ISBN : 2841567176
Éditeur : Editions du Rouergue (2006)


Note moyenne : 4.32/5 (sur 82 notes) Ajouter à mes livres
Mortagne n'est pas un patelin tranquille. Ceux qui travaillent le bois ne peuvent pas encadrer les vignerons et inversement. La haine fouette les murs. Les coups tordus pleuvent sans prévenir. Martial préfère apprendre la mécanique le plus loin possible. Pour fuir la sc... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par Liceal, le 21 juin 2009

    Liceal
    Page blanche, pour moi d'habitude si volubile, si grande babaille. Impossible de dire le malaise et la grande impression que m'a fait ce court roman. Il est curieux de voir qu'il m'a fallu du temps pour que le déclic se fasse, pour que les mots sortent. Je voulais dire les choses justes, ne pas m'égarer. Peut-être que la sortie de la bande dessinée adaptée du roman y est pour quelque chose. Peut-être avais-je besoin d'avoir sous les yeux l'atmosphère, les couleurs que je ressentais. Peut-être aussi n'avais-je tout simplement pas le courage de m'y mettre… Et enfin, un commentaire pour la job, que je reprends, en partie et retravaillé, pour le blog. Il n'est jamais trop tard!
    je_mourrai_pas_gibierJe mourrai pas un gibier est une balle tirée à bout portant. Balle ravageuse, assassine, dérangeante. Les mots de Guillaume Guéraud tranchent, dépècent, ils sont sans fioritures, directs, comme la folie meurtrière dans laquelle bascule la voix du roman : ou comment un mariage rime avec carnage.
    Une voix qui tourne sur elle-même tel un fauve en cage. Une ombre qui expose froidement les faits. L'angoisse s'insinue entre les lignes et mord à vif les nerfs du lecteur. "Je suis né chasseur, Je mourrai pas gibier" un leitmotiv refusé par le meurtrier et qu'il va, pourtant, faire devenir sien. Prêt à tout pour ne pas être ce gibier, cette bête condamnée à une mort lente dans une famille et un milieu qui le rongent, l'anesthésient.
    Il n'y a pas d'interrogations, pas de justifications, et pourtant le lecteur se trouve tourmenté face au filament de compréhension qui se faufile en lui. Et cela, c'est inacceptable, difficile à avaler.
    On pourrait essayer d'expliquer un tel acte en citant dans le désordre : une famille et un village faits de haine, de violence, un futur impossible, une vie toute tracée, ou encore un souffre-douleur exposé à une bestialité ouvertement affichée, valorisée, revendiquée. On pourrait expliquer. On pourrait. Cela serait si commode. Mais « des raisons, on peut toujours en trouver. Des bonnes ou des mauvaises. En pagaille. »
    Une épreuve de lecture, un désordre émotionnel, mais aussi, étrangement, un affranchissement.
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    Critique de qualité ? (8 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par livr0ns-n0us, le 27 février 2012

    livr0ns-n0us
    La bande dessinée d'Alfred est l'adaptation du roman du même nom, écrit par Guillaume Guéraud, et dont je vous parlerai juste après. J'ai choisi de vous présenter cette adaptation avant le titre original car c'est ainsi que j'ai découvert ce texte l'année dernière, en cours de littérature jeunesse. La prof' ne s'était pas attardée sur ce titre car il y en avait bien d'autres à nous présenter, mais lorsqu'il a circulé en classe, j'ai éhontément privé mes petits camarades du bonheur de le feuilleter en me l'accaparant et en le lisant aussitôt. Oui, pendant le cours. Peu à peu, le monologue pourtant intéressant de l'enseignante n'est devenu qu'un vague brouhaha inintelligible pour ma petite tête, tant j'ai été embarquée par cette bande dessinée terrible et puissante.
    J'ai reçu une vraie claque avec ce titre. Je mourrai pas gibier, c'est l'histoire de Martial, une quinzaine d'années, et de Mortagne, le petit village dont il est originaire. Ici, deux clans s'affrontent perpétuellement : ceux de la vigne et ceux du bois. Coups tordus, coups bas, bastons et rixes improvisées, tout est bon pour provoquer "l'ennemi". Au milieu de tout ce bordel, il y a Martial, qui a décider d'aller étudier la mécanique et de s'éloigner le plus possible de ce village de fou. Martial déteste son village, et encore plus la rivalité absurde et irrationnelle qui divise ses habitants. le seul qu'il supporte, c'est Terence, l'idiot du village, le "pleu-pleu" comme il le nomme. Lui qui ne sait pas lacer ses chaussures et n'a que les mots "pauvre vache !" dans son vocabulaire, ne fait de mal à personne : il se contente de sourire, bêtement. le jour où Terence est pris pour cible, Martial pète un plomb...
    Chronique de la folie ordinaire, Je mourrai pas gibier est un texte extraordinairement puissant et lucide. Les illustrations m'ont transportée autant que les mots... La mise en case m'a beaucoup impressionnée car elle permet d'exprimer beaucoup de pudeur mais aussi de violence (du genre "nous jetons un voile pudique sur cette scène", mais sans le côté humoristique). C'est sans nul doute le dessin de couverture que je préfère, qui est d'ailleurs repris presque à l'identique dans les dernières pages.
    Il est à la fois terrifiant et fascinant de voir comment tout bascule. Martial est comme vous, comme moi, comme nous tous en fait ; son existence n'a rien de particulier, et il rencontre les mêmes problèmes avec sa famille que n'importe quel adolescent. C'est une des grandes forces de ce récit, car rien ne nous prépare à l'horreur qui va suivre, et qui est décrite cependant de façon très sereine. La folie s'épanouit dans le calme, méthodiquement, clairement, et même de manière assez poétique. L'auteur réussit le tour de force de nous décrire une scène terrible comme si elle était totalement naturelle, et elle n'en a que plus d'impact.

