> Christophe Jezewski (Traducteur)
> Dominique Autrand (Traducteur)

ISBN : 2070426653
Éditeur : Gallimard (2003)


Note moyenne : 3.67/5 (sur 6 notes) Ajouter à mes livres

Les Souvenirs de Pologne, cycle de feuilletons écrits au début des années 60 pour la Radio Europe Libre de Munich, mais jamais diffusés, a été retrouvé en 1976 dans les papiers posthumes de l'auteur de Ferdydurke par sa femm... > voir plus
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Critiques et avis(1)

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    • Livres 3.00/5
    Par papillote88, le 26 février 2012

    papillote88
    Les Souvenirs de pologne sont des feuilletons écrits au début des années 60 pour la Radio Europe Libre de Munich, et retrouvés en 1976 dans les papiers posthumes de Gombrowicz (avec un autre "feuilleton" : Pérégrinations argentines).
    Né en 1904, Gombrowicz y livre ses souvenirs de jeunesse, une vie de jeune "bien-né", dans la campagne polonaise de la région de Varsovie, où il se plaît à jouer à l'aristocrate devant les amis.
    Il admet volontiers l'excès de "snobisme", d'affectation, qui l'habite, et réfléchit souvent sur la condition des "Seigneurs" comme lui et sa famille par rapport aux gens simples. Ses remarques frôlent parfois la mégalomanie et il le reconnaît lui-même ! Witold G. n'aime pas étudier, ne fait aucun effort, se moque du système éducatif, tout en parvenant à obtenir sur le fil du rasoir son diplôme de droit. Sans beaucoup plus d'enthousiasme, il part étudier à l'Institut des hautes études internationales de Paris. Son récit de sa "visite" du musée du Louvre est inhabituel... et inoubliable !
    Gombrowicz décrit d'un ton parfois badin sa relation avec ses pairs, ses débuts d'écrivain, ses réflexions sur la "polonité" et l'Europe, sans trop s'attarder du reste sur les événements de l'Histoire (guerre avec la Russie en 1920, coup d'Etat du maréchal Pilsudski en mai 1926, décès de Pilsudski en 1935, montée du nazisme...). Il adopte une attitude ambiguë par rapport au service militaire : il ne veut pas le faire, et finalement quand sa mère obtient de l'en dispenser, il se sent humilié de ne pas porter l'uniforme aux côtés des patriotes (il se retrouve ainsi dans le manoir familial à la campagne seul au milieu des domestiques).
    L'écriture de Gombrowicz est souvent moqueuse, il pose un regard sans concessions sur les artistes qui se disent artistes, et son livre fourmille d'anecdotes sur les écrivains polonais qu'il a croisés durant cette période. (Malheureusement, quand on ne connaît pas du tout ces personnes comme c'est mon cas, ce "name-dropping" continu peut parfois tourner à vide...).

    Ce "journal" nous apprend beaucoup de choses sur la Pologne de l'entre-deux guerres, le milieu artistique et littéraire, et explique la quête par Gombrowicz d'un style littéraire nouveau, "une forme" particulière, inédite, de littérature. Afin de mieux comprendre ce qu'il entend par cette "forme", on est obligé de découvrir les romans écrits par Witold Gombrowicz. et Cosmos fut pour moi une révélation...
    Complément biographique (d'après Wikipedia) :
    La publication des "Mémoires du temps de l'Immaturité" en 1933 puis de "Ferdydurke" en 1937 a imposé Gombrowicz comme l'enfant terrible de la littérature moderne polonaise. Il se lie avec les écrivains d'avant-garde Bruno Schulz et Stanislas Witkiewicz. Arrivé en Argentine pour un court séjour en 1939, l'invasion de la Pologne par l'Allemagne nazie le dissuade de rentrer en Europe, il restera 25 ans en Argentine. Gombrowicz revient en Europe en 1963, à Berlin puis en France où il décède en 1969.
    L'œuvre de Gombrowicz, interdite en Pologne par les nazis puis par les communistes, tomba dans un relatif oubli jusqu'en 1957 où la censure fut levée provisoirement.

