AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizForum
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures

Efim Grigor'evic Ètkind (Préfacier, etc.)Alexis Berelowitch (Traducteur)
ISBN : 2253110949
Éditeur : Le Livre de Poche (2005)

Note moyenne : 4.46/5 (sur 183 notes)
Résumé :
Voici l'un des plus grands livres du siècle. Son auteur, juif russe né en 1905, fut pendant longtemps un écrivain et un journaliste communiste d'une orthodoxie absolue. Il suivit l'Armée rouge jusqu'à Treblinka, où fumaient encore les cendres des victimes du génocide nazi.

Mais lorsqu'il entreprend, en 1952, cette fresque consacrée à la bataille de Stalingrad, Vassili Grossman n'est plus le même homme. Il a assisté au déchaînement de l'antisémitisme d... >Voir plus
Acheter ce livre sur

AmazonFnacPriceministerLeslibraires.fr
Critiques, Analyses & Avis (27) Voir plus Ajouter une critique
Woland
Woland11 avril 2012
  • Livres 5.00/5
За правое дело suivi de Жизнь и судьба
Traduction : Luba Jurgenson pour "Pour Une Juste Cause" et Alexis Berelowitch et Anne Coldefy-Focard pour "Vie & Destin"
I - Aucun livre n'a jamais été présenté de cette manière sur notre forum et il n'y en aura sans doute pas d'autre. Les deux volumes peuvent se lire séparément et ont été édités tous deux séparément et pourtant, il ne nous viendrait pas à l'esprit de les présenter l'un sans l'autre car la spécificité de "Vie & Destin", son caractère unique non seulement dans la littérature russe mais aussi dans la Littérature tout court, ne se perçoit pleinement que par opposition à ce que son auteur avait conçu comme la première partie de sa fresque, "Pour Une Juste Cause."
L'axe central des deux volumes, c'est le siège de Stalingrad. Rappelons brièvement que le sort de l'Europe et de la Seconde guerre mondiale s'est décidé à Stalingrad et que, sans l'héroïsme du peuple russe tout entier et de ses soldats, les Alliés auraient peut-être réussi à abattre Hitler mais cela leur aurait pris infiniment plus de temps. L'affirmer n'est ni faire mentir L Histoire, ni dénier aux Américains l'importance que revêtit pour nous leur intervention dans le conflit. Mais il faut garder à l'esprit que, au moment où débute "Pour Une Juste Cause", l'Europe entière, à l'exception de l'Italie fasciste, de l'Espagne, d'obédience franquiste, et de la Grande-Bretagne de Sa Gracieuse Majesté, est envahie par les Nazis. On peut chipoter sur les distinctions entre les pays annexés (comme l'Autriche ou une partie de la Pologne), les pays effectivement occupés (comme la France) et les pays satellites (comme la Roumanie ou la Hongrie) mais la réalité s'impose : l'Europe appartient aux nazis.
Pour une raison connue de lui seul, Hitler prit la décision de rompre le pacte que l'Allemagne avait signé avec l'URSS le 23 août 1939. L'idéologie nazie des "sous-hommes" incluait largement les Slaves et cette arrogance de ceux qui s'auto-proclamaient comme appartenant à la "race des Seigneurs" allait entraîner leur perte. Car si l'attaque allemande du 22 juin 1941 fut pour Staline comme un véritable coup de massue - et l'homme n'était pourtant pas facile à déstabiliser, on le sait - il allait très vite se reprendre et, à sa manière très particulière, exiger et obtenir du peuple russe un effort si gigantesque, si surhumain, qu'il finit par renverser la vapeur de l'énorme machine de guerre allemande.
Toutefois, le 22 juin 1941, l'armée allemande se trouve aux portes de la taïga : l'Ours soviétique semble sur le point de rendre l'âme et le reste de l'Europe se tait, comprenant avec horreur que la conquête de l'URSS, si on l'ajoute à toutes les précédentes et aux victoires remportées également en Asie et en Afrique, marque la naissance d'un monde entièrement soumis au nazisme. (A Suivre ...)
+ Lire la suite
Commenter    J’apprécie          170
Fx1
Fx128 mars 2014
