> Efim Grigor'evic Ètkind (Préfacier, etc.)
> Alexis Berelowitch (Traducteur)

ISBN : 2253110949
Éditeur : LGF (2005)


Note moyenne : 4.66/5 (sur 29 notes) Ajouter à mes livres
Voici l'un des plus grands livres du siècle. Son auteur, juif russe né en 1905, fut pendant longtemps un écrivain et un journaliste communiste d'une orthodoxie absolue. Il suivit l'Armée rouge jusqu'à Treblinka, où fumaient encore les cendres des victimes du génocide na... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par Epytafe, le 12 octobre 2011

    Epytafe
    Une œuvre énorme et sublime. Sur fond de 2ème guerre mondiale et de bataille de Stalingrad Grossman nous livre une immense saga, un gigantesque laboratoire du comportement humain dans un vivier d'idéologies.
    Vie et destin est l'histoire d'une victoire, de la victoire de l'URSS sur le nazisme. Mais sous cette victoire se glisse la perte irrémédiable de la foi. La foi aveugle que l'auteur portait au communisme n'a pas résisté à une crise personnelle longue et profonde et sous la victoire de l'armée rouge se cache la défaite du communisme identique au nazisme car totalitaire.
    C'est par petite touches subtiles que Grossman fait passer son message (il espérait publier son livre en URSS, mais l'ouvrage fut saisi par le KGB et miraculeusement retrouvé 20 ans plus tard dans une maison d'édition suisse) tout au long de cette extraordinaire chronique historique.
    Si vous hésitez entre les bienveillantes et Vie et destin, décidez-vous pour Grossman, les formes peuvent se comparer, le fond de Vie et destin est infiniment plus riche.
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  • Par vegalia, le 24 janvier 2012

    vegalia
    Ce livre retrace l'épopée d'une famille à travers la période trouble de la seconde guerre mondiale et du stalinisme. Comment vivre quand l'être humain n'est plus pensant, espérant mais souffrant et subissant ? Comment survivre quand son environnement devient un glauque de haine, d'inhumanité et de délation ? Où trouver la force de continuer par delà la torture et la mort ?
    Ce livre puissant, écrit sans complaisance mais sans ressentiment est à lire car c'est presque un documentaire sur un temps noir qui ne doit pas s'effacer de notre mémoire.
    818 pages ne sont pas de trop pour décrire cette atrocité.
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    • Livres 5.00/5
    Par CJFCA, le 26 mars 2010

    CJFCA
    Littell avec ses "Bienveillantes" est battu à pleines coutures!! Quel souffle dans ces 1200 pages( en Poche), ces multitudes de tranches de vie de soldats, gradés ou non, des membres du P.C., des S.S., de chercheurs, de petites gens, des russes, des allemands, tous reliés par cette bataille de Stalingrad,et qui croisent tous ,à un moment ou un autre, les membres de la famille Chapochnikov. Cette Peur qui les empêche tous de s'exprimer librement, cette similitude montrée par petite touche entre les deux dictatures, fascisme et stalinisme.
    Des pages bouleversantes d'humanité,des dialogues subversifs sur les rapports à l'autorité, la religion, la guerre.
    Pas étonnant qu'il ait été interdit, quel bonheur qu'un manuscrit ait été conservé et nous soit parvenu, même 20 ans après.
    Un chef- d'œuvre....
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    • Livres 4.00/5
    Par folivier, le 18 mars 2011

    folivier
    Les réflexions philosophiques de Grossman sur le bien et le mal, la vie et le destin sont parfois un peu lourdes et didactiques. Mais ces aspects sont largement balayés par le roman et la grande humanité de tous les personnages du livre. Grossman fixe son roman autour de Stalingrad présenté comme le point de bascule de la seconde guerre mondiale mais en fait point de bascule également de la Russie, de l'empire sovitétique, bascule du monde occidental, parallèlement les personnages basculent tous également dans le doute, les remises en cause et grandissent au travers des épreuves terribles qu'ils subissent. Grossman apporte une image terrifiante des totalitarismes (nazie et communiste) et des conséquences sur l'homme et son humanité perdue tout en gardant un espoir que par le besoin absolu de liberté l'homme consevera son humanité malgré tout.
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    • Livres 5.00/5
    Par molkinette, le 24 janvier 2012

    molkinette
    Ce livre, puissant et effectivement sans complaisance, ne relate pas seulement une période que l'on ne doit pas oublier : il va beaucoup plus loin ! Il pose la question de l'être humain en général : au-delà du stalinisme, de la Seconde Guerre Mondiale et du fascisme, comment l'être humain est -il capable d'affronter des situations extrêmes, jusqu'où l'homme est-il capable d'aller? Peut-il réussir à garder un brin d'humanité, de générosité, de lucidité? Comment peut-il survivre face à des choix inéluctables mais contraires à ses convictions et à sa nature? Comment supporter la culpabilité?
    Un livre, selon moi, inoubliable, indispensable. Il a transformé ma façon d'appréhender les choses, la vie.. Un des quelques livres que j'emmènerai sur une île déserte.
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Citations et extraits

