Ce livre est d'abord un hommage à
Ray Bradbury, reprenant avec originalité la thématique de
Fahrenheit 451. Originalité en forme de paradoxe puisque ce roman n'est pas un hymne à la littérature, mais bien une apologie de l'image, de la culture et des émotions qu'elle transmet, de la mémoire dont elle est dépositaire. Et ce formidable paradoxe inscrit ce roman autant dans le passé, le présent et l'avenir. Car ce livre est bien plus qu'un hommage, c'est un roman fantastique certes, qui flirte avec l'anticipation, mais c'est surtout un roman de société, de citoyenneté, sur la liberté d'expression, de penser, sur l'obligation de l'exercer.
Le texte est très fort, la narration puissante, efficace - en phrases courtes - , visuelle. Attention,
Guillaume Guéraud écrit des romans noirs. Ses livres sont violents, militants, et ne se contentent certainement pas d'un happy end convenu. Avec des personnages digne des polars noirs américains ( pour le flic désabusé, camé et sa rédemption ), un décor japonisant ( le récit se déroule sur une île, la vie quotidienne, notamment les habitudes alimentaires révèlent le Japon ), le récit est dur, parfois choquant, l'épilogue apocalyptique. Pourtant, ce roman se dévore, son rythme ainsi que sa force dramatique est terrifiante, entre dictature, autodafé, résistance, répression. le feu est partout.
Les nombreuses références culturelles mettent le cinéma à l'honneur (
Charlie Chaplin, Nuit et Brouillard...). La réflexion sur l'image - et ses pouvoirs - ( avec en filigranne celle sur le rôle des médias : télévision, internet ) est magistrale car elle n'est pas idéalisée : si elle est témoignage - plus expressif, plus émouvant que les mots - ou art, rêves et merveilles, elle est aussi présentée comme le support du voyeurisme, celui de nombreuses perversions comme la pornographie ou les goûts morbides ( un des personnages collecte des images violentes et sanglantes ).
Même si le récit relève du roman jeunesse par son héros adolescent amoureux et son rythme en course-poursuite, il ne conviendra pas à des lecteurs de moins de 15 ans.