  • Livres 5.00/5
Que dire qui n'a pas déja était dis sur ce monument de la littérature du 20 éme siécle ? Cet ouvrage relate avec beaucoup de réalisme la terrible bataille de Stalingrad qui a vu pendant un an les russes faire face dans une duel sans pitié avec les armées allemandes . La plus grande défaite de l'armée russe qui fut contrainte au recul jusqu'a la Volga et la'plus grande victoire paradoxalement pour la Russie qui au terme de cet affrontement sans pitié a remporter une victoire qui allait sonner le début de la fin pour l'armée allemande prise au piége des glaces et de l'hiver russe . N'oublions pas que cet opus est la suite de Pour une juste cause publiée en 1952 par Grossman . le méme Grossman avait vécu tellement d'événements terribles durant la période de la guerre , entre autres la mort de sa mére pendant le massacre des juifs au ghetto de Berditchev en 1941 , puis son arrivée en tant que correspondant de guerre au camp de Trebnlinka en Septembre 1944 , avant d'étre le rédacteur en chef d'un livre noir sur l'extermination des juifs par le régime nazi , avant comple de l'absurde de vivre la terreur stalinienne qui s'abattie sur la population juive à partir de 1948. Au final la rédaction de ce manuscrit fut achevée en 1960 et confisqué par le régime soviétique à l'image de L'archipel du Goulag de Soljénitsyne . Il fut enfin publié en France en 1980 , puis en Russie en 1989. Cette oeuvre dresse un portrait trés peu flatteur de la société soviétique au travers de nombreux personnages , cela dans une période marquée par Auschwitz et le Goulag. C'est donc un roman historique et un roman psychologique que l'on a ici. Grossman prend le parti de comparer les régimes soviétique et nazi pour donner une idée la plus précise possible de la folie du totalitarisme et du populisme appliqué. Grossman n'épargne pas le régime soviétique qui est selon lui le principal fautif de l'échec dans l'instauration d'une démocratie socialiste. Pour lui l'histoire méme de la russie est à l'origine de cet échec. Il renvoie dos a dos communistes et nationalistes , et les accusent d'avoir détruit l'idéal de liberté que comportait la notion méme de démocratie socialiste. Pour lui Stalingrad fut au fond une victoire et une catastrophe pour le'peuple russe qui allait connaitre l'enfer du stalinisme , l'opposé total du socialisme en tout points. Grossman se pose en observateur devant la soumission du peuple russe à une icone , une idole . Ainsi il établit un lien direct encore une fois avec le nationalisme , ce quise confirme encore aujourd'hui. Pour lui la force des régimes totalitaires c'est au fond la privation de la capacité de liberté de l'esprit , cela à l'échelle d'un continent . Il va méme jusqu'a parler d'hypnose en la matiére et force est de constater qu'il avait raison . La violence des mots est telle dans ces régimes que l'homme est au final réduit en esclavage malgré lui et ne peut plus répondre de maniére individuelle. La parole de masse a remportée une victoire en aliénant les esprits et en les rendant dépandants d'une parole dite issue de la voix du peuple . Pour lui , la banalisation de la parole extrémiste est un piége fatal qui conduit à l'horreur du totalitarisme et à la justification d'actes atroces dont l'extermination des juifs. Il brouille les frontières entre innocence et culpabilité , pour lui la quasi totalité des peuples sont responsables des actes atroces commis par les bolchéviques et par les nazis . Vie est destin est un ouvrage comme il en existe trop peu dans l'histoire , et il est à regretter qu'il soit si complexe , si ardu , a tel point que nombre ne le terminent pas . Peut étre aurait il mieux valu que ce livre soit édité en plusieurs tomes , de maniére a pouvoir vraiment prendre le temps de le lire et de mesurer combien l'humanité doit à cet auteur qui est aujourd'hui trop oublié alors qu'il fut et qu'il reste l'une des principales voix par dela la mort a lutter pour la'paix et pour la liberté de l'esprit.