    J'ai donc découvert le petit roman après l'adaptation. Je tenais tout de même à le lire car une BD, aussi étoffée soit-elle, est souvent bien loin de la force du texte original brut. Lors de cette lecture, j'ai été très étonnée de voir qu'en fait, Alfred n'a apporté presque aucune modification au texte d'origine, si ce n'est un petit raccourci qui n'entrave en rien la compréhension de l'histoire. Pour le coup, je qualifierais même l'adaptation meilleure car les illustrations sont sans aucun doute une valeur ajoutée extrêmement plaisante.
    Je n'ai pas vraiment senti l'aspect redondant car mes deux lectures ont été assez espacées, mais je déconseille malgré tout la lecture des deux œuvres à la suite sous peine de voir le texte perdre de sa sublime et de sa force. Je tiens tout de même à souligner l'exceptionnel travail de Guillaume Guéraud qui signe avec Je mourrai pas gibier une critique sociale habile, intense et sombre. En bref, un gros coup de cœur !

    Lien : http://livr0ns-n0us.blogspot.com/2012/02/je-mourrai-pas-gibier-alfre..
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    • Livres 5.00/5
    Par AliceW, le 18 mai 2011

    AliceW
    Mortagne, bled de campagne comme il en existe tant, pommé, rien à faire, habitants coincés et arriérés. Village de bois et de raisins, qui font vivre les habitants, scieurs ou vignerons de père en fils. Mathias vomit cette vie, il ne s'y reconnaît pas, et ne souhaite surtout pas ressembler à ceux qui l'entourent. La scierie, et la chasse bien sûr ! Il trouve la bonne idée de choisir une filière scolaire qui l'oblige à partir la semaine en internat, pas toujours du goût de sa famille, mais après tout, il s'en fiche. Les week-end , il les passe avec Terence, le désigné débile du coin, tout juste bon à prendre les coups qui défoulent les habitants bien dans les cases de Mortagne. Et un jour, ça dérape, et Mathias pète un plomb.
    Je ne mourrai pas gibier fait forcément penser à Bowling for Colombine de Michael Moore, à Elephant de Gus van Sant, avec pour sujet commun la fusillade. Et Guillaume Guéraud ne présente pas un ado dingue d'armes, amateur de messes noires, ou accroc aux jeux vidéos ultra violents, clichés volontiers véhiculés à chaque fait divers de la sorte.
    Ce bouquin a fait polémique à sa sortie. Peut-on faire lire ça à des gamins ? Est-ce qu'il ne légitime pas des conduites meurtrières ? Peut être mais finalement, tout est-il toujours tout noir ou tout blanc ? Ça passe bien, trop bien, ça semble trop normal, et c'est sans doute ça qui dérange.
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    • Livres 4.00/5
    Par Sejy, le 29 mai 2010

    Sejy
    Existe-t-il des violences légitimes ?
    Si Alfred ne semble exprimer aucun point de vue, sa narration empathique suscite, néanmoins, beaucoup d'interrogations. Son trait fidèle, brutal retranscrit à la perfection la bestialité et la fragilité des sentiments. En écho à la voie off intérieure, il fait corps avec l'évolution psychologique de son héros et entraine le lecteur dans un huis clos comportementaliste captivant qui permettra d'embrasser le cheminement implacable jusqu'à la folie meurtrière.
    Un carnage, ouverture et clôture du récit, une boucle qui résume parfaitement la destinée de cet adolescent qui tourne en rond dans une cage de fatalité. Car au-delà de son geste, de cette violence ultime, d'autres se dessinent en filigrane, plus insidieuses et peut-être encore plus détestables. Sociales et morales, elles puisent leurs sources dans une ruralité qui broie toutes les perspectives d'avenir et s'expriment dans les rapports humains les plus boueux. Bêtise, haine séculaire et inexpliquée, actes gratuits de cruauté, absence de honte ou de remords, complicité muette, il plane sur ce village fruste une barbarie physique et psychique insouciante. Dans cette scénologie où le sociodrame ne s'annonce qu'inéluctable, faut-il justifier ou condamner ?
    Toujours est-il que l'auteur mène sa barque d'une main de maître. La suffocation, la frustration et l'écœurement montent crescendo. On est hypnotisé, happé dans une escalade ou plutôt une lente descente aux enfers dont le final, inconcevable, irréparable, agit pourtant à la manière d'un terrible exutoire. Quand chaque détonation, chacune des douilles tombées au sol, résonne comme une surprenante et désagréable satisfaction viscérale, comme une pierre supplémentaire dans la construction d'une catharsis ambiguë où l'on s'affranchit provisoirement de toute moralité. Dérangé, c'est avec impatience que l'on attend le rappel à l'ordre de sa conscience, espérant se réveiller du bon côté de la vertu.
    Une sournoise et brillante auscultation morale.

