Pétersbourg peut sembler charmante pour ceux qui n'ont jamais lu les nouvelles pétersbourgeoises de
Gogol. Pour les autres, ce ne sera plus possible. Les textes regroupés dans ce recueil évoquent la ville, ses habitants et ses valeurs avec un dégoût si poussé qu'il faudrait avoir des envies bien sordides pour vouloir encore y passer du temps. Les choses ont peut-être changé depuis que
Nicolas Gogol a écrit ses nouvelles pétersbourgeoises, mais leur ton semble toujours si actuel que ma lecture ne saurait remettre leur contenu en question…
J'ai fait la connaissance de
Nicolas Gogol avec ce recueil de nouvelles. Pas facile d'entrer tout de suite dans l'ambiance de ses récits. de premier abord, le style semble un peu froid et distant. Certaines descriptions longues, un peu ennuyeuses et monotones, n'étaient pas pour attirer ma sympathie. Mais le charme opère lorsque surgit, d'une manière surprenante, une des premières phrases tordues dont
Gogol a le secret, car il manie le fantastique du début jusqu'à la fin ; autant dans le fond comme dans la forme. de l'écriture froide et austère, typiquement administrative, apparaissent tout d'un coup le raisonnement tordu d'un personnage nageant en pleine psychose, les descriptions oniriques d'un rêveur perturbé, ou le dessin monstrueux d'une société cachée dans les bas-fonds pétersbourgeois. La surprise du lecteur est d'autant plus grande que rien ne laissait présager des déviations qu'allaient emprunter chacune des nouvelles de
Gogol.
Un portrait diabolique, un nez vagabond, un manteau hanté… Toutes les nouvelles tournent autour d'un individu, un peu perdu dans les dédales de la grande Pétersbourg, et rongé par une obsession. Dévorante, celle-ci ne lui laissera jamais la possibilité de vivre pleinement comme il l'entend.
Les situations, toujours loufoques et originales, ne laissent jamais deviner leur dénouement, et leur lecture est un régal du début jusqu'à la fin.
J'apprécie particulièrement
Le Journal d'un fou qui est un chef-d'œuvre d'absurde et de grotesque. En cherchant bien, on trouverait presque des prémisses de
Boris Vian dans cette nouvelle…
« On avait dit que le directeur allait venir. Beaucoup de fonctionnaires ont couru, à qui se présenterait le plus vite devant lui. Mais je n'ai pas bougé. Quand il a traversé notre bureau, tous ont boutonné leurs habits ; moi, j'ai fait comme si de rien n'était ! Qu'est-ce qu'un directeur ? Que je me lève devant lui ? Jamais ! Quel directeur est-ce là ? C'est un bouchon, pas un directeur. Un bouchon ordinaire, un simple bouchon, rien de plus. Comme ceux qui servent à boucher les bouteilles. »
Pétersbourg, ville inhumaine et aliénante selon
Gogol, aura au moins eu le mérite de stimuler son imagination et de permettre à son talent de s'incarner et de se transmettre à travers ce recueil de nouvelles. Pour cela, merci Pétersbourg.
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