+ Lire la suite
Commenter    J’apprécie          122
EmmaHanna
EmmaHanna28 février 2013
  • Livres 5.00/5
Il y a des livres qu'il faut désirer avant de les rencontrer et même, lorsque vous en avez commencé la lecture, il continue à se dérober. C'est progressivement que je suis rentrée dans celui-ci. le nombre de personnages ne facilitait pas ma compréhension. Sans doute, cela aurait-il été plus aisé si j'avais lu" pour une juste cause". J'ai dû m'accrocher résister contre l'ennui qui me prenait à certains moments. je ne regrette rien bien au contraire. D'emblée, l'incipit de cette fresque donne le ton." le brouillard recouvrait la terre" . Dans la lignée d'un Tolstoï, et de son Guerre et Paix, Vassili Grosmann plonge le lecteur au coeur des années sombres que furent la guerre de 39-45 plus précisément en 1942 en plein siège de Stalingrad. le brouillard, c'est l'incertitude quant à l'issue de ce conflit, mais c'est aussi celui qui s'est emparé des esprits, et qui les a empêchés d'y voir plus clair et de percer les discours des tyrans qui les gouvernent
Derrière les destins de Lioudmilla et de son mari le physicien Strum, de leur fille Nadia, de Tolia, fils que Lioudmilla a eu d'un premier mariage avec Abartchouk, de sa soeur, Evguénia, qui a quitté son mari le commissaire Krymov, pour le colonel Novikov, commandant une colonne de blindés, Sofia, une amie d'Evguénia qui se prend d'affection pour le petit David, dans un train, dont ils ne reviendront jamais, derrière le destin du vieux léniniste Mostovskoï, prisonnier dans un camp allemand, ou celui de la jeune Katia, envoyé comme radio, dans la maison "n°6 " qui résiste contre les assauts répétés des mitrailles allemandes, Vassili Grossmann dépeint la vie d'une multitude de personnages secondaires . Leurs destins se croisent et s'enchevêtrent.
Au delà de leurs conditions de vie, de leurs angoisses, de leurs réflexions, il revient plus d'une fois sur la similitude entre les systèmes nazis et les systèmes communistes, ne se privant pas de dénoncer tout ce qui fait de l'Union soviétique un état totalitaire : les famines des années 1920, les arrestations arbitraires, les camps de prisonniers, l'antisémitisme sournois, qui va s'amplifier après la guerre, et la nécessité de surveiller ses actes avec la peur de "lâcher brusquement une parole imprudente".
La vie et la liberté sont précaires à plus d'un titre ; personne n'est à l'abri d'une dénonciation. La méfiance qui surgit dans les moments les plus insignifiants, c'est aussi ce brouillard, qui empêche les êtres humains d'être clairvoyants. Dès la fin du premier chapitre, l'auteur révèle une des questions centrales qui le tourmente. " La vie devient impossible quand on efface par la force les différences et les particularités. "
Son roman est aussi une grande réflexion philosophique sur la liberté, l'instinct de liberté, l'instinct de conservation, sur la violence qui s'exerce sur l'homme , au point de le contraindre et de neutraliser ses capacités de défense. Pourtant , malgré les nombreuses pages sombres, l'optimisme de Vassili Grossman, ne cesse de couler tout au long de son livre. Sa foi en la bonté de l'homme est le souffle qui lui permet sans aucun doute de continuer à écrire et qui pourrait peut-être aussi expliquer sa naïveté en livrant son manuscrit à l'édition.
Achevé en 1960, le livre ne parait qu'en 1980. Que s'est -il passé entre les deux ? Quand Vassili Grossman, remet son manuscrit à la revue Znamia, qui avait déjà publié en 1952 la première partie "Pour une juste cause", son rédacteur après l'avoir lu, le fait parvenir au KGB. Chacun des membres du comité de rédaction semblent avoir pris peur et préféré dénoncer Grossman. Quelques temps plus tard, 2 hommes du KGB frapperont à la porte de son domicile et réquisitionneront tous les exemplaires, y compris des sacs remplis de brouillons ainsi que les rubans de sa machine à écrire et les feuilles carbones. C'est dire l'importance que revêtait un tel manuscrit aux yeux du KGB.