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  • Par Piling, le 01 septembre 2010

    Dans cette steppe kalmouke qui s'étend vers l'est jusqu'à l'estuaire de la Volga et les bords de la mer Caspienne, où elle se transforme en désert, la terre et le ciel se sont reflétés l'un dans l'autre depuis si longtemps qu'ils se ressemblent, comme se ressemblent mari et femme quand ils ont vécu toute leur vie ensemble. Et il est impossible de savoir si c'est le gris de l'herbe qui pousse sur le bleu incertain et délavé du ciel ou la steppe qui s'est imprégné du bleu du ciel, et il devient impossible de distinguer le ciel de la terre, ils se fondent dans une même poussière sans âge. Quand on regarde l'eau épaisse et lourde des lacs Datsa et Barmantsak, on croit voir de plaques de sel à la surface de la terre ; les plaques de sel, elles, elles imitent à s'y méprendre l'eau des lacs.

    Peut-être est-ce pour cette raison qu'il y a tant de mirages ? Les frontières entre l'air et la terre, entre l'eau et le sel n'existent plus. Un élan de la pensée, une impulsion du cerveau d'un voyageur assoiffé se transforme en d'élégants édifices de pierre bleutée, et la terre se met à ruisseler, et les palmeraies s'étendent jusqu'à l'horizon, et les rayons du soleil terrible et dévastateur, traversant des nuages de poussière, se métamorphosent en des coupoles dorées de palais…

    L'homme, en une minute d'épuisement, crée lui-même, à partir de ce ciel et de cette terre, le monde de ses désirs.

    Et soudain le désert de la steppe se montre sous un tout autre jour.

    La steppe ! Une nature sans la moindre couleur criarde, sans la moindre aspérité dans le relief ; la sobre mélancolie des nuances grises et bleues peut surpasser en richesse le flot coloré de la forêt russe en automne ; les lignes douces, à peine arrondies, des collines s'emparent de l'âme plus sûrement que les pics du Caucase ; les lacs avares, remplis d'une eau vieille comme le monde, disent ce qu'est l'eau mieux que toutes les mers et tous les océans.

    Tout passe, mais ce soleil, ce soleil énorme et lourd, ce soleil de fonte dans les fumées du soir, mais ce vent, ce vent âcre, gorgé d'absinthe, jamais on ne peut les oublier… Riche est la steppe…

    La voilà au printemps, jeune, couverte de tulipes, océan de couleurs… L'herbe à chameaux est verte et ses piquants sont encore tendres et doux.

    Mais toujours – au matin, en été ou en hiver, par de sombres nuits de pluie ou par clair de lune – toujours et avant toute chose, la steppe parle à l'homme de la liberté… Elle la rappelle à ceux qui l'ont perdue.
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  • Par jcfvc, le 27 octobre 2009

    EXTRAIT n°1 p.36/37

    On aurait pu croire qu'il fallait pour contrôler cette énorme masse de prisonniers une armée de surveillants, des millions de gardiens, mais il n'en était rien. Les uniformes S.S. ne se montraient pas dans les baraquements pendant des semaines entières. Les détenus eux-mêmes avaient pris sur eux la tâche d'exercer la surveillance policière à l'intérieur ds camps. Les détenus eux-mêmes veillaient au respect du règlement intérieur dans les baraques, veillaient à ce que seules des pommes de terre pourries et gelées aillent dans leurs chaudrons, tandis que les bonnes, soigneusement triées, allaient approvisionner l'armée. Les détenus étaient médecins dans les hopitaux, bactériologues dans les laboratoires des camps; ils étaient les ingénieurs qui donnaient la lumière et la chaleur aux camps et fournissaient les pièces détachées aux machines des camps. (...) Les détenus avaient accès aux affaires secrètes de l'Etat carcéral : ils prenaient part à l'établissement des listes de «sélection», au travail sur les détenus dans les Dunkelkammer, les boîtes noires en béton. On avait l'impression que les chefs pouvaient disparaître, les détenus auraient maintenu le courant à haute tension dans les fils pour ne pas se sauver et continuer à travailler. Tous ces kapos et Blockälteste servaient leurs chefs, mais ils soupiraient ou versaient même quelques larmes sur ceux qu'ils menaient aux fours crématoires ... Mais, malgré tout, ce dédoublement n'était jamais total; ils n'incluaient pas leurs noms dans les listes de sélection. (...)
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  • Par jcfvc, le 27 octobre 2009

    EXTRAIT n°2 p. 280
    (...) Une des propriétés les plus extraordinaires de la nature humaine qu'ait révélé cette période est la soumission. On a vu d'énormes files d'attente se constituer devant les lieux d'exécution et les victimes elles-même veillaient au bon ordre de ces files. On a vu des mères prévoyantes qui, sachant qu'il faudrait attendre l'éxécution pendant une longue et chaude journée, apportaient des bouteilles d'eau et du pain pour leurs enfants. Des millions d'innocents, pressentant une arrestation prochaine, préparaient un paquet avec du linge et une serviette et faisaient à l'avance leurs adieux. (...) Et ce ne furent pas des dizaines de milliers, ni même des dizaines de millions, mais d'énormes masses humaines qui assistèrent sans broncher à l'extermination des innocents. Mais ils ne furent pas seulement des témoins résignés; quand il le fallait, ils votaient pour l'extermination, ils marquaient d'un murmure approbateur leur accord avec les assassinats collectifs. Cette extraordinaire soumission des hommes révéla quelque chose de neuf et d'inattendu. Bien sûr, il y eut la résistance, il y eut le courage et la ténacité des condamnés, il y eut des soulèvements, il y eut des sacrifices, quand, pour sauver un inconnu, des hommes risquaient leur vie et celle de leurs proches. Mais, malgré tout, la soumission massive reste un fait incontestable.(...)


