« J'avais dix-huit ans quand Gauvain m'est entré dans le cœur pour la vie, sans que nous le sachions, ni lui, ni moi. Oui, cela a commencé par le cœur ou ce que je prenais pour le cœur à cette époque et qui n'était encore que la peau. »
Nous sommes en 1948. C'est le coup de foudre. Deux jeunes gens venant d'un milieu différent tombent follement amoureux l'un de l'autre. Un mariage charnel s'accomplit. Gauvain, marin breton et George, future historienne, venant de Paris – unissent leurs corps et leurs âmes pour la vie. Gauvain est amoureux fou et désirerait que leur union s'officialise mais George, plus raisonnable et moins passionnée que Gauvain, refuse. Elle ne veut pas de sacrifices, d'un côté comme de l'autre. « Je voulais qu'il garde son métier, son accent, sa force et ses incompétences. Savais-je seulement si je l'aimerais déguisé en employé ou même en charpentier de marine, dépouillé du reflet des vagues dans ses yeux ? Et s'il s'aimerait encore lui-même ? » Plus tard, mariés chacun de leur côté, ils se retrouvent, et c'est une longue série de séjours d'amants sous les tropiques, au Canada et en France.
Benoîte Groult n'y va pas par quatre chemin en employant une écriture directe,
notamment quant aux préjugés de George vis-à-vis de Gauvain et aux scènes d'amour érotico-sensuelles, et celles-ci sont nombreuses car le thème de la passion charnelle est tout de même le thème principal. Ce roman constitue une réflexion importante sur le gouffre existant entre classes sociales, si difficile à surmonter, à la simplicité et au naturel impossibles à rejoindre d'un milieu à l'autre. J'ai trouvé cette lecture très émouvante et d'une grande cohérence.