+ Lire la suite
Commenter    J’apprécie          100
Woland
Woland11 avril 2012
  • Livres 5.00/5
III - Comme Stalingrad pour la Seconde guerre mondiale, cette découverte marque le tournant décisif dans l'oeuvre de Grossman. Mais il ne tombera pas dans le piège de l'auto-apitoiement, il fera beaucoup mieux : l'horreur imposée aux Juifs par les Nazis, il fait en sorte de la dépeindre comme un fléau universel, capable d'atteindre du jour au lendemain l'Humanité tout entière. Vous faut-il une preuve ? le sort infligé à Sturm, alter ego vraisemblable de l'auteur dans le roman et physicien dont se détournent peu à peu, après la guerre, parce qu'il est juif, tous ses bons "camarades", qu'ils aient ou non leur carte au Parti, voilà cette preuve, froidement et presque cliniquement détaillée par un homme à qui les siens ont fait perdre ses dernières illusions.
On admirera l'ironie avec lequel l'effacement progressif de Sturm dans et par une société soviétique qui se soumet à l'antisémitisme stalinien est justement stoppé par un appel téléphonique du Coryphée suprême, désormais soucieux, en raison des progrès américains en la matière, des théories sur l'atome du physicien déchu ...
Sturm est sauvé, certes : mais les autres ? Les autres Juifs, bien sûr mais aussi tous les autres qui, sans être juifs, pourrissaient dans les isolateurs ou dans les camps de travail du régime ? ...
On ne peut que demeurer muet et admiratif devant l'humanité profonde qui a permis à Vassili Grossman non seulement de transcender ses chagrins personnelles - en tant que fils, en tant que père, en tant que juif - et de trouver la force de faire si tôt le lien entre les deux grands totalitarismes du XXème siècle, mais aussi de refuser l'auto-apitoiement facile de ses pairs pour se préoccuper avant tout de la souffrance humaine universelle. Ce faisant, il faisait de "Vie & Destin", dont tous les exemplaires manuscrits furent, en principe, confisqués par le KGB en 1961, un livre lui aussi universel qu'il ne faut pas hésiter à lire. S'il y a un homme qui mérita un jour le titre si galvaudé à notre époque de "citoyen du monde", ce fut bien Vassili Grossman : lisez "Vie & Destin" - vous comprendrez. ;o)
+ Lire la suite
Commenter    J’apprécie          150
frandj
frandj28 novembre 2015
  • Livres 5.00/5
Suite de "Pour une juste cause" (que je n’ai pas lu), "Vie et destin" est une œuvre immense. Elle a été terminée en 1962, mais elle a bien failli être perdue en raison de l’intervention musclée du KGB. Heureusement, elle a pu être sauvée. Son contenu provient de l’expérience personnelle de Vassili Grossman comme correspondant de guerre sur le front, face à la Wehrmacht (notamment à Stalingrad). Une expérience terrible, qui lui a permis de tout observer: l’impréparation de l’Armée Rouge, les atrocités de la guerre, les massacres de Juifs par les nazis, le poids despotique de la dictature stalinienne. Il raconte tout cela, mêlant son expérience personnelle aux aventures de ses personnages romanesques. Dans ce livre, l’auteur - qui était Juif - se révèle lucide et sincère, au risque de se mettre personnellement en danger. Dans ce monde en folie, il sait prendre de la hauteur et s’exprime sans acrimonie, sans pathos. Vassili Grossman était un grand humaniste.
J’ai découvert tardivement ce monument de la littérature russe et je suis heureux, amèrement heureux de l’avoir lu. Je le recommande sans aucune réserve, malgré la longueur de son texte.
+ Lire la suite
Commenter    J’apprécie          150

