Par Vassili Grossman

Note moyenne : 5/5 (sur 9 notes)
LGF 2005
ISBN : 2253110949  
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Voici l'un des plus grands livres du siècle. Son auteur, juif russe né en 1905, fut pendant longtemps un écrivain et un journaliste communiste d'une orthodoxie absolue. Il suivit l'Armée rouge jusqu'à Treblinka, où fumaient encore les cendres des victimes du génocide nazi. Mais lorsqu'il entreprend, en 1952, cette fresque consacrée à la bataille de Stalingrad, Vassili Grossman n'est plus le même homme. Il a assisté au déchaînement de l'antisémitisme dans son propre pays, entendu les procès, analysé le stalinisme. Frappé par la convergence de deux systèmes politiques opposés qui aboutissent à créer des camps de concentration, il décide de repenser l'histoire du siècle après avoir contemplé les deux côtés de l'enfer. Saisi par le KGB, disparu pendant vingt ans, ce livre n'a survécu que par miracle. Salué comme le "Guerre et paix" du XXe siècle, ce chef-d'oeuvre est une épopée de la survie humaine et le premier grand cri de délivrance russe.

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Critiques et avis sur Vie et Destin


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    • Livres 5.00/5
    Par jcfvc, 2009-10-27 16:21:41

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    Un grand roman historique russe. Vie et destin est à la bataille de Stalingrad, ce que Guerre et paix est à la défaite de Napoléon. Un chef d'oeuvre, illustrant très bien ,dans la fiction, les thèses philosophiques et sociologiques développées par Hannah Arendt dans son ouvrage, le système totalitaire : stalinisme et nazisme sont les deux facettes d'un même mal. Voir à ce sujet les citations données et notamment celle où l'officer SS discutge avec son prisonnier communiste.

    Lien : http://jcfvc.over-blog.com
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Citations et extraits de Vie et Destin


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  • Par jcfvc, 2009-10-27 16:11:49

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    EXTRAIT n°2 p. 280
    (...) Une des propriétés les plus extraordinaires de la nature humaine qu'ait révélé cette période est la soumission. On a vu d'énormes files d'attente se constituer devant les lieux d'exécution et les victimes elles-même veillaient au bon ordre de ces files. On a vu des mères prévoyantes qui, sachant qu'il faudrait attendre l'éxécution pendant une longue et chaude journée, apportaient des bouteilles d'eau et du pain pour leurs enfants. Des millions d'innocents, pressentant une arrestation prochaine, préparaient un paquet avec du linge et une serviette et faisaient à l'avance leurs adieux. (...) Et ce ne furent pas des dizaines de milliers, ni même des dizaines de millions, mais d'énormes masses humaines qui assistèrent sans broncher à l'extermination des innocents. Mais ils ne furent pas seulement des témoins résignés; quand il le fallait, ils votaient pour l'extermination, ils marquaient d'un murmure approbateur leur accord avec les assassinats collectifs. Cette extraordinaire soumission des hommes révéla quelque chose de neuf et d'inattendu. Bien sûr, il y eut la résistance, il y eut le courage et la ténacité des condamnés, il y eut des soulèvements, il y eut des sacrifices, quand, pour sauver un inconnu, des hommes risquaient leur vie et celle de leurs proches. Mais, malgré tout, la soumission massive reste un fait incontestable.(...)


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  • Par jcfvc, 2009-10-27 16:09:57

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    EXTRAIT n°1 p.36/37

    On aurait pu croire qu'il fallait pour contrôler cette énorme masse de prisonniers une armée de surveillants, des millions de gardiens, mais il n'en était rien. Les uniformes S.S. ne se montraient pas dans les baraquements pendant des semaines entières. Les détenus eux-mêmes avaient pris sur eux la tâche d'exercer la surveillance policière à l'intérieur ds camps. Les détenus eux-mêmes veillaient au respect du règlement intérieur dans les baraques, veillaient à ce que seules des pommes de terre pourries et gelées aillent dans leurs chaudrons, tandis que les bonnes, soigneusement triées, allaient approvisionner l'armée. Les détenus étaient médecins dans les hopitaux, bactériologues dans les laboratoires des camps; ils étaient les ingénieurs qui donnaient la lumière et la chaleur aux camps et fournissaient les pièces détachées aux machines des camps. (...) Les détenus avaient accès aux affaires secrètes de l'Etat carcéral : ils prenaient part à l'établissement des listes de «sélection», au travail sur les détenus dans les Dunkelkammer, les boîtes noires en béton. On avait l'impression que les chefs pouvaient disparaître, les détenus auraient maintenu le courant à haute tension dans les fils pour ne pas se sauver et continuer à travailler. Tous ces kapos et Blockälteste servaient leurs chefs, mais ils soupiraient ou versaient même quelques larmes sur ceux qu'ils menaient aux fours crématoires ... Mais, malgré tout, ce dédoublement n'était jamais total; ils n'incluaient pas leurs noms dans les listes de sélection. (...)
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  • Par jcfvc, 2009-10-27 16:16:16

