ISBN : 2246306728
Éditeur : Grasset Jeunesse
(1991)
Note moyenne : 3.91/5 (sur 11 notes)
Les contes de la Folie Méricourt2Ajouter à mes livres
Dans les Contes de la Folie Méricourt, on retrouve avec bonheur quatorze contes d?ici et d?ailleurs, plus pétillants les uns que les autres : Les déménageurs, Le renard et sa queue (conte russe), Pirlipipi, deux sirops, une sorcière, ... > voir plus
J'ai rencontré Pierre Gripari quelques mois avant sa mort, dans le cadre de mon mémoire. Avant de m'accorder l'interview prévue, il m'a invitée à déjeuner dans un resto de quartier situé juste en bas de chez lui, rue de la Folie-Méricourt (eh oui !). Un café-restaurant nommé "Chez Dany", cela ne vous rappelle rien ? Au fil du repas, quelle ne fut pas ma surprise de voir s'installer à la table d'à côté un gros moustachu, suivi de près par un dénommé Lucien puis par un certain René... les déménageurs de l'entreprise d'en face !
Si vous (re)lisez le conte qui ouvre le volume, celui qui s'intitule "Les déménageurs", vous y trouverez, "mis en fiction", le gros Moustache ("qui est baron, mais qui ne veut pas qu'on le sache"), le beau Lulu ("qui raconte des histoires de son cru") et même le sublime René ("qui est bronzé l'hiver comme l'été"). C'est là l'illustration même du talent de Gripari : faire surgir le conte et la fantaisie des détails banals de la vie la plus courante. Une patte particulière qui rend son oeuvre pour la jeunesse si vive et vivante, je pense...
J'adore Pierre Gripari et mon avis ne sera donc pas objectif (autant être prévenu). Les Déménageurs, le premier de ses contes, donnent le ton. On y retrouve l'humour, très second degré et l'inventivité de l'auteur. En effet, il n'a pas son pareil pour imaginer des situations impossibles, très cocasses et qui me font mourir de rire ! Les joutes verbales sont délicieuses, de même que les chutes de ses histoires. Dans certaines d'entre elles, il n'hésite pas à se mettre en scène, dans son propre rôle. Dans d'autres, il détourne les contes « classiques ».
Petits et grands y trouveront leur compte, pourvu qu'ils aient conservé un peu de leur âme d'enfant !
Avez-vous jamais vu une fessée ? Je veux dire vraiment vu ? Rarement j'en suis sûr. Quand on vous en donne une, vous lui tournez généralement le dos et, comme vous n'avez pas d'yeux derrière la tête, vous pouvez la sentir, ça oui ! Mais vous ne pouvez pas la voir, et c'est bien dommage !
C'est bien dommage car il n'y a rien de plus charmant, ni de plus gracieux, ni de plus joli qu'une fessée. Imaginez une sorte d'oiseau, ou, mieux encore, une sorte de papillon qui au lieu d'ailes, aurait une paire de mains, charnues, toujours en mouvement, tremblantes et battantes. Grâce à cette paire de mains, la fessée vole, de-ci, de-là, d'un vol hésitant, incertain, toujours à la recherche d'un petit derrière où se poser.
J'habite une rue tout plein jolie, et cette rue est toute pleine de boutiques. Dans chacune de ces boutiques on exerce un métier. Ce qui fait que ma rue est toute pleine de jolis métiers.
Il y a un boulanger
qui fait des boules pour les gens âgés.
Il y a un tripier
qui fait des tripes et des pieds.
Il y a un tailleur de pierre
qui fait des costumes en pierre.
Il y a un restaurant
qui restaure les vieux monuments.
(...)
Il y a un accordeur de pianos
qui empêche les pianos de se dire des gros mots.
Il y a un charcutier qui charcute,
un boucher qui bouche,
un plombier qui plombe,
des pompiers qui pompent.
Il y a une fermière qui ferme,
une ouvreuse qui ouvre.
Il y a un maire et deux octogénaires,
il y a trois ménagères et quatre camemberts,
il y a enfin UNE SORCIERE !