Note moyenne : 3.33/5 (sur 3 notes)
Les derniers planteurs de fumée3Ajouter à mes livres
"Au fond, les vrais voyages sont immobiles. Immobiles et infinis. Solitaires. Silencieux. Souvent, ils commencent dans une chambre où l'on est enfermé parce qu'il pleut ou parce qu'on est malade, obligé de garder le lit. On a huit ou neuf ans, le goût des images qui par... > voir plus
Un recueil de textes courts, extraits d'un ensemble plus vaste que j'ai très envie de découvrir. La prose de Guy Goffette a à nouveau su m'emporter par sa poésie héritière de celle de Verlaine : la même musicalité y résonne à mes oreilles, douce et mélancolique. Dans ces récits, il chante ses voyages immobiles, par la lecture, mais aussi par la seule imagination : celle d'un enfant qui voyait la mer au fond de son jardin dans les Ardennes, celle d'un Belge errant comme il se nomme lui-même. Il conte des petits épisodes, des faits ou surtout images de la vie à la fois insignifiants et lourds de sens. Et qu'importe si les autres haussent les épaules et détournent la tête, j'ai été enchantée par ces paysages aperçus au détour des pages, par cette douce mélodie qui les imprègne et par la voix de cet auteur que j'apprécie décidément de plus en plus.
Sept courts textes du « Belge errant (Belge qui peut, comme disait Michaux) », sept évasions immobiles. Lus avec un émerveillement fraternel, alors que mes « racines » sont totalement étrangères à son univers.
Sensibilité, harmonie en sourdine... fraternel, oui, à tous ceux qui sont toujours un peu « amoureux de cartes et d'estampes », cheminant tranquillement à côté de l'agitation du monde, en sympathie avec lui mais sans désir d'y être emporté.
Si l'on veut faire la connaissance de Guy Goffette ce petit livre est une vraie merveille. Il y a aussi la vallée de la Semois qui le relie à Verlaine.
La vallée de la Semois c'est aussi merveilleux que les poèmes de Verlaine et l'écriture de Goffette. Je confirme c'est un des endroits au monde où l'on sent vivre la littérature, et Goffette en parle très bien.
Plus tard, les feuilles royales, fanées déjà, sécheraient dans le hangar à claire-voie, sur des perches à clous appelées boudriots qu'on suspendait aux poutres. À la Toussaint, je viendrais quand même voir si saint Joseph nous avait souri, si les plants avaient cette belle couleur ocre foncé qui couvrait comme une monnaie d'or le visage et les mains de Grand-père. J'aiderais un peu à l'effeuillage, lierais les feuilles en bottes et les transporterais au grenier, à l'abri du vent et des regards jaloux, mais le coeur n'y serait plus. Je savais que le tabac vieillirait là, sans moi, lentement comme un vin, jusqu'à ce que son arôme envahisse la maison.
Plus tard, les feuilles royales, fanées déjà, sécheraient dans le hangar à claire-voie, sur des perches à clous appelées boudriots qu'on suspendait aux poutres. À la Toussaint, je viendrais quand même voir si saint Joseph nous avait souri, si les plants avaient cette belle couleur ocre foncé qui couvrait comme une monnaie d'or le visage et les mains de Grand-père. J'aiderais un peu à l'effeuillage, lierais les feuilles en bottes et les transporterais au grenier, à l'abri du vent et des regards jaloux, mais le coeur n'y serait plus. Je savais que le tabac vieillirait là, sans moi, lentement comme un vin, jusqu'à ce que son arôme envahisse la maison.
Le jardin de mon père, ce que j'appelais ainsi, n'était pas un jardin, mais un grand morceau de terre constamment remuée. Cerné sur trois côtés de grosses fleurs multicolores, de groseilliers rouges et de cassis, il était fermé au bout par une rangée de peupliers. Brasseurs de ciel à longueur de jour, ces hauts arbres, par les nuits de grand vent, recrachaient la mer, la voix des sirènes et les chants des noyés.
Il y a des terres lointaines où l'on n'aborde jamais, sauf en rêve, lorsque le soir tombe infiniment et que le ciel est d'un rouge d'opéra. On s'est assis sur le seuil ou accoudé à sa fenêtre et l'on regarde au fond de soi paisiblement s'écrouler ces grands châteaux qu'une journée qui s'en va avait patiemment, laborieusement échafaudés.
Le ciel dans la lucarne est blanc lui aussi, j'y écris le premier mot de ce premier matin en caravane : bonheur, et, fermant les yeux, je l'entends descendre dans ma gorge, ouvrir lentement le chemin de ma respiration. Il y a soudain sur la banquette un corps qui ne m'est plus étranger : le mien.
Atelier Plume à la librairie des Gatines (Paris 20ème), mardi 8 mars 2011, Journée de la femme et de la poésie, par Guy Goffette. Atelier autour du livre de Guy Goffette "Éloge pour une cuisine de province" (éditions Champs Vallon), animé par l'auteur. Il s'agit de la première partie de l'atelier.