Le livre de
Benjamin Lacombe est magnifique tant du point de vue des illustrations que de la qualité : le papier, la couverture, les couleurs, le satiné… tout contribue à en faire une édition magnifique, limite luxueuse. le texte, quant à lui, est celui des frères Grimm, bien plus porteur de sens que les adaptations successives que l'on peut connaitre, notamment celle de Disney qui fait référence chez les enfants. Il faut dire qu'il est moins dur que le conte original : Toute la première partie est passée rapidement sous forme d'un livre feuilleté lentement… en anglais, donc inaccessible aux enfants. La « conception » de
Blanche-Neige dans l'esprit de sa mère, le décès de celle-ci et le remariage du roi sont donc des évènements devenus secondaires. Et pourtant les trois couleurs caractéristiques de
Blanche-Neige, typiques des canons de beauté de l'époque, sont pourtant incontournables, de même que la mort de la mère douce et aimante sans laquelle l'apparition de la marâtre jalouse et cruelle n'est pas justifiée. Alors que dans le film elle apparait jeune fille,
Blanche-Neige devient l'objet de la haine de sa belle-mère alors qu'elle n'est âgée que de sept ans, c'est d'ailleurs à ce moment que débute réellement le film, par la scène du miroir au moment de l'annonce fatidique. le prince charmant est d'ailleurs également présenté à ce moment dans une scène mémorable de chant qui n'est pas sans rappeler Roméo et Juliette avec sa scène du balcon.
Lorsque
Blanche-Neige arrive dans la maisonnette des nains, contrairement au film, celle-ci est particulièrement propre et bien tenue, les nains lui proposeront de continuer à tenir le ménage, en échange de leur hospitalité et d'une relative protection, ceci car elle ne peur sortir de la maison ni les accompagner travailler à la mine. Cela ressemble moins à un découpage misogyne des rôles que dans la version Disney.
Blanche-Neige, malgré les mises en garde répétées des nains sera mise à mal par la reine trois fois d'affilée : déguisée tour à tour en marchande ou en paysanne, celle-ci tente de l'étouffer à l'aide d'un ruban de corsage, de la tuer avec un peigne empoisonné puis, enfin, avec une pomme empoisonnée dans sa moitié rouge uniquement puisque prévoyant la méfiance de la jeune fille elle a prévu de partager la pomme avec celle-ci. La grosse différence avec le dessin animé, outre qu'il n'y ait qu'une seule tentative de meurtre réussi, réside dans le fait que la reine se transforme par magie en vieille femme effrayante, prépare la pomme empoisonnée entièrement, la présente à
Blanche-Neige comme une pomme capable d'exaucer les vœux, mais surtout elle sait qu'il n'y a qu'un seul remède : « un premier baiser d'amour », ce qu'elle pense impossible puisqu'elle croit que les nains enterreront
Blanche-Neige vivante. de plus, les nains prévenus qu'il se passe quelque chose d'inhabituel, pourchasseront la sorcière jusqu'à ce qu'elle fasse une chute fatale dans un ravin.
Les frères Grimm n'ont pas utilisé la légitime défense comme moyen de punir la reine. Au contraire, le prince qui découvre
Blanche-Neige décide d'emmener son corps (assez angoissant non d'aimer une personne morte au premier coup d'œil au point de vouloir conserver son corps ? et pour en faire quoi d'ailleurs ? brrrr !). Ce n'est qu'une maladresse d'un serviteur qui permettra au morceau de pomme coincé dans la gorge de
Blanche-Neige d'être expulsé et ainsi à la demoiselle de revenir à la vie (Heimlich n'était pas encore passé par là !). le prince la demande alors en mariage et c'est lors de ce mariage que l'horrible bonne femme sera mise à mort devant tous les invités grâce à des chaussures chauffées au rouge, attirail faisant parti de la panoplie du parfait chasseur de sorcière de la Prusse de l'époque.
C'est donc une histoire de mort que celle de
Blanche-Neige, mort de sa mère biologique en la mettant au monde, tentative de meurtre commandité puis trois autres réalisées par la marâtre sur
Blanche-Neige puis mort dans d'affreuses torture de la sorcière. Il était bien entendu impossible de mettre en scène autant de décès dans un film destiné aux enfants même si il s'agit d'un conte classique. En effet, lire ou entendre la succession de morts n'aurait certainement pas eu le même impact que de les voir en image.
De même, il n'est pas question d'amour dans le conte, la demande en mariage du prince n'est basé que sur une attirance physique puisqu'ils ne se sont jamais rencontrés, et l'acceptation de
Blanche-Neige peut être motivée par différentes raisons : attirance physique pour elle aussi, retrouver son rang, obtenir une protection plus fiable que celle des nains, être en position de se venger de sa belle-mère.
Bref, le conte est très fort, très dur et le long métrage très édulcoré, toutefois comme Bettelheim, je pense qu'il faut lire les véritables versions des
Contes aux enfants même si ceux-ci nous semblent cruels. Les enfants sont près à accepter cette cruauté puisqu'elle permet à
Blanche-Neige d'accéder à une vie meilleure par sa rencontre et son mariage avec le prince et de punir la méchante reine.
Blanche-Neige reste particulièrement naïve dans les deux versions puisqu'elle « se fait avoir » trois fois par la reine ou bien croit à la possibilité d'une pomme capable de réaliser les vœux. Toutefois dans l'histoire originelle, elle est âgée de sept ans seulement ce qui permet d'accepter le fait qu'elle ouvre la porte systématiquement, tandis que dans le film c'est l'amour et la possibilité de réaliser son vœux qui l'incite à mordre la pomme.