    Lien : http://www.bdtheque.com/main.php?bdid=7996&action=6
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    • Livres 5.00/5
    Par marie36, le 26 août 2011

    marie36
    Un roman sur la bêtise simple et méchante, la bêtise qui pousse les gens d'un même village à se monter les uns contre les autres, un clan contre un autre....et parfois au milieu de tout ça un pauvre bouc émissaire....
    Tout ça fait peur, très peur, parce que cette bêtise peut parfois amener une violence gratuite et inutile, la pire parce qu'elle ne sert à personne, parce qu'elle tue des innocents.....parce qu'elle pourrait nous toucher tous....
    Ce roman très court est prenant, d'une force, d'une violence inouïe, toute tranquille....On ne la voit pas venir....On ne comprend pas tout de suite ce qui se passe à la lecture du début, tellement c'est à la fois tranquille et violent....On est presque à devoir relire les premières pages pour être sûr de ce qu'on lit, tellement on 'y croit pas.....
    A lire aussi l'excellente BD du même titre par Alfred.....une adaptation presque trop parfaite à mes yeux tant le trait de crayon d'Alfred retranscrit cette bêtise, cette violence absurde....
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Critiques presse (1)


  • Lecturejeune , le 17 février 2012
    Lecture Jeune, n°129 - mars 2009 - Mettre en image le roman de Guillaume Guéraud était un pari risqué et audacieux, mais Alfred nous propose une adaptation réussie qui permet une nouvelle lecture de l'oeuvre. Le village de Mortagne, où évolue l'adolescent Martial, est scindé en deux clans : ceux qui travaillent à la scierie de M. Listrac et les autres, qui se consacrent à la vigne, au Château Clément. Martial gravite autour de ces groupes, tout comme Terence, le simple d'esprit de la bourgade. Ce dernier est attaqué de toute part. Il est victime d'insultes, jusqu'au jour où il est passé à tabac.
    Alfred a choisi de dessiner avec un simple stylo bic, sur du vieux papier. Le trait est vif, précis, les visages, comme taillés au couteau. La mise en scène graphique de l'auteur révèle de nouveaux aspects du texte de Guéraud. Ici, le malaise général et intrinsèque qui plane sur Mortagne marque le lecteur. Certainement plus que la tuerie finale. Le ciel, terne, pèse sur la campagne, les regards sont tour à tour vides ou apeurés. Les couleurs servent admirablement le dessin d'Alfred. Une adaptation réussie qui saura toucher un nouveau public, non habitué à la lecture des romans destinés aux adolescents. ? Anne Clerc

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Citations et extraits

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  • Par Gregor, le 05 janvier 2012

    J'ai voulu chercher un téléphone pour prévenir les urgences. Un téléphone pour avertir la gendarmerie. Un téléphone pour entendre quelque chose. Sauf que Terence est un pleu-pleu. Alors Terence n'a pas de téléphone. J'ai ouvert le jet de la douche. J'ai plongé une serviette sous l'eau fraîche et j'ai passé cette compresse sur son visage et son ventre. ça l'a calmé. Le rythme de sa respiration a ralenti. (...) Et je suis resté là. Sans le lâcher.
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  • Par Tristram, le 18 décembre 2010

    Des raisons, on peut toujours en trouver. Des bonnes ou des mauvaises en pagaille. Mais c'est pas mon boulot. Il y a des spécialistes pour ça.
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  • Par Marsup, le 17 mai 2010

    « A Mortagne, on n'a pas vraiment les moyens de réfléchir, en fait. On a bien un cerveau, mais rien d'autre à mettre dedans que du raisin, des planches, de la sueur et du plomb. C'est comme ça »
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  • Par Solarine, le 20 mars 2012

    Tout le monde boit et il y a toujours des coups qui se mettent à pleuvoir. Des coups de poing, quelquefois des coups de fusil, le plus souvent des coups tordus.
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  • Par Persepolis, le 29 juin 2010

    A la base, ça devait être une fête vu que c'était le mariage de mon frère. Mais une fête à Mortagne, on ne sait jamais bien ce que ça veut dire."
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Guillaume Guéraud présente son dernier livre "Anka" publié au Rouergue.








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