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    L'officier S.S. chargé d'interroger son prisonnier, un vieux léniniste, met en lumière la fraternité secrète qui unit le nazisme d'Hitler au bolchévisme de Staline, en s'adressant à lui en ces termes :

    « Quand nous nous regardons, nous ne regardons pas seulement un visage haï, nous nous regardons dans un miroir. Là réside la tragédie de notre époque (...) notre victoire est en même temps la vôtre. Vous comprenez ? Si c'est vous qui gagnez, nous périrons, mais nous continuerons à vivre dans votre victoire (...) Nous sommes des formes différentes d'une même essence : l'Etat-Parti. »
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  • Par jcfvc, 2009-10-27 16:14:08

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    EXTRAIT n° 3 p.721/722

    Anton Khmelkov était parfois horrifié par son travail et le soir, couché, écoutant le rire de Trofime Joutchenko, il restait plongé dans une stupeur froide et lourde. Les mains aux doigts longs et forts de Joutchenko , ces mains qui refermaient les portes étanches, semblaient toujours sales, et il était désagréable de prendre du pain dans le même panier que Joutchenko. Quand le matin, Joutchenko allait à son travail et attendait la venue de la colonne de détenus en provenance du quai de débarquement, il éprouvait une émotion joyeuse. Le mouvement de la colonne lui semblait d'une lenteur insupportable, sa gorge émettait une note plaintive et sa mâchoire inférieure tremblait, comme celle d'un chat en train de guetter des moineaux de derrière la vitre. Cet homme était à l'origine de l'inquiétude qu'éprouvait Khmelkov. Bien sûr, Khelmov, lui aussi, était capable, après un verre de trop, de prendre un peu de bon temps avec une femme dans la file. Il existait un passage qu'utilisaient les membres du Sonderkommando pour pénétrer dans le vestiaire et se choisir une femme. Un homme reste un homme. Khmelkov choisissait une femme ou une fillette, l'emmenait dans un box vide et la ramenait une demi-heure plus tard. Il se taisait et la femme aussi. Il n'était pas ici pour les femmes ou l'alcool, ni pour les culottes de cheval en gabardine ou des bottes en box. Il avait été fait prisonnier un jour de juillet 1941. On l'avait battu à coups de crosse sur la tête et le cou; il avait souffert de dysenterie; on lui avait donné à boire une eau jaunâtre, couverte de taches de mazout; on l'avait fait marcher sur la neige en bottes déchirées; il avait arraché de ses mains des morceaux de viande noire et puante sur un cadavre de cheval, il avait bouffé des rutabagas pourris et des épluchures de pommes de terre. Il avait choisi une seule chose : vivre, il ne désirait rien d'autre; il s'était débattu contre dix morts : il ne voulait pas mourir de froid ou de faim, il ne voulait pas mourir de dysenterie; il ne voulait pas s'écrouler avec neuf grammes de plomb dans le crâne, il ne voulait pas enfler et mourir d'un oedème. Il n'était pas un criminel, il était coiffeur dans la ville de Kertch et personne n'avait jamais eu mauvaise opinion de lui : ni ses proches, ni ses voisins, ni ses amis avec lesquels il buvait du vin et jouait aux dominos.Et il pensait qu'il n'y avait rien de commun entre lui et Joutchenko. Mais parfois il lui semblait que ce qui le séparait de Joutchenko était une broutille insignifiante; et quelle importance avaient, après tout, pour Dieu et pour les hommes, les sentiments qui les animaient quand ils se rendaient à leur travail ? L'un était gai, l'autre ne l'était pas, mais ils faisaient le même travail. Mais il ne comprenait pas que Joutchenko lui faisait peur non parce qu'il était plus coupable que lui, mais parce que sa monstruosité innée le disculpait. Alors que lui, Khmelkov, n'était pas un monstre, il était un homme. Il savait confusément qu'un homme qui veut rester un homme sous le fascisme peut faire un choix plus facile que de sauver sa vie : la mort.


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