Les critiques presse (1)
Liberation26 mars 2012
La puissance iconoclaste du roman était telle que le manuscrit fut arrêté par le KGB «comme un être vivant».
Lire la critique sur le site : Liberation
Citations & extraits (64) Voir plus Ajouter une citation
lilianelafondlilianelafond01 mai 2016
" Que dire des hommes. Ils m'étonnent en bien et en mal. Ils sont extraordinairement divers bien que tous connaissent le même destin. Mais si pendant l'orage, tous s'efforcent de s'abriter de la pluie, cela ne veut pas dire que tous les hommes sont semblables. Et d'ailleurs , ils s'abritent chacun à sa façon." (lettre de la mère de Victor Pavlovitch Strum)
Page 204 : "Tout lui était indifférent si quelqu'un lui avait dit que la guerre était finie, que sa fille était morte, si quelqu'un lui avait donné un verre de lait, elle n'aurait pas bougé, n'aurait pas tendu la main. Son cerveau était vide. Tout était inutile. Il ne restait plus qu'une souffrance régulière qui lui serrait le cœur et écrasait ses tempes. "
Page 232: " Abartchouk soupira:
- Tu sais, il faudrait écrire une étude sur le désespoir dans les camps. Il y a le désespoir qui t'écrases, il y a celui qui se jette sur toi à l'improviste, il y a celuI qui t'étouffe, qui ne te permet plus de respirer. Et puis il y a celui qui ne t'écrase pas et ne t'étouffe pas; c'est celui qui déchire l'homme de l'intérieur, comme les monstres des profondeurs qu'on remonte à la surface de l'océan."
Page 259 : "Bien sûr, l'opium absurde de l'optimisme vient au secours des hommes quand le sentiment aigu de l'horreur prend la place d'un désespoir résigné. "
Page 281 : " La violence et la contrainte exercées par les systèmes sociaux totalitaires ont été capables de paralyser dans des continents entiers l'esprit de l'homme.[...] A côté de ces deux premières forces( l'instinct de conservation et la puissance hypnotique des grandes idées), il y en a une troisième: l'effroi provoqué pas la violence dans limites qu'exerce un Etat puissant , par le meurtre érigé en moyen de gouvernement. La violence exercée par un Etat totalitaire est si grande qu'elle cesse d'être un moyen pour devenir objet d'adoration quasi mystique et religieuse.[...] Le soulèvement du ghetto de Varsovie, le soulèvement de Treblinka, le soulèvement de Sobibor, les petites révoltes des brenner, sont nés du désespoir. Mais bien sûr, le désespoir lucide et total n'a pas seulement suscité des soulèvements et de la résistance, il a également suscité une aspiration à être tué le plus rapidement possible[...]. Il faut s'interroger sur ce qu'a dû voir et endurer un homme pour être réduit à attendre comme un bonheur le moment de son exécution. Et en premier lieu ceux qui devraient s'interroger là-dessus, ce sont les hommes qui sont enclins à expliquer comment il aurait fallu combattre dans des conditions dont, par chance, ces professeurs n'ont pas la moindre idée. "
Page 382: " Oh, la force claire et merveilleuse d'une conversation sincère! Oh,la force de la vérité! Quel prix terrible payaient parfois les hommes pour quelques mots courageux prononcés sans arrière -pensée.[...] Victor Pavlovitch se souvient du visage de son assistant lorsqu'il lança, en guise de plaisanterie, que Staline avait énoncé des lois de gravitation universelle avant Newton.
- Vous n'avez rien dit, je n'ai rien entendu , lui dit le jeune physicien gaiement.
Pourquoi faire toutes ces plaisanteries? En tout cas, plaisanter est idiot, comme si l'on s'amusait à donner des chiquenaudes à un flacon de nitroglycérine. Oh, la force claire d'une parole libre et joyeuse! Elle existe justement parce qu'on la prononce soudain malgré toutes les peurs.
Page 858 " L'innocence personnelle est un vestige du Moyen Age. c'est de l'Alchimie! Tostoï a dit qu'il n'y avait pas, sur terre d'hommes coupables.Nous autres,tchékistes, avons mis au point une thèse supérieure; il n'y a pas, sur terre, de gens innocents. "
+ Lire la suite
Commenter    J’apprécie          50
lilianelafondlilianelafond01 mai 2016
"- Ah, ça suffit ? reprit, sur un ton de menace plaisante, Madiarov. Non, cela ne suffit pas ! Tchekhov a fait entrer dans nos consciences toute la Russie dans son énormité ; des hommes de toutes les classes, de toutes les couches sociales, de tous les âges... Mais ce n'est pas tout ! Il a introduit ces millions de gens en démocrate, comprenez-vous, en démocrate russe. Il a dit, comme personne ne l'avait dit avant lui, pas même Tolstoï, il a dit que nous sommes avant tout des êtres humains ; comprenez-vous : des êtres humains !
Il a dit que l'essentiel, c'était que les hommes sont des hommes et qu'ensuite seulement, ils sont évêques, russes, boutiquiers, tatares, ouvriers. Vous comprenez ? Les hommes sont bons ou mauvais non en tant que Tatares ou Ukrainiens, ouvriers ou évêques ; les hommes sont égaux parce qu'ils sont des hommes."
+ Lire la suite
Commenter    J’apprécie          10
lilianelafondlilianelafond01 mai 2016
"La jeune fille n'osait pas regarder [le général] Zakharov , craignant une explosion de colère, son caractère difficile et emporté était connu de tous. Mais soudain elle s'écria, joyeuse :

