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Critiques sur Le Rivage des Syrtes (12)


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    • Livres 5.00/5
    Par vincentf le 24/06/2010


    Livre d'un presque rien qui dévaste un empire, où le rien qui se passe se fait tout, Le Rivage des Syrtes fascine. Quelque chose d'antique, ce vieux bouquin jauni, cette guerre larvée qui, mine de rien, se délarve, ces paysages vides, cette atmosphère floue d'une vieille de combat, ce non-dit qui se confesse, ces désirs qui tournent autour d'un pot qui se dévoile presque, quelque chose qui donne un je-ne-sais-quoi. Ce livre ne ressemble à aucun autre. On se dit donc que l'auteur est grand, que du vrai se cache sous ce style pas tout à fait précieux, un style noble et vaguement dérisoire (quelque chose de Proust, mais ailleurs). Quelque chose (le mot quelque chose se répète parce qu'il est le seul qui convient) a lieu, dans cette ville sclérosée d'Orsenna, sur ces rivages flous des Syrtes, dans les populations qui se moyenâgent à Maremna. Un homme (un héros ?) provoque une guerre qui existe déjà, un rouage déborde le vase d'attente, le pouvoir secret se dévoile vaguement, les hordes du Farghestan menacent. Un empire va tomber, on s'en doute, mais le génie de Gracq, c'est de ne pas dire la chute mais ce qui la précède. Quelque chose d'antique, de déjà mort et l'appel de plus en plus net d'une renaissance, alors qu'étrangement, le royaume d'Orsenna, qu'on imagine peut-être italien, fait très Renaissance, on pense à la Venise des Doges, à une Florence empaillée. L'appel de l'inconnu, la frontière dont on sait très vite, dès la scène de la salle des cartes, qu'elle devra, malgré les siècles, être transgressée, la frontière que l'on désire ardemment, avec Aldo, franchir, ce monde inconnu, ennemi qui fascine comme fascine, et c'est sans doute là qu'aboutira ce roman qui se termine au moment où tout va commencer, la mort, tout, dans Le Rivage des Syrtes est tendu vers demain, un demain d'autre vie qui changera tout, Marino est mort, les temps anciens seront balayés, Orsenna court heureuse à sa perte, comme la vieille Europe, du temps de Gracq s'était jeté dans la gueule-aimant de la baleine guerre. On s'y jettera encore souvent.

    critique de qualité ? (10 votes positifs)



    • Livres 5.00/5
    Par JPB le 27/01/2012


    De tous les livres que j'ai lus, c'est à n'en pas douter l'un de ceux qui m'ont fait la plus grosse impression quant à la qualité de l'écriture. Il faut remonter à Chateaubriand ou Victor Hugo pour trouver pareille virtuosité dans le maniement de la langue. L'histoire raonte comment Aldo, riche héritier d'une illustre famille d'un pays fictif (Orsenna), va mettre à mal la paix séculaire et tacite que son pays entretien avec son voisin le Farghestan. Une bonne partie du livre rappelle l'atmosphère pesante et passive du Désert des Tartares, au cours de laquelle il ne se passe quasiment rien, un peu comme dans les Syrtes, où le moindre évènement, aussi insignifiant soit-il, prend des proportions démesurées. Sur le plan du style, l'auteur use et abuse des comparaisons et emploie à longueur de récit le mot "comme", pour appuyer ce qu'il veut signifier. J'en ai relevé quelques exemples : " ... avant tout indice, comme l'étourdissement commençant d'un malaise, au milieu d'une route où on s'est égaré" (p.18) ou "l'oeil enfiévré revenait s'agacer sur leur silhouette coupante comme la langue sur le tranchant d'une dent frâchement cassée" (p.126) ou encore "...comme la respiration empanachée d'un geyser" (p.145). Il utilise beaucoup également l'expression "on eût dit". Son souci de orécision est constant, et c'est véritablement un régal.
    Un chef d'oeuvre.

    critique de qualité ? (7 votes positifs)



    • Livres 5.00/5
    Par JS-KM le 11/11/2011


    iL a commencé par me faire de l'oeil à cause de son look un peu emprunté. L'objet, et puis son contenu, cité par Jean Philippe Jaworski au détour d'une interview donnée à je ne sais plus trop qui...laquelle faisait mention du Rivage des Syrtes en des termes assez élogieux, je crois.

    Le livre se nimbe d'une aura de mystère, se dissimule : entendez-par là que je me mets à ne plus écouter ce que quiconque pourrait en dire, pour ne plus laisser parvenir à mes oreilles que son nom, et laisser l'évocation venir. Le rivage des syrtes.

    Dès lors, il s'agit d'un livre qui attend son heure, que la sienne croise la votre. C'est à vous de donner le signal ! Ledit ouvrage acheté, je me suis emparé d'un couteau (le livre n'est pas massicoté, et je n'ai pas de coupe papier chez moi), et par une belle journée, je me suis retrouvé dans un jardin très calme, avec ce premier Julien Gracq.



