, je t'adore et j'ai mal. Quand la porte s'ouvre, ma mère a poudré son visage, ses yeux sont injectés de sang. Son étreinte après, quelle douceur, elle me serre fort, je m'imprime en elle, il n'y a pas de frontière, aucun vide entre nous.
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  • Par MorganeJollivet, le 14 mai 2012

    Si on se colle très doucement au dos de Lucie L. juste tombée dans le sommeil, si on sent la brûlure de son corps en fièvre, les frissons minuscules qui la parcourent, qu'on respire là, dans le creux de son cou, l'odeur de jasmin et de menthe et celle, plus aigre, de sa transpiration ; si on approche sa peau, qu'on passe le doigt, sans les toucher, sur les grains de beauté, comme les enfants relient entre eux des points sur une page d'illustré pour faire apparaître une silhouette, chat, princesse, étoile de mer, sans rien tracer de plus que des arabesques virtuelles, incomparables à celles d'une autre peau ; si on aperçoit les taches de sang noir sur sa chemise de nuit, sur le bord du drap, et aussi ce soleil tranquille, qui palpite sur sa tempe en auréoles floues ; si on regarde autour de soi à partir de ce point du lit où Lucie L. est allongée, où elle dort miraculeusement, qu'on devine les vêtements jetés par terre,la ligne de lumière à l'endroit où les rideaux se séparent, le pupitre vide au fond de la chambre, les partitions en tas sur une commode, piles hautes, vacillantes, que le miroir fend en leur milieu,cette pièce fermée sur ce corps qu'à cet instant la terre entière ignore, on sait que Lucie L. est seule avec sa douleur, elle a mal dans sa chair et dans ces mots, sa chair, c'est le premier, sa, qui compte le plus. Qui peut prendre sa douleur ? Qui peut la lui voler ? Qui peut prendre sa chair ?
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  • Par MorganeJollivet, le 14 mai 2012

    Au-delà de mon corps de ma peau il n'y a rien ou bien l'océan la guerre la maison d'enfance ma mère ils ne sont pas moi ils ne se confondent pas un instant avec moi je me suis découpée selon les pointillés j'ai un tout petit corps qui tient entier dans le miroir il m'appartient. Il va s'en échapper un ange fripé sanguinolent je ne suis ni à ma mère ni à l'ange je suis à moi n'essayez plus de me prendre de me manger de m'avaler de me digérer. Cette douleur c'est moi ce trou ces spasmes ce sang qui va couler c'est moi Lucie L. je suis l'intouchable reflet dans le miroir et même la lumière floue bleue de l'aube qui tapisse la chambre ne m'effleure pas. C'est ma peau mon enveloppe j'habite mon corps j'attends j'ai mal je me réjouis j'attends.
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  • Par MorganeJollivet, le 14 mai 2012

    Dors, Lucie L., moi je choisis de te regarder depuis cette courbe de ton dos, depuis ce point du monde où tu es unique, où tu échappes à toute catégorie, à tout devoir, ni femme, ni fille, ni mère, seulement une silhouette aux contours fragiles, une personne, née d'un long, patient travail de reconquête. Je t'écoute respirer, tu n'émets pas le moindre son, ton souffle est silencieux comme celui des nourrissons, un léger soulèvement de poitrine auquel personne n'accorde d'importance et que j'observe, moi, avec une tendresse infinie. Je sais l'effort que t'a coûté ce souffle, comment tu as gagné ta propre chair, celui qui touche à ton corps tu le tues
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