> Marcelle Sibon (Autre)

ISBN : 2264037946
Éditeur : 10-18 (2003)


Note moyenne : 3.9/5 (sur 21 notes) Ajouter à mes livres
Graham Greene n'est pas seulement le grand écrivain catholique consacré par le succès de son fameux roman La Puissance et la Gloire.
Entré par effraction dans le royaume de la Grâce (selon le mot de François Mauriac), cet ancien membre du Foreign Office a su, mêm... > voir plus
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Critiques et avis(3)

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    • Livres 4.00/5
    Par Eric75019, le 30 avril 2012

    Eric75019
    Bien mieux écrit (ou mieux traduit) que le brontosaure du roman d'espionnage estampillé Graham Greene lu précédemment (L'agent secret, 1939) et dont on visualisait assez bien les scènes en « noir et blanc » et les dialogues sous-titrés, celui-ci nous plonge d'emblée dans le genre aventure exotique en Technicolor sur écran large, avec odeurs de rizières et de poudre. Ce n'est pas pour rien qu'Un Américain bien tranquille (1955) a été adapté deux fois au cinéma, la première par Joseph Mankiewicz en 1958 (avec Michael Redgrave) et la seconde par Phillip Noyce en 2002 (avec Michael Caine).
    Nous sommes à Saigon en 1952. le narrateur, Thomas Fowler, correspondant de presse britannique cynique et désabusé, couvre les événements de la guerre d'Indochine. Un peu compliquée à comprendre, celle-ci oppose les Français qui tentent de conserver le contrôle des routes et des villes, et le Viet-minh indépendantiste et communiste. Mais il existe également une « troisième force » soutenue par les américains : les troupes du général Trinh Minh The, qui a pris le maquis (ou plutôt la rizière) pour combattre à la fois les Français et les communistes, sans parler des armées privées détenues par des sectes religieuses, les Hoa Haos et les Caodaïstes qui sévissent dans la région.
    Le livre, tout comme le film de Phillip Noyce, ont été considérés comme anti-CIA et anti-américains (Joseph Mankiewicz a complètement modifié le scénario initial pour son film, afin de préserver la réputation de l'Oncle Sam). Graham Greene, dont la carrière dans les renseignements britanniques n'est un secret pour personne, suggère que les Américains auraient aidé des poseurs de bombe agissant contre des ressortissants français et vietnamiens à Saigon (cet épisode peu connu constitue pour moi une découverte, mais là n'est pas l'essentiel du livre).
    Le côté historique et géopolitique, pour intéressant qu'il soit, ne doit pas occulter le thème principal du livre : l'histoire d'un triangle amoureux composé de Fowler, Phuong, sa petite amie vietnamienne, et Pyle, l'Américain bien tranquille, dont on apprend la mort au début du récit. On découvre cette histoire dans un long flashback, avec le point de vue de Fowler, épris de la jolie Phuong, qui dévoile très vite des talents cachés, comme la préparation des pipes, etc. L'opium est plus politiquement correct que le « etc. » en 1955, vu le nombre de pipes consommées dès le chapitre 1 par Fowler, certes accablé par le chagrin et le remord après la perte de son ami. On comprend progressivement que le gentil et naïf Pyle est en fait un agent infiltré de la CIA pourvoyeur d'armes sous couverture humanitaire. Et le jeune Pyle a vite fait de piquer Phuong à Fowler, malgré leur amitié affichée. La question lancinante tout au long du récit est alors la suivante : Fowler est-il impliqué dans la mort de son rival et néanmoins ami Pyle, pour pouvoir récupérer Phuong ?
    Grâce à la mise en scène remarquable de Graham Greene, l'aventure attend le lecteur au détour de chaque page. On assiste aux premiers revers des Français (Diên Biên Phu approche) qui cèderont la place aux Américains pour une seconde guerre d'Indochine qu'on appellera guerre du Viêt-Nam. Les occidentaux achèvent ici leurs rêves, de colonies et de paradis lointains pour les uns, d'un monde sans communisme pour les autres. Dans cette toile de fond, un autre conflit fait rage, la lutte entre deux rivaux pour la même femme, jamais déclarée mais peut-être tout aussi meurtrière. Ce roman est un chef d'œuvre. Je vous invite à jeter un œil sur la vidéo postée sur Babelio de la bande annonce du film de Phillip Noyce, avec Michael Caine dans le rôle de Thomas Fowler. Si après ça je n'arrive pas à imposer ce roman comme lecture du mois sur le forum, je repars au fin fond de la Cochinchine, pour rêver aux Annamites.
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    • Livres 3.00/5
    Par csapin, le 01 mai 2012

    csapin
    Ma première approche d'avec Graham Greene, au travers du roman la fin d'une liaison, ne fut pas à proprement parler convaincante. Mais étant de ceux sachant donner sa chance au produit - et surtout, étant en possession de deux autres romans de l'auteur -, j'ai décidé de retenter l'expérience ; quelque trois années plus tard.
    Si l'enthousiasme survolté n'est toujours pas au rendez-vous, la déception ne l'est pas davantage. Comme pour la fin d'une liaison, l'on n'est pas transporté et pour autant, impossible de se défaire de l'ouvrage. Pour ces deux oeuvres, j'éprouve la sensation étrange à la fois qu'il manque quelque chose et à la fois qu'ils renferment quelque chose en plus, qui fait de Greene un auteur incontournable.
    Comme lors de l'expérience précédente, l'amour est très présent dans ce livre. Il est traité ici au coeur d'un trio amoureux sur fond de guerre coloniale (Vietnam). L'opposition des mondes, des hommes entres eux, l'opposition de l'homme et de la femme, des jeunes et des vieux... Introspection et désillusion semblent être les maîtres de mot de l'oeuvre singulière mais pas anodine de Greene.
    Adaptation cinématographique réalisée par Phillip Noyce, avec Michaël Cayne, Brendan Fraser, Do Thi Hai Yen...

