Quatrième de couverture : Ce haut " chemin de ronde " est celui que poursuit Katia Granoff d'où, visionnaire inspirée, elle observe aussi les lointains. Ces "mémoires" évoquent les climats et les événements parmi lesquels elle a vécu, les êtres qu'elle a croisés, les oe... > voir plus
Paris était devenu le foyer de la peinture mondiale. Venant de tous les coins de la terre, les jeunes peintres, pour la plupart pauvres et isolés, préféraient vivre misérablement mais se repaître d'une nourriture spirituelle que, seule, cette ville pouvait leur dispenser.
Plusieurs de ces jeunes peintres, n'étant que des hôtes de passage, rentrèrent dans leur pays et y portèrent les enseignements plastiques religieusement recueillis et transmis. D'autres, au contraire, se détachèrent de leur lieu d'origine et plantèrent définitivement leur chevalet sur cette terre d'élection.
La culture française, supérieure à celle de leurs patries respectives, les influença profondément sans pour autant les absorber, et peut-être est-ce là sa plus belle qualité, car axée sur la liberté et l'épnouissement individuel, elle guide et enrichit sans soumettre ni absorber et, à son tour, reçoit avec enthousiasme, l'apport d'un sang neuf et de messages lointains.
Si j'ai parlé ici de plusieurs membres de ma nombreuse famille, c'était, je le comprends après coup pour les faire revivre en les évoquant sur ces pages. Ces chers morts que mes amis français ne connaissent pas traverseront le temps et l'espace écartant les voiles épais de l'oubli. Ils survivront ainsi dans mon pays d'adoption.
A la maison, lorsque nous fûmes admises à la table des grands, parmi d'autres bonnes manières, toute allusion à la fortune des gens était exclue de la conversation comme une inconvenance. J'étais choquée plus tard d'entendre avec quel sans-gêne ces sortes de sujets alimentaient la conversation générale.