- le voilà, je vous en prie, camarade général ; et elle lui tendit l'écouteur.

Au bout du fil se trouvait le chef d'état-major de la division. Tout comme la jeune fille, il prit peur en entendant la respiration haletante et la voix impérieuse du chef d'état-major du groupe d'armées.

- Alors, qu'est-ce qui se passe ? Rendez compte. Avez-vous une liaison avec Tchouïkov ?

Dans son rapport, le chef d'état major de la division relata l'incendie des réservoirs, le torrent de feu qui s'était jeté sur le Q.G. de l'armée ; il informa que la division n'avait aucune liaison avec Tchouïkov, que selon toute apparence il y avait des survivants, car on devinait, à travers les flammes et la fumée, la présence d'hommes sur un monticule au bord du fleuve ; mais on ne pouvait les approcher ni par la rive ni en barque, car la Volga était en feu. Batiouk était parti avec la section de défense rapprochée en direction de l'incendie, pour tenter de détourner le pétrole en flammes et d'aider les hommes sur la rive à se sortir du feu.

A la fin du rapport, Zakharov prononça :
- transmettez à Tchouïkov... Si vous le trouvez en vie, transmettez à Tchouïkov...
Zakharov se tut.

La jeune fille, étonnée par le long silence du général et s'attendant à des éclats de voix, jeta un regard craintif dans sa direction ; il essuyait ses larmes avec un mouchoir.

Cette nuit-là, quarante officiers de l'état-major périrent par le feu dans leurs abris effondrés."
+ Lire la suite
Commenter    J’apprécie          00
lilianelafondlilianelafond01 mai 2016
"Il y a une ressemblance hideuse entre entre les principes du fascisme et les principes de la physique moderne. Le fascisme a rejeté le concept d'individu, le concept d'homme et il opère par masses énormes. La physique moderne parle d'une plus ou moins grande probabilité des phénomènes dans tel ou tel ensemble d'individus physiques.

Le fascisme ne se fonde-t-il pas, dans sa terrifiante mécanique, sur les lois d'une politique quantique, sur une théorie des probabilités politiques ?