    Lien : http://gwordia.hautetfort.com/archive/2009/06/23/charlotte-sapin-un-..
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    Critique de qualité ? (3 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par DanielGauthier, le 10 mars 2010

    DanielGauthier
    Ce livre est incontestablement daté lorsque Graham Greene parle sexualité (il en parle abondamment) ou géopolitique (quoique ses réflexions sur la cécité des Américains au Vietnam soient prophétiques).
    Mais pour le reste, c'est une pure merveille.
    Sur fond de guerre d'Indochine, d'intrigue amoureuse et de roman d'espionnage, défilent des personnages parfaitement bien campés, à la psychologie fouillée, des situations prises sur le vif.
    L'écriture, ensuite, est à la fois rapide, élégante, imagée, dans un rythme qui envoûte peu à peu le lecteur.
    Bref, encore un petit chef d'oeuvre de Graham Greene.
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Citations et extraits

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  • Par Eric75019, le 30 avril 2012

    - Que savez-vous au sujet de Pyle ? Répondez à mes questions, s'il vous plaît, Monsieur Fowler. C'est contre mon gré que je vous les pose, mais ceci est sérieux. Croyez-moi, je vous en prie, c'est très sérieux.
    - Je ne suis pas un mouchard. Tout ce que je pourrais vous dire sur Pyle, vous le savez. Âge : trente-deux ans, attaché à la Mission d'aide économique, nationalité américaine.
    - Vous semblez être un ami à lui, dit Vigot, regardant Phuong par dessus ma tête.
    Un agent de police indigène entra, portant trois tasses de café noir.
    - Aimeriez-vous mieux du thé ? demanda Vigot.
    - Je suis vraiment son ami, dis-je. Pourquoi pas ? Je vais rentrer chez moi un de ces jours, n'est-ce pas ? Je ne peux pas emmener cette petite. Elle sera très bien, avec lui. C'est un arrangement raisonnable. Il dit même qu'il va l'épouser. Il en est capable, vous savez. C'est un brave type à sa façon. Sérieux. Pas une de ces brutes qui font du boucan au Continental. Un Américain tranquille, résumai-je pour le définir, comme j'aurais dit : un lézard bleu, un éléphant blanc.
    - Oui, dit Vigot, un Américain bien tranquille.
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  • Par csapin, le 22 mars 2011

    Une occasion de me faire tuer ? Pourquoi aurais-je envie de mourir puisque Phuong dormait à mes côtés toutes les nuits ? Mais je connaissais la réponse à cette question. Depuis mon enfance, je n'ai jamais cru à la permanence et pourtant je n'ai jamais cessé d'y aspirer. J'avais toujours peur de perdre mon bonheur. Ce mois-ci, l'année prochaine, Phuong me quitterait. Si ce n'était pas l'année prochaine, ce serait dans trois ans. La mort était la seule valeur absolue de mon univers. Quand on a perdu la vie, on ne peut plus rien perdre à jamais. J'enviais ceux qui peuvent croie en un Dieu et ils m'inspiraient de la méfiance. J'avais le sentiment qu'ils entretenaient leur courage à l'aide d'une fable concernant l'immuable et le permanent. La mort est beaucoup plus indéniable que Dieu, et avec la mort disparaît la possibilité quotidienne de voir mourir l'amour. Le cauchemar d'un avenir d'ennui et d'indifférence se dissipe.
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  • Par csapin, le 22 mars 2011

    (...) ; nous ne tenions pas à ce qu'on nous rappelât que nous sommes si peu de chose et combien la mort vient vite, simplement, anonymement. Quoique ma raison aspirât à la mort, en tant qu'état, j'en avait peur comme une vierge redoute l'acte sexuel. Je souhaitais être averti d'avance de l'approche de la mort, afin d'avoir le temps de me préparer. Me préparer à quoi ? Je ne le savais pas, je ne savais pas non plus comment me préparer, en dehors d'un examen rapide de ce que j'allais quitter.
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  • Par csapin, le 22 mars 2011

    Le temps prend sa revanche, mais les revanches sentent bien souvent l'aigre : ne ferions-nous pas mieux, les uns et les autres, de renoncer à comprendre, d'accepter le fait qu'aucun être humain n'en comprendra jamais un autre, la femme son mari, l'amant sa maîtresse, les parents leurs enfants ? Peut-être est-ce pour cela que les hommes ont inventé Dieu... un être capable de comprendre.
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  • Par csapin, le 22 mars 2011

    J'étais destiné à revoir fréquemment cet air de souffrance déçue passer dans ses yeux et sur sa bouche quand la réalité ne correspondait pas aux idées romanesques qu'il nourrissait, ou quand un être qu'il aimait ou admirait n'atteignait pas l'impossible niveau idéal qu'il lui avait fixé.
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Vidéo de Graham Greene

Our Man in Havana - Original Trailer (1959) Notre Agent à La Havane (Our Man in Havana) est un film britannique réalisé par Carol Reed, avec Alec Guinness, Burl Ives et Maureen O'Hara. Scénario de Graham Greene, d'après son roman d'espionnage (1950).








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