    Le rivage des syrtes est un territoire éloigné, aux confins sudistes de l'état d'Orsenna, évocation brumeuse d'une Italie appartenant probablement au XVIII ème, voire XIXème. Un état jadis puissant, assis sur son ancienne notoriété conquérante, qui perpétue son existence de grand fauve endormi à travers le corps civil et les institutions qui le décrivent.

    Aldo, le jeune narrateur du récit qui, avec un style à l'autorité palpable, nous invite dès les premières pages à la découverte sensuelle comme intellectuelle d'Orsenna, appartient à une famille de noble ascendance. Presque hautain, quoique superbe, le style agit à ce stade comme un repoussoir pour certains, ou révèle sa vertu hypnotique pour d'autres. Je fais partie des seconds ; en tant "qu'auteur" (ma régularité dans la pratique ne me dispense pas encore des guillemets) j'ai été proprement soufflé par cette entrée en matière. Il y a là, concentrés en deux pages, les affres d'un ennui affleurant pleinement à la conscience du narrateur, tandis qu'il convoque le souvenir, dans son quotidien, des quelques évènements qui le verront prendre la route des Syrtes. C'est déjà, en un rien de lignes, d'une richesse et d'une expressivité extraordinaires...

    Des raisons qui feront, finalement, demander à Aldo d'être muté en service dans la région des Syrtes, la plus notable sera certainement l'ennui, donc, et le besoin de s'éloigner des cercles dorés qu'il fréquentait, ses études achevées, à la capitale ; il deviendra Observateur dans ces terres reculées, lesquelles font face, par delà les mers, aux côtes du Farghestan, un pays d'un lointain Orient ; trois cent ans en arrière, celui-ci connut, aux prises avec Orsenna, un bref épisode de guerre où s'échangèrent, avant sommations, plusieurs faits d'armes maritimes. Depuis, malgré la pérpétuation de cette mémoire, un véritable status quo a, de fait, transformé la région des Syrtes en un désert, où rien ne semble pouvoir seulement advenir. La guerre, et l'ancien ennemi avec, sont eux mêmes devenus des lointains, sans forme ni consistance.

    Lorsqu'Aldo débarque à l'Amirauté, la forteresse à flanc de rivage qui abrite les officiants de l'Etat, il se pénètre des habitudes locales, fait connaissance avec Marino, son supérieur... un homme qui semble, plus que tout autre, appartenir à ces lieux d'où s'élève un chant morne, celui de l'existence comme un préliminaire à l'oubli.



    De l'autre côté, des terres inconnues, qui ne tardent pas, en un filet de voix éteintes, à attirer l'attention d'Aldo. le Farghestan.





    Fidèle à la tradition, je préfère ne pas trop avancer plus avant. On a utilisé beaucoup de qualificatifs pour cette oeuvre : vous les retrouverez probablement en faisant des recherches dessus. Je ne peux dire qu'une chose ici : ce roman est une construction implacable, un arc tendu qui n'a plus qu'à décocher sa flèche. Il développe, durant ses trois cent vingt pages, des ambiances tout simplement sublimes, et des personnages qui le sont tout autant pour certains. Lisez, prenez le temps de vous y engluer, car ici pas de façades, de savant amménagements concédés à ceux qui pourraient se sentir d'humeur un peu pressée, pour le coup !

    Assurément, je reviendrais sur Julien Gracq pour ses autres écrits... au passage, Le rivage des syrtes obtint le Goncourt en 1951, mais son auteur le refusa, dans la continuité de sa longue détestation du milieu littéraire, drapé dans une superbe dont on ne peut parler à la légère, tant le personnage semble complexe. Une chose me dit, toutefois, qu'elle n'a probablement rien d'emprunté.

    critique de qualité ? (7 votes positifs)



    • Livres 4.00/5
    Par gigi55 le 25/09/2009


    Une étrange impression se dégage de ce livre ... celà ressemble plutôt à un rêve car on ne sait pas vraiment ou on est ni à quelle époque. Une prose magnifique et quasiment hypnotique nous charme et nous envoute tout au long des quelques 300 pages.
    En tout cas un bonheur de lecture rare ...

    critique de qualité ? (6 votes positifs)



    • Livres 4.00/5
    Par calimaq le 28/12/2007


    Quelle impression étrange ressent-on à la lecture du Rivage des Syrtes ! Impossible de situer l'action avec précision dans le temps et dans l'espace ... Quel est ce pays méridional : Espagne, Italie, Grèce ? Où s'élèvent ces villes cernées d'océans et de déserts qui ressemblent à Venise ou à Tolède ? L'intrigue baigne dans une ambiance onirique et lente, servie par un style éblouissant. Un grand moment de lecture !

    critique de qualité ? (5 votes positifs)



