Tommy, petit garçon âgé de douze ans, n'est en rien un petit garçon comme les autres. Atteint d'une maladie cardiaque, les jeux turbulents lui sont formellement interdits. Alors, n'ayant pas d'amis, il trouve souvent refuge auprès de son ami imaginaire, Kajef. Mais surtout, à l'aide de son MP3, Tommy enregistre le monde qui l'entoure pour le retranscrire sur son ordinateur. C'est ainsi qu'il surprend et enregistre, lors d'un banquet de noces, une révélation, faite sur le ton anodin d'une conversation d'adultes, révélation concernant la mort de sa mère.
Tommy parle peu, mais, dès lors, comprend tout des failles et des trahisons des adultes qui l'entourent. Méthodiquement, il veut reconstruire le puzzle de cette vérité qu'on lui a cachée. Mais alors que ces adultes pensent faire face et protéger le petit Tommy, aucun d'eux ne perçoit sa quête, et tous laisseront paraître leurs défaillances : le père, chirurgien en cardiologie pédiatrique rongé par le souvenir douloureux de la mère de Tommy, Alma , la jeune belle-mère si proche de Tommy qu'elle considère comme son enfant, mais que son époux ne regarde plus, tous rongés par les blessures d'un passé qu'ils tentent tant bien que mal d'étouffer .
J'ai été quelque peu déboussolée au début de ce roman par la structure de sa narration (sans doute aussi lié à des mauvaises conditions de lecture ce jour-là…). Trois narrateurs en effet s'y succèdent : Tommy, son père Juan et sa belle-mère Alma. Comme l'écho de trois voix, de trois souffrances qui s'ignorent les unes des autres, et ne parviennent plus à poursuivre ensemble le chemin de leur vie familiale. Mais très vite, je me suis laissée porter par l'écriture délicate, toute en grâce de
Carla Guelfenbein.
De nombreux passages m'ont bouleversée : je les ai retrouvés dans le billet de l'Or des Chambres et de Pascale.
Alors, personnellement, je rajouterais cet extrait-là, car comme l'a dit L'or des Chambres, ce roman « met le doigt là où ça fait mal, sur nos fragilités »
Extrait de la page 243 (Le petit Tommy en est le narrateur)
Papa n'élève pas la voix. Il parle calmement, modulant chaque syllabe. Il sait se contrôler. Moi aussi, je me suis entraîné. Papa a honte de mon corps, il a honte que je sois comme je suis, que je ne joue pas au football, que j'aie peur des espaces fermés, que j'ai des réactions stupides. Et comme il croit que je suis une part de lui, il essaie de dominer cette part comme il essaie de se dominer lui-même. Mais ce qu'il veut est impossible, parce qu'il n'est pas moi. S'il pouvait le comprendre, il ne m'aurait pas tenu ce genre de propos, car ce que je fais est une partie de moi ; je ne peux pas changer çà. Pas parce que je suis un peu philosophe, comme dit Mr Berley, mais tout simplement parce qu'on n'y peut rien. Ce « çà » me suit partout, et pour l'extirper il faudrait expulser mon être de moi-même. Avant de quitter ma chambre, il se retourne et me lance :
- On est d'accord, champion ?
- On est d'accord.
Je ne lui ai jamais avoué que je déteste ce mot, « champion ». Champion de quoi ? C'est comme s'il parlait à un autre enfant, comme s'il ne me voyait pas.
Un très beau livre , que j'ai refermé avec un pincement au coeur en pensant à tous les petits Tommy ...
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