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Du même désert à la même nuit0Ajouter à mes livres
Une quête de soi à travers les provinces survivantes d’un pays mutilé: l’Arménie. La conquête d’un espace où ensuite il n’y ait plus ni dehors ni dedans. La publication en «Poche Suisse» d’un des meilleurs textes de Vahé Godel.
Préface de Nicolas Bouvier
Une allée revêtue de gravillon rougeâtre, bordée de grands arbres aux feuillages mobiles, entre les troncs desquels on découvre de de vastes zones d'ombres ocellées de lumière où s'exténuent des gerbes cramoisies, conduit à la lisière d'un bois de résineux, et là, se divise en deux chemins herbus qui, à leur tour, se ramifient, mais en tout sens, d'une manière imprévisible, sinuant, s'entrecroisant parmi nombre de touffes, de massifs, de fourrés, parmi d'étranges lacis de vrilles, de lianes volubiles, de tiges flavescentes, qui grimpent dans les ramures, se mêlent aux feuillages, puis s'inclinent vers la terre, comme pour rejoindre leurs origines.
Prendre racine, prendre corps --- prendre langue... Percevoir toute la ramure à travers le réseau clandestin des racines --- comme l'aveugle à qui les moindres inflexions d'une voix révèlent ce qu'un regard exprime de plus secret, comme un chasseur aux yeux bandés qui n'aurait nulle autre arme que son flair. Trouver une langue, oui, plutôt retrouver celle qui sommeille, survivante, au tréfonds de soi-même.