"Puis- je vous entretenir d'une crise d'un genre très particulier?... Une crise qui a frappé les mathématiques dans leur chair. Moi qui vous parle, j'ai été responsable de la plus grave crise que les mathématiques ont subie depuis les Grecs ! Vingt-trois siècles parsemé... > voir plus
L'idée de départ est intéressante : faire cohabiter contraints et forcés un mathématicien allemand de génie et un cheminot français en pleine première guerre mondiale - bref deux types que tout oppose.
Bien entendu, ils vont se flairer, se parler, pour finir par se rencontrer et s'apprécier.
D'accord, c'est une belle leçon d'humanisme, ce n'est pas trop mal écrit, mais mon intérêt s'est vite essoufflé.
J'ai ressenti l'exercice de style, la thématique unique retournée dans tous les sens...
Et puis, désolé, toutes ces considérations sur les mathématiques (le dada de l'auteur, manifestement) m'ont laissé de marbre - même si j'admets qu'elles pourront fasciner certains lecteurs.
Pour finir, j'ai rapidement atteint ma limite, l'asymptote de mon attention s'est mise à frôler dangereusement l'abscisse de mon ennui, jusqu'à ce que le livre me tombe des mains vers la page 113 (113 : nombre premier, si je ne m'abuse).
Voilà un livre très original, puisqu'il s'agit pour Guedj de rendre intéressantes les mathématiques, de montrer combien elles peuvent constituer une passion. du reste, l'auteur parvient bien nous intéresser à ces énigmes mathématiques qu'il expose. Néanmoins, c'est évident, elles alourdissent un récit déjà bien lent et grisâtre, renforçant ainsi l'idée qu'on se fait d'une matière littéraire aride, alors même que le but était sûrement inverse
Commençons cet article par un résumé de l'oeuvre. Voulez-vous bien? En 1917, Hans Singer, vieux mathématicien de renom, entre à l'hôpital psychiatrique. Il partage sa cellule avec Matthias Dutour, un jeune soldat français, conducteur de locomotive et anarchiste convaincu. Tout les oppose, pourtant ils échangent sur leurs vies, leurs secrets, leurs folies. Jour après jour, les deux désespérés tissent les liens d'une improbable et indéfectible amitié. (Suite sur mon blog)
Il y a pour chaque homme un devoir d’insatisfaction, Herr Singer. On se doit d’être insatisfait. Insatisfait de l’état du monde, insatisfait de la pauvreté, de la famine, de l’oppression, de l’exploitation, de l’injustice, insatisfait de l’abandon des enfants. Insatisfait de l’état du monde, non parce qu’on le hait, mais parce qu’on l’aime. Et d’autant plus insatisfait qu’on l’aime. Oui, le transformer et l’aimer, le transformer parce qu’on l’aime.
Je ne sais pas ce qui m'est arrivé. Je me suis renversé, comme un bateau, la quille à l'air. J'ai applaudi à la guerre ! Je suis devenu mon propre ennemi. Directement de l'internationalisme au patriotisme patriotard, de la lutte des classes à la lutte des peuples, de la fraternité du combat social à la camaraderie suspecte des tranchées, du refus de l'autorité à la soumission aux adjudants. [...] je me suis nié.