La bande dessinée d'Alfred est l'adaptation du roman du même nom, écrit par
Guillaume Guéraud, et dont je vous parlerai juste après. J'ai choisi de vous présenter cette adaptation avant le titre original car c'est ainsi que j'ai découvert ce texte l'année dernière, en cours de littérature jeunesse. La prof' ne s'était pas attardée sur ce titre car il y en avait bien d'autres à nous présenter, mais lorsqu'il a circulé en classe, j'ai éhontément privé mes petits camarades du bonheur de le feuilleter en me l'accaparant et en le lisant aussitôt. Oui, pendant le cours. Peu à peu, le monologue pourtant intéressant de l'enseignante n'est devenu qu'un vague brouhaha inintelligible pour ma petite tête, tant j'ai été embarquée par cette bande dessinée terrible et puissante.
J'ai reçu une vraie claque avec ce titre.
Je mourrai pas gibier, c'est l'histoire de Martial, une quinzaine d'années, et de Mortagne, le petit village dont il est originaire. Ici, deux clans s'affrontent perpétuellement : ceux de la vigne et ceux du bois. Coups tordus, coups bas, bastons et rixes improvisées, tout est bon pour provoquer "l'ennemi". Au milieu de tout ce bordel, il y a Martial, qui a décider d'aller étudier la mécanique et de s'éloigner le plus possible de ce village de fou. Martial déteste son village, et encore plus la rivalité absurde et irrationnelle qui divise ses habitants. le seul qu'il supporte, c'est Terence, l'idiot du village, le "pleu-pleu" comme il le nomme. Lui qui ne sait pas lacer ses chaussures et n'a que les mots "pauvre vache !" dans son vocabulaire, ne fait de mal à personne : il se contente de sourire, bêtement. le jour où Terence est pris pour cible, Martial pète un plomb...
Chronique de la folie ordinaire,
Je mourrai pas gibier est un texte extraordinairement puissant et lucide. Les illustrations m'ont transportée autant que les mots... La mise en case m'a beaucoup impressionnée car elle permet d'exprimer beaucoup de pudeur mais aussi de violence (du genre "nous jetons un voile pudique sur cette scène", mais sans le côté humoristique). C'est sans nul doute le dessin de couverture que je préfère, qui est d'ailleurs repris presque à l'identique dans les dernières pages.
Il est à la fois terrifiant et fascinant de voir comment tout bascule. Martial est comme vous, comme moi, comme nous tous en fait ; son existence n'a rien de particulier, et il rencontre les mêmes problèmes avec sa famille que n'importe quel adolescent. C'est une des grandes forces de ce récit, car rien ne nous prépare à l'horreur qui va suivre, et qui est décrite cependant de façon très sereine. La folie s'épanouit dans le calme, méthodiquement, clairement, et même de manière assez poétique. L'auteur réussit le tour de force de nous décrire une scène terrible comme si elle était totalement naturelle, et elle n'en a que plus d'impact.
J'ai donc découvert le petit roman après l'adaptation. Je tenais tout de même à le lire car une BD, aussi étoffée soit-elle, est souvent bien loin de la force du texte original brut. Lors de cette lecture, j'ai été très étonnée de voir qu'en fait, Alfred n'a apporté presque aucune modification au texte d'origine, si ce n'est un petit raccourci qui n'entrave en rien la compréhension de l'histoire. Pour le coup, je qualifierais même l'adaptation meilleure car les illustrations sont sans aucun doute une valeur ajoutée extrêmement plaisante.
Je n'ai pas vraiment senti l'aspect redondant car mes deux lectures ont été assez espacées, mais je déconseille malgré tout la lecture des deux œuvres à la suite sous peine de voir le texte perdre de sa sublime et de sa force. Je tiens tout de même à souligner l'exceptionnel travail de
Guillaume Guéraud qui signe avec
Je mourrai pas gibier une critique sociale habile, intense et sombre. En bref, un gros coup de cœur !
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