Le fascisme a décidé d'exterminer des couches entières de la population, d'ensembles nationaux ou raciaux , en partant de l'idée que la probabilité de conflits ouverts ou cachés était plus grande dans ces ensembles que dans d'autres ensembles humains. La mécanique des probabilités et des ensembles humains.

Mais non, bien sûr ! Et le fascisme périra justement parce qu'il a cru pouvoir appliquer à l'homme les lois des atomes et des pavés."
+ Lire la suite
Commenter    J’apprécie          00
PilingPiling01 septembre 2010
Dans cette steppe kalmouke qui s'étend vers l'est jusqu'à l'estuaire de la Volga et les bords de la mer Caspienne, où elle se transforme en désert, la terre et le ciel se sont reflétés l'un dans l'autre depuis si longtemps qu'ils se ressemblent, comme se ressemblent mari et femme quand ils ont vécu toute leur vie ensemble. Et il est impossible de savoir si c'est le gris de l'herbe qui pousse sur le bleu incertain et délavé du ciel ou la steppe qui s'est imprégné du bleu du ciel, et il devient impossible de distinguer le ciel de la terre, ils se fondent dans une même poussière sans âge. Quand on regarde l'eau épaisse et lourde des lacs Datsa et Barmantsak, on croit voir de plaques de sel à la surface de la terre ; les plaques de sel, elles, elles imitent à s'y méprendre l'eau des lacs.

Peut-être est-ce pour cette raison qu'il y a tant de mirages ? Les frontières entre l'air et la terre, entre l'eau et le sel n'existent plus. Un élan de la pensée, une impulsion du cerveau d'un voyageur assoiffé se transforme en d'élégants édifices de pierre bleutée, et la terre se met à ruisseler, et les palmeraies s'étendent jusqu'à l'horizon, et les rayons du soleil terrible et dévastateur, traversant des nuages de poussière, se métamorphosent en des coupoles dorées de palais…

L'homme, en une minute d'épuisement, crée lui-même, à partir de ce ciel et de cette terre, le monde de ses désirs.

Et soudain le désert de la steppe se montre sous un tout autre jour.

La steppe ! Une nature sans la moindre couleur criarde, sans la moindre aspérité dans le relief ; la sobre mélancolie des nuances grises et bleues peut surpasser en richesse le flot coloré de la forêt russe en automne ; les lignes douces, à peine arrondies, des collines s'emparent de l'âme plus sûrement que les pics du Caucase ; les lacs avares, remplis d'une eau vieille comme le monde, disent ce qu'est l'eau mieux que toutes les mers et tous les océans.

Tout passe, mais ce soleil, ce soleil énorme et lourd, ce soleil de fonte dans les fumées du soir, mais ce vent, ce vent âcre, gorgé d'absinthe, jamais on ne peut les oublier… Riche est la steppe…

La voilà au printemps, jeune, couverte de tulipes, océan de couleurs… L'herbe à chameaux est verte et ses piquants sont encore tendres et doux.

Mais toujours – au matin, en été ou en hiver, par de sombres nuits de pluie ou par clair de lune – toujours et avant toute chose, la steppe parle à l'homme de la liberté… Elle la rappelle à ceux qui l'ont perdue.
+ Lire la suite
Commenter    J’apprécie          90
Videos de Vassili Grossman (4) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Vassili Grossman
La Dernière Lettre de Vassili Grossman Extrait !
Dans la catégorie : Littérature russeVoir plus
>Littérature des autres langues>Littératures indo-européennes>Littérature russe (472)
autres livres classés : seconde guerre mondialeVoir plus
Acheter ce livre sur

AmazonFnacPriceministerLeslibraires.fr





Quiz Voir plus

La littérature russe

Lequel de ses écrivains est mort lors d'un duel ?

Tolstoï
Pouchkine
Dostoïevski

10 questions
182 lecteurs ont répondu
Thèmes : littérature russeCréer un quiz sur ce livre
. .