    Lien : http://coquelicoquillages.blogspot.com/2012/02/witold-gombrowitz-sou..
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Citations et extraits

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  • Par papillote88, le 25 février 2012

    Au sujet de l'écrivain polonais Bruno Schulz (Les boutiques de cannelle) :

    "Chose étrange - il m'est impossible de me rappeler comment j'ai fait la connaissance de Bruno Schulz. (...) Je garde en revanche une image très précise de lui, tel que je le vis pour la première fois : un tout petit bonhomme. Tout petit et apeuré, parlant très bas, effacé, tranquille et et doux, mais avec de la cruauté, de la sévérité cachée au fond de ses yeux presqu'enfantins. ce petit bonhomme fut le meilleur artiste parmi tous ceux dont je fis la connaissance à Varsovie - incomparablement meilleur que Karden, Nalkowska, Goetel et tant d'autres académiciens des lettres(...) La prose qui naissait sous sa plume était créatrice et immaculée, il était parmi nous l'artiste le plus européen (...)."
    "Et même en Pologne, qui le connaît aujourd'hui ? Quelques centaines de poètes? une poignée d'écrivains? il est resté ce qu'il a été, un prince voyageant incognito."
    (...)"mais il suffisait de mettre le nez dans son livre pour qu'un autre Schulz se révèle, tout-à-fait différent, majestueux, aux phrases lourdes et somptueuses se déployant lentement comme la queue éblouissante d'un paon, un inépuisable créateur de métaphores, un poète extrêmement sensible à la forme, à la nuance, déroulant comme un chant sa prose ironiquement baroque."
    (...) La différence essentielle entre lui et moi, c'est que, tout autant pénétré que lui par la forme, j'aspirais cependant à la faire éclater, je voulais élargir le champ d'action de ma littérature, afin de lui faire embrasser un nombre de plus en plus grand de phénomènes - tandis que lui, il s'enfermait dans sa forme comme dans une forteresse ou dans une prison."
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  • Par papillote88, le 26 février 2012

    En ces temps troublés où nous vivions, tous les hommes avaient eu l'occasion de vivre un certain nombre de moments historiques - moi aussi.
    J'avais tout de même assisté à la fin de la Première Guerre mondiale, à la résurrection de la Pologne, à la bataille de Varsovie, au coup d'Etat de mai, etc., etc. mais j'éprouvais chaque fois dans des moments pareils une sorte de révolte contre l'histoire, je ne pouvais pas accepter le fait de n'être rien, une paille au gré du vent, et que tout s'accomplisse en-dehors de moi.
    Il faut sans doute attribuer cela à un individualisme acharné contre lequel je ne peux rien, car je suis né avec et je mourrai de même.
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  • Par papillote88, le 25 février 2012

    Un des changements formels de cette époque riche en métamorphoses fut la suppression des poils chez les hommes: on voyait non seulement disparaître les barbes mais aussi les moustaches.(...) Je n'oublierai jamais le cri d'une de mes cousines en voyant mon père entrer dans l'appartement le visage complètement rasé. (...) C'était le cri perçant d'une femme offensée dans sa pudeur la plus profonde. Si mon père avait été nu, elle n'aurait pas fait plus terrible vacarme - et à vrai dire elle avait raison : c'était en effet une impudeur de premier ordre que cette apparition subite et scandaleuse d'un visage que mon père avait toujours dissimulé sous des poils.
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  • Par papillote88, le 26 février 2012

    Au fond, je ne supportais pas les Européens dans le style de Mme Nalkowska, qui s'assimilaient le savoir-vivre de l'Europe et s'abstenaient d'une confrontation essentielle avec l'Occident.
    (...) Si Zofia Nalkowska avait eu des liens plus forts, plus douloureux avec la réalité polonaise... Si elle avait suivi les traces de Chopin qui conquit l'Europe par sa polonité, c'est-à-dire par sa réalité personnelle, authentique...(...). Mme Nalkowska était donc l'ambassadrice de l'Europe en Pologne plus que la représentante de la Pologne en Europe, ce qui n'était pas, à mon avis, la meilleure méthode pour se transformer en Européenne authentique.
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  • Par papillote88, le 25 février 2012

    [un point] d'appui en dehors de la Pologne ? Mais où? Sur quoi pouvais-je m'appuyer ?
    Je me méfiais des croyances, des idéologies, des institutions. Je ne pouvais donc m'appuyer que sur moi-même. Et pourtant j'étais polonais, façonné par la polonité, et je vivais en Pologne.
    Il fallait donc fouiller plus profondément mon "moi", atteindre l'endroit où il n'était plus polonais mais tout simplement humain.
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