    • Livres 2.00/5
    Par 270778 le 17/07/2010


    A-t-on le droit de ne pas aimer Gracq quand on prétend aimer la littérature aujourd'hui ? Il y a des livres que je suis désolée de ne pas parvenir à aimer car de lecteurs que j'estime en disent le plus grand bien : "Le rivage des Syrtes" est de ceux là.
    C'est un livre que je voulais lire depuis longtemps et pour lequel j'avais un préjugé très positif. Peut-être est-ce la raison pour laquelle j'ai été déçue, et ce dès les premières pages. J'ai tout d'abord éprouvé quelques difficultés avec le style de Gracq : trop d'adjectifs dans la même phrase en particulier. Ensuite, je me suis ennuyée à cause de l'absence d'histoire prenante (je ne suis pourtant pas une adepte des thriller ou des livres d'aventure et la lenteur ne me pose pas de problème en littérature, ni même au cinéma).
    En avancant dans le roman, j'ai l'impression que le style devient plus fluide (ou est-ce moi qui m'y suis acclimatée ?). L'apparition du personnage féminin relance un peu le récit et renforce l'atmosphère mystérieuse. L'objet est beau mais quelle galère de lire un livre non massicoté en 2008 quand on ne trouve plus de coupe-papier dans le commerce !

    critique de qualité ? (4 votes positifs)



    • Livres 5.00/5
    Par yv1 le 13/09/2010


    l'écriture est exigeante : elle demande de prendre son temps ; on ne lit pas Gracq comme on lit un autre auteur. Quelles phrases ! Longues, sinueuses, tortueuses parfois, toujours compréhensibles si l'on prend le temps de lire et de respecter la ponctuation (comme à l'école, quand on lisait à voix haute).
    Que dire d'autre si ce n'est qu'en lisant Gracq, on est dans le monde de la Littérature avec un grand "L" ?


    Lien : http://lyvres.over-blog.com/article-34682646.html

    critique de qualité ? (3 votes positifs)



    • Livres 4.00/5
    Par chartel le 19/05/2011


    Il y a bien Longtemps que je désirais connaître l'œuvre de Julien Gracq, qui fait tout de même partie des grands auteurs français de la seconde partie du XXe siècle, et de lire enfin le plus célèbre de ses romans : "Le rivage des syrtes". Je m'attendais à une œuvre proche du surréalisme, empreinte d'étrangeté, d'incongruités apparentes et de jeux d'images, et je fus surpris de me fondre dans un récit très cohérent, fortement structuré, presque de forme très classique, avec la mise en place, dès les premières pages, d'un jeu d'intrigues à la manière des romans policiers. Mais très vite, la progression du récit se trouve freinée par l'enchevêtrement du fameux décor de ce roman, décrivant un espace totalement fictionnel, mais faisant écho à des territoires réels tels ceux de l'Italie, du pourtour méditerranéen et du Proche orient.
    De prime abord, il semble que ce décor, telle une force déterminante, tire les ficelles et creuse les sillons, guidant ainsi les pas des personnages (Aldo et Marino) mais surtout imposant le cours de l'histoire de toute une société (celle de la Seigneurie d'Orsenna). Mais ce déterminisme un peu réducteur n'est que le fruit du point de vue du narrateur, qui tombera, magnifiquement, comme un rideau de scène, à la toute fin du roman.
    Ce récit est une confrontation concrète aux grandes questions des sciences historiques et politiques. Les événements dépendent-ils des choix des grands hommes ? où, au contraire, les grands hommes n'obéissent-ils pas aux volontés profondes de leur société ? Il y a en effet beaucoup de prétention chez certains politiques à se trouver indispensables et visionnaires, alors qu'ils ne sont que les créations de leur époque, qu'ils ne font que suivre le cours d'une infinité de volontés multiples.

    critique de qualité ? (2 votes positifs)



    • Livres 0.00/5
    Par annie le 08/01/2009


    Une analogie s'impose dès lors entre cette manifestation d'un feu intérieur et le symbolisme héraldique des armes de Rhages : "A l'angle de droite portant le serpent entrelacé à la chimère, et tel que je l'avais si souvent déchiffré à l'Académie diplomatique au bas des traités poussiéreux et centenaires, le sceau de la Chancellerie de Rhages étoilait la feuille" (125).

    La chimère, en terme héraldique, est un animal fabuleux nous l'avons vu, venu de la mythologie grecque, personnification probable des volcans. Les chimères en effet laissaient échapper des flammes (126).

    Si on se réfère à la correspondance qu'il peut y avoir entre les animaux et les éléments, on peut constater que le "serpent entrelacé à la chimère" évoque l'union de la terre et de l'eau (serpent) au feu (chimère). Rhages est le centre du monde pour Aldo, Vanessa et ceux qui "attendent".

    C'est à la fois le passage entre la terre et le ciel, entre le monde réel et le monde surréel.


    Lien : http://mazel-livres.blogspot.com/

    critique de qualité ? (2 votes positifs)



    • Livres 0.00/5
    Par annie le 08/01/2009


    Pour Aldo le Farghestan est un "Au-delà" fabuleux.
    Par la suite il ne peut s'expliquer comment il a fait l'acte irrémédiable : aller voir le Tängri de plus près.

    Il est semblable à Don Juan qui veut appréhender la merveille, toucher l'intouchable. mais le sacré est inviolable et il faut être une âme damnée, pour l'approcher, comme le lui souffle Fabrissio : "tu es le diable ! "(p122).


    Lien : http://mazel-livres.blogspot.com/

    critique de qualité ? (1 votes positifs)






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