Ce roman, qui se lit à la vitesse de l'éclair mais ne manque pas d'ambition, apparait presque comme une ode frigide à la violence et à la souffrance où la douleur est évoquée avec une précision d'orfèvre et un sadisme sans limite. Cru, il montre comment le corps et le mental d'un jeune adolescent banal sont démantelés par la folie d'un être abîmé et dérangé.
La fiction provoque chez le lecteur un certain malaise tant la feintise du réel est impressionnante. Mutilation et automutilation sont sanguinaires et l'encre, noire sur fond blanc, semble s'imbiber de rouge au fur et à mesure que la peur du jeune Clément s'étend.
Afin de saccader la brutalité du récit, des flashbacks ponctuent les chapitres et tempèrent la douleur du gamin tout comme la peur qui nous laisse à la bouche un arrière-goût de métal. Et la rapidité de la narration ne laisse le temps à aucune question de se poser tout comme Clément n'a que quelques secondes pour souffler avant d'être à nouveau littéralement déclassé.
Le récit emboîte ensuite sur la cicatrisation du jeune adolescent afin de montrer que certaines blessures ne s'effacent jamais et grondent dans nos corps comme du pus qui cherche à suinter.
Le roman de Guéraud, qui a le verbe cru et la plume aussi aiguisée qu'un poignard, s'il peut déranger, s'apparente à la genèse d'un traumatisme et propose un moment de lecture unique et inédit. Un coup d'agrafe dans nos esprits dont on se délecterait presque.
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