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  • Par jcfvc, le 27 octobre 2009

    EXTRAIT n° 3 p.721/722

    Anton Khmelkov était parfois horrifié par son travail et le soir, couché, écoutant le rire de Trofime Joutchenko, il restait plongé dans une stupeur froide et lourde. Les mains aux doigts longs et forts de Joutchenko , ces mains qui refermaient les portes étanches, semblaient toujours sales, et il était désagréable de prendre du pain dans le même panier que Joutchenko. Quand le matin, Joutchenko allait à son travail et attendait la venue de la colonne de détenus en provenance du quai de débarquement, il éprouvait une émotion joyeuse. Le mouvement de la colonne lui semblait d'une lenteur insupportable, sa gorge émettait une note plaintive et sa mâchoire inférieure tremblait, comme celle d'un chat en train de guetter des moineaux de derrière la vitre. Cet homme était à l'origine de l'inquiétude qu'éprouvait Khmelkov. Bien sûr, Khelmov, lui aussi, était capable, après un verre de trop, de prendre un peu de bon temps avec une femme dans la file. Il existait un passage qu'utilisaient les membres du Sonderkommando pour pénétrer dans le vestiaire et se choisir une femme. Un homme reste un homme. Khmelkov choisissait une femme ou une fillette, l'emmenait dans un box vide et la ramenait une demi-heure plus tard. Il se taisait et la femme aussi. Il n'était pas ici pour les femmes ou l'alcool, ni pour les culottes de cheval en gabardine ou des bottes en box. Il avait été fait prisonnier un jour de juillet 1941. On l'avait battu à coups de crosse sur la tête et le cou; il avait souffert de dysenterie; on lui avait donné à boire une eau jaunâtre, couverte de taches de mazout; on l'avait fait marcher sur la neige en bottes déchirées; il avait arraché de ses mains des morceaux de viande noire et puante sur un cadavre de cheval, il avait bouffé des rutabagas pourris et des épluchures de pommes de terre. Il avait choisi une seule chose : vivre, il ne désirait rien d'autre; il s'était débattu contre dix morts : il ne voulait pas mourir de froid ou de faim, il ne voulait pas mourir de dysenterie; il ne voulait pas s'écrouler avec neuf grammes de plomb dans le crâne, il ne voulait pas enfler et mourir d'un oedème. Il n'était pas un criminel, il était coiffeur dans la ville de Kertch et personne n'avait jamais eu mauvaise opinion de lui : ni ses proches, ni ses voisins, ni ses amis avec lesquels il buvait du vin et jouait aux dominos.Et il pensait qu'il n'y avait rien de commun entre lui et Joutchenko. Mais parfois il lui semblait que ce qui le séparait de Joutchenko était une broutille insignifiante; et quelle importance avaient, après tout, pour Dieu et pour les hommes, les sentiments qui les animaient quand ils se rendaient à leur travail ? L'un était gai, l'autre ne l'était pas, mais ils faisaient le même travail. Mais il ne comprenait pas que Joutchenko lui faisait peur non parce qu'il était plus coupable que lui, mais parce que sa monstruosité innée le disculpait. Alors que lui, Khmelkov, n'était pas un monstre, il était un homme. Il savait confusément qu'un homme qui veut rester un homme sous le fascisme peut faire un choix plus facile que de sauver sa vie : la mort.


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  • Par jcfvc, le 27 octobre 2009

    L'officier S.S. chargé d'interroger son prisonnier, un vieux léniniste, met en lumière la fraternité secrète qui unit le nazisme d'Hitler au bolchévisme de Staline, en s'adressant à lui en ces termes :

    « Quand nous nous regardons, nous ne regardons pas seulement un visage haï, nous nous regardons dans un miroir. Là réside la tragédie de notre époque (...) notre victoire est en même temps la vôtre. Vous comprenez ? Si c'est vous qui gagnez, nous périrons, mais nous continuerons à vivre dans votre victoire (...) Nous sommes des formes différentes d'une même essence : l'Etat-Parti. »
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Vidéo de Vassili Grossman

Juin 2009 - Théâtre de l'Epée de Bois - Cartoucherie
Production : Têtes d'Ampoule Mise en scène : Nathalie Colladon Avec : Christine Melcer Scénographie : Sylvain Brizay Musique original : Pipo Gomes Vidéo et montage : Elodie Rivalan et Nicolas Sburlati
Avec le soutien de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah et le Label "